La Gaude Démocrate

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Tag - débat contradictoire

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lundi, janvier 18 2010

Besson, Chabot, Peillon, Le Pen... Chacun fait son couscous dans son coin.

L’émission de Jeudi sur France 2, « A vous de juger », fait le buzz partout dans les médias.
Le lapin posé par Vincent Peillon à Arlette Chabot, et par conséquent à Eric Besson, en est bien sûr la raison principale. Les motifs avancés par l’eurodéputé socialiste y sont largement exposés ainsi que la réaction de la journaliste.

La contestation de Vincent Peillon se fonde sur deux arguments :

Dans un premier temps, le soir de l’émission sur son blog, il campe sur un argumentaire politique :

« Parce que tout mon engagement politique et citoyen est fondé d’abord sur les valeurs de la République, de la raison et de l’antifascisme, j’ai décidé de ne pas participer au débat d’indignité nationale organisée ce soir sur France 2 et d’attirer solennellement l’attention de mes compatriotes sur les graves dérives que subit notre démocratie …/… Pour habiller le tout, on m’a demandé, en tant que responsable socialiste, de venir cautionner cet exercice d’abaissement national en voulant bien jouer les idiots utiles en deuxième partie de soirée. Et, comme on pouvait s’y attendre, on s’est déjà d’ailleurs copieusement servi de ma présence annoncée pour adresser une fin de non recevoir à des journalistes de France Télévision qui, pourtant avec raison, avaient demandé la déprogrammation de ce débat. »

Puis le lendemain, sur France Info, il insiste sur la perversion (supposée ;-)) du média :

« Je voulais que les consciences s’éveillent. Le grand spectacle était organisé par Madame Chabot pour faire de l’audimat. J’ouvre un débat sur les missions du service public de l'audiovisuel. Je veux que les gens s’en saisissent. Est-ce que le débat de cette rentrée, c’est l’identité nationale, est-ce qu’il faut en débattre avec Eric Besson et Marine Le Pen. Ce débat lancé par Eric Besson ne méritait pas d’être relayé sur une chaîne de service public. Il fallait que ce soit dit »(Verbatim relevé dans un article de Marianne2)

Cet épisode en dit long sur le dialogue de sourd qui s’instaure en France à l’occasion du débat sur l’identité nationale.

D’un côté, on a les tenants de ce débat qui font mine de ne toujours pas comprendre la maladresse initiale que fut la création d’un « ministère de l’identité nationale et de l’immigration ». Si c’était absolument nécessaire pour l’élu de 2007, n’était-il pas plus judicieux de l’appeler « ministère de l’intégration et de l’immigration ».
Et de l’autre, ceux qui se refusent à constater qu’il y a effectivement quelques « petites choses » à mettre au point dans la façon dont l’intégration s’opère dans le pays.

D’un côté, ceux qui trouvent intérêt à monter des composantes de la population les unes contre les autres, comme on remue le couteau dans la plaie – quitte à l’élargir.
De l’autre, ceux qui font mine de ne pas voir qu’un certain nombre de citoyens subissent l’épanchement de cette plaie, et préfèrent la recouvrir d’un voile pudique.

Les deux attitudes sont dommageables.
L’une met en exergue le malaise sans y apporter de solution ; bien au contraire. L’autre s’exerce à le nier avec entêtement.

Face à ces deux autismes, pour le coup la prestation de Marine Le Pen, pendant l’émission, fut la moins crispante.
Calée dans ses postures aux relents xénophobes, elle avait au moins le mérite de vouloir parler de faits concrets : les écoles de Grigny et ses 1400 élèves sans papiers, les chiffres de l’immigration qui n’évoluent pas, la rue Myrrha bloquée pour la prière du Vendredi, l’introduction de « façons » musulmanes dans la vie publique, la discrimination positive à l’embauche sur la base de l’appartenance ethnique, etc...

Que ces faits méritent qu’on s’alarme ou pas, il n’en est pas moins vrai qu’ils alimentent l’inquiétude des français ? A quoi sert de refuser d’en débattre ? Ils sont mis sur la table par le FN.
(Cet article du Post.fr s’exerce à séparer le bon grain de l’ivraie entre les arguments des deux débateurs.)
Mais comme d’habitude ce que le FN dit doit être refusé en bloc quitte à nier les quelques vérités qu’il avance parfois. Un autisme de plus.

Mais Mr Besson et ses alter egos socialistes ne sont pas sans savoir que ces faits, avérés ou pas, font aussi l’objet de nombreux échanges via les boites de messagerie des internautes.
Qui n’a pas reçu par voie de courriel des vidéos ou diaporamas faisant leur miel d’affaires comme le bannissement du porc dans les cantines ou l’affectation d’horaires spécifiques dans les piscines municipales pour femmes musulmanes.

Ces diffusions virales via internet ne cessent de s’amplifier. S’amalgament ainsi, dans un même faisceau, des informations vérifiables mais présentées de façon tendancieuses, des vidéos de pure raillerie (comme cette vidéo d’une boite de gays musulmans qui est, en fait, une vidéo d’un rituel remixé sur fond de musique Dancefloor) et de sinistres témoignages de la barbarie intégriste (comme la lapidation d’une jeune fille achevée à coup de parpaings par une troupe de barbus - Coeur sensible s'abstenir de cliquer).
Mr Besson, et les autres, savent ce qui se passe sur internet et connaissent la confusion que cela provoque dans les esprits.

Lancer ce débat sur l’identité nationale fut une erreur. Elle est maintenant consommée.
Il a abouti à la stigmatisation des musulmans de France.
En hommes politiques responsables, tous se doivent d’assumer maintenant cette dérive et de l’affronter sans fausse pudeur.
Le sujet est grave. Il en va désormais de la cohésion nationale.

Malgré cela, pour ne pas se désavouer, les agitateurs gouvernementaux et les « angélistes » d’en face continuent de nier ce qui est devenu plus qu’un malaise. Le racisme ordinaire s’épanche sans retenue et sans discernement.

Il n’y a rien de pire que le désarroi d’un malade à qui l’on dit qu’il ne l’est pas.
Pire que le non dit, pire que le silence, les politiques opposent un déni aux français qui se sentent de ce fait incompris, comme s’ils étaient pris au piège.
Quoi de plus propice pour amplifier encore cette impression de complot islamiste – puisque c’est de cela qu’il s’agit.

Cessons de ne pas dire les mots.
Les français « souchiens » ( : de souche, dans le langage des banlieues) ET les français musulmans ont tout intérêt à ce que l’abcès soit percé.

Le débat sur l’identité nationale n’était pas souhaitable. Paradoxalement, aujourd’hui, c’est un débat sur l’Islam en France qu’il est urgent d’entreprendre. Tant que le déni sera la règle, les choses ne vont aller qu’en s’envenimant.

De temps en temps, des professeurs, des sociologues commettent un article de presse portant la contradiction à cette pression anti immigration, égrenant des statistiques démographique (vieillissement de la pyramide des âges) démontrant que la France a besoin de cette immigration si elle veut faire face à futurs défis économiques.
D’autres avancent que les aides sociales mobilisées pour cette population sont minimes par rapport à d’autres postes budgétaires comparables.
Enfin, nombres d’articles viennent épauler l’idée que la grande majorité des français musulmans, mais aussi les détenteurs de simples carte de séjour, se sont mieux intégrés que dans d’autres pays européens.

Que risquent les politiques en relayant ces questionnements ?

Au mieux, d’apaiser la population dans son ensemble en démontrant que les français musulmans sont, dans leur grande majorité, aussi sympathiques que ceux que l’on côtoie quotidiennement au boulot, aux guichets, à la sortie de l’école…
Au pire, ils afficheront leur résistance au prosélytisme islamiste qui semble, aux yeux de beaucoup, être une réelle menace pour la pérennisation de leur mode de vie, pour les traditions françaises - et toutes ces choses auxquels il est légitime de tenir sans être accusé de réactionnaire nationaliste.

Au lieu de prendre le sujet à bras le corps, les politiques, et Mrs Besson, Hortefeux et Sarkozy en particulier, préfèrent nous pondre des lois qui se voient coiffées par une autre et une autre avant que le moindre décret de la première ne soit même sorti, vu qu’elles ne correspondent à rien de ce qui se vit dans la vie réelle.

Ce week-end à Nice, Xavier Bertrand vient encore de nous pondre une intention de loi : « Une étrangère en burqa ne pourra pas être naturalisée ! ».
Encore une fois nous sommes entre deux positions extrêmes niant la réalité.

D’un côté, ceux qui s’opposent à une loi contre la burqa arguent qu’en pratique, on ne pourrait pas mettre d’amende à ces femmes dans la rue. Où ont-ils vu la difficulté de dresser un PV à quiconque ne respecterait pas une loi dans la rue ? Ca arrive tous les jours pour toute sorte de motifs. Qu’ils aient de bonnes raisons pour s’opposer à une loi contre la burqa, c’est leur droit (et le débat reste ouvert). Mais alors qu’ils utilisent des arguments de bonne foi.

Par contre, de l’autre côté, nous avons un homme politique qui se figure que ces femmes viendraient en mairie, vêtues de leur burqa, pour se voir refuser le titre de nationalité qu’elles auraient brigué après avoir franchi toutes les difficultés afférentes à une naturalisation !! Une telle déclaration relève tout simplement de la pure démagogie.

Burqa, casquettes à l’envers, voile, cagoules, couvre-feu pour les mineurs, … Comme ces professeurs en déficit d’autorité qui se voient, en fin d’année, courir après les boulettes de papier alors qu’on leur a jeté leur portable par la fenêtre.
C’est pitoyable.
Ces dossiers (burqa, casquettes, etc…) valent-ils leur pesant de remise en cause de l’ordre public ? C’est probable. Mais ceux qui les agitent ne sont pas moins responsables des troubles qu’ils jettent au milieu de la population.

Qui nous fera une étude sur la hausse des actes de délinquance après la déclaration du « Karcher » ?
Qui nous fera une étude sur l’augmentation du nombre de femmes portant la burqa depuis la médiatisation de la controverse dont cela fait l’objet ?

A provocation, provocation et demie. Nos grands intellos gouvernementaux le savent et en jouent.

Quand on a une marge de la société dont une des seules occupations est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin (jeu stupide de jeunes désœuvrés, démotivés et imbéciles), nous avons, en France, l’exceptionnelle gloire d’avoir une classe politique qui s’amuse à agiter le chiffon rouge par pur calcul politique (jeu stupide de vieux politicards, nantis et imbéciles).
Et ce, pour le plus grand plaisir des aficionados d’extrême droite, d’une part, et d’extrême islam, d’autre part.
Et tout ce petit monde semble s’accommoder très bien de ces corridas politico-sordides sur le dos des gens qui voudraient bien vivre paisiblement.

Qui nous fera une étude sur la hausse du nombre de voitures incendiées le soir du réveillon du jour de l’an ? (Le Canard Enchaîné en a ébauché une très intéressante dans un de ses derniers N°.)

Mais ne nous leurrons pas ! Tout cela est savamment orchestré.
Comme il n’y a pas plus aimés que les parents d’un enfant battu, il n’y a pas plus fidèle électeur qu’un électeur qui a peur.

Parce que les médias ne manquent pas à l’appel.
Voyez avec quelle application, ils filment le chiffon rouge. Du grand journalisme !!
Si on parlait de Julien Coupat !!? Non, on change de sujet, et puis les journalistes n’en parlent plus. Alors, c’est qu’il n’y a plus rien à voir...

Parlons quand même des journalistes.
Quelques aventuriers de la profession ont récemment risqué de lister les médias dépendant de grands groupe qui, eux-mêmes, ne sauraient rien refuser au Résident de la République. La liste est longue.
Et n’oublions pas que désormais, en sus de ses accointances avec le privé, notre cher Omnipotent s’est attribué le privilège de nommer les présidents de chaines du service public.

A quoi bon évoquer la confusion d’intérêts qui pourrait – si elle existait ! - former un nœud fort douloureux pour la conscience et le ventre de nos amis journalistes.
Vous savez « confusion d’intérêt », ce péché terrible qui aurait entraîné, sinon le suicide, au moins la démission de leur ancêtres journalistes du début du siècle dernier s’ils avaient eu le malheur d’en être seulement accusés. O Tempora, O Mores !!

Ainsi Arlette Chabot s’est défendue des accusations indignes de Vincent Peillon.
« Le grand spectacle était organisé par Madame Chabot pour faire de l’audimat. » Non !

De méchants collègues posent des questions :
« Reste à savoir pourquoi diable la Madame Loyal de ce petit cirque médiatique a-t-elle tenu à offrir ces deux heures de réhabilitation au « très très contesté », comme elle le présentait, Eric Besson ? »
« A-t-elle voulu s’attirer les faveurs du Château en organisant un « A vous de juger » en forme de sauvetage médiatique du chouchou de l'Elysée ? »
Non ! Personne ne pourra le croire.

Pourtant tout s’est parfaitement déroulé pour Eric Besson. Jusqu’au bout !
Jusqu’à la désannonce de l’émission. Emission dont le climax, rappelons-le devait être le débat avec Marine Le Pen.

Arlette désannonce donc ; le réalisateur cadre en vue plongeante, comme on le fait parfois en fin d’émission, la totalité du plateau. Agora impressionnante et cette libération du regard est attirée immanquablement par l’immense écran qui domine le public. Affiché en 10 par 15, on découvre plein écran, le titre d’un article du Monde sorti le jour même (comme par hasard) : « L’adhésion des Français aux idées du FN est en recul »

Fin de A vous de Juger - Vue Plateau

La convergence des médias. C’est une des clés d’une propagande réussie. Besson, Chabot et consorts le savent. Mais c’est certain, ils le savent chacun de leur côté, assurément.
Et puis Mme Chabot ne s’est sûrement jamais dit que si Eric B. était en deçà face à la Madame du FN, il valait mieux assurer ses arrières. Non sûrement pas.
Et bien sûr, pour ce petit monde, Mr Peillon est un mythomane paranoïaque définitif.

Mais à la fin des fins, de cette soirée à la gloire du non dit, il aura été le champion.

dimanche, février 15 2009

Réforme de l’instruction : la préférence manichéenne de notre Président.

Jusqu’à avoir été reconnu coupable, tout citoyen mérite d’être défendu comme les autres. Une phrase comme celle-là, chacun est prêt à la faire sienne. C’est beau. On peut s’en bercer, à l’envie tant elle est avérée au cœur et à l’esprit. Tant elle nous sécurise aussi. Un vrai doudou. On peut se la réciter jusqu’au bout de la nuit, blotti au creux de sa paillasse flanquée contre un mur froid, dans une cellule de 6 m² en attendant d’être jugé après des mois de détention préventive.

Jusqu’à avoir été reconnu coupable, tout citoyen mérite d’être défendu comme les autres. Tout comme « Liberté, Egalité, Fraternité », ces préceptes nous garantissent aussi la bienveillance de l’état s’efforçant, en principe, de trier le bon grain de l’ivraie. Si l’administration de la justice laisse, hélas, à désirer dans de trop nombreux cas, il paraît indispensable qu’un système judiciaire soit au moins efficient… sur le papier.

Pourtant ces temps-ci, un vent incertain souffle sur l’édifice Justice. Multiplication des scandales judiciaires, mise en défaut de la délinquance en cols blancs, surpopulation carcérale, augmentation de la pression médiatique, soupçon de partialité accru dans l’opinion, « insolence » de certains juges d’instruction, scandale des détentions provisoires… ? Les motivations du chef de l’état ne sont pas explicites, tout en étant sans doute multiples, mais toujours est-il que le coup de torchon est annoncé pour le système judiciaire français.

Voici quelques réflexions sur le débat qui s’ouvre en ce moment à ce sujet

                                              *     *     *

Deux systèmes judiciaires sont en vigueur en « Occident ».
Le système inquisitoire et le système accusatoire.
L’un est français, l’autre est anglo-saxon.

Le système inquisitoire se veut égalitaire : l’état met en œuvre via le juge d’instruction, juge du siège, indépendant, toute la machine d’investigation pour éclairer de façon équilibrée les affaires judiciaires à charge et à décharge. Le juge d’instruction se doit d’être impartial… Sur le papier.
Voilà l’esprit de la pratique judiciaire en vigueur en France.

D’aucun arguera de la schizophrénie dont peut être victime le juge d’instruction dans la pratique de son métier. Pourtant, quoi de plus naturel pour un esprit éclairé que l’exercice classique de la thèse – antithèse et synthèse ?
Ce système a donc l’avantage de voir, mises à disposition des justiciables, les mêmes forces policières de façon équitable sans déséquilibre entre l’investissement (financier) d’actions à charge et d’actions à décharge.

Mais on reproche souvent à ces rois Salomon que sont les juges d’instruction, leur toute puissance et, par conséquent, la solitude dans laquelle ils sont amenés à prendre des décisions extrêmement lourdes.

Le système accusatoire, lui, met toute l’action à charge entre les mains de l’état.
Au justiciable de mettre en œuvre sa défense avec les moyens qu’il pourra déployer. Ainsi tous les procès sous le système accusatoire se font sous le schéma : Etat contre Mr ou Mme X.

Ce qui, au premier abord, semble logique puisque, le citoyen n’ayant pas le droit de se faire justice lui-même, l’état doit se porter garant de la sécurité de tous en lieu et place de la vengeance de chacun. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, et particulièrement jusqu’à avoir été reconnu coupable, tout citoyen mérite un même traitement et, en l’occurrence, d’être défendu comme les autres. Mais il faut croire que nos amis anglo-saxons n’ont que faire de ces subtilités.

Heureusement, Mr ou Mme X pour se défendre peut solliciter un cabinet d’avocat nanti d’un droit d’investigation. Ce qui, par contre, n’est pas autorisé dans le système inquisitoire français. Voilà sans doute la moindre des choses pour que le mot justice puisse être inscrit au frontispice des tribunaux anglais.

Ainsi, bien calée dans son rôle, aucune des parties n’a plus à s’astreindre à l’impartialité ; aucune des parties n’a plus à se soucier d’esprit de justice. Chacun peut à loisir et sans scrupule s’adonner à son job : Accusation sans nuance contre Défense sans demie teinte. La pratique juridique devient un job, une compétition même. Le procureur accuse, l’avocat défend sans que jamais l’éthique ne vienne déranger leur posture manichéenne.

Mais si dans cette « compétition », le procureur accuse et l’avocat défend, encore faut-il que chaque partie jouisse des mêmes moyens.
Et là, on voit aisément que le système accusatoire atteint, si ça n’était pas déjà le cas, les limites de l’exigence d’équité.
Mr ou Mme X, justiciables nantis, auront toute latitude pour s’offrir de bons avocats qui eux-mêmes pourront faire appel à de très bon détectives et à pléthores de petites mains capables de rechercher les preuves de leur innocence, tandis que Mr ou Mme Y, pauvres chômeurs, n’auront comme seul espoir que celui de l’évidence de leur innocence, ne pouvant se défendre contre la machine étatique chargée de les faire condamner.

Voilà le nouveau système que nous propose notre inénarrable Président, toujours prompt à nous trouver les pires options en toute chose.

La charge de la preuve

Mais, pour corser le tableau, si l’on passe du système inquisitoire au système accusatoire, une notion fondamentale semble être oubliée dans les nouvelles orientations que le monde juridique français va devoir prendre. Une notion qui parfois rend le système accusatoire paradoxalement plus efficient : la charge de la preuve.

En effet, alors qu’en France, l’intime conviction peut emporter la décision des jurés, outre-Manche et outre-Atlantique, seule la charge de la preuve peut fixer le jugement… Sur le papier.

La mise à plat du système juridique français ne peut se faire de façon parcellaire.

Avant d’édifier un système juridique global, il faut se figurer que les législateurs se sont imposés un profond questionnement éthique et moral. En la matière, il s’est agi pour eux de s’assurer que la recherche d’équilibre et de justesse puisse s’exercer dans les conditions optimales d’un vrai débat contradictoire.

En France, le débat contradictoire, outre qu’il puisse parfois se manifester publiquement dans les salles d’audiences, s’exerce principalement dans le bureau des juges d’instruction. Chez les anglo-saxons celui-ci s’exerce pendant l’enquête, autour de la recherche de preuves.

Si l’on retire au système français l’instance où se déroule le débat contradictoire, sans que celui-ci puisse se dérouler en un autre lieu de la séquence juridique, nous nous dirigerons à coup sûr vers les pires catastrophes judiciaires.

N’étant pas juriste, je n’ai pas exploré les avantages et les inconvénients du remplacement du principe d’intime conviction à la française par l’exigence de preuves à l’anglo-saxonne.
Mais il apparaît pour le moins alarmant de voir, d’une part, s’instaurer le risque d’une véritable justice à deux vitesses (déséquilibre des moyens entre l’état accusateur et l’avocat) et, d’autre part, disparaître ce qui fonde l’acte de justice : le débat contradictoire.

                                           *     *     *

Heureusement, nous n’en sommes qu’à une idée lancée en l’air, comme notre cher Président l’a fait pour le financement de l’audiovisuel public. On peut encore espérer que cette réforme soit amendée dans un meilleur sens.

Ce qui suit constitue une proposition qui, tout en prenant en compte le desideratum présidentiel, permet à la fois de maintenir l’équilibre de moyens entre les parties ainsi que le débat contradictoire.

Si donc, la France adopte le système accusatoire, il s’agit de compenser les imperfections de ce nouveau système.

Rien n’interdit d’imaginer une répartition des moyens d’investigation.
Ainsi pour chaque euro dépensé par le Parquet (agissant à charge), un crédit équivalent sera versé à la partie défenderesse. On pourra, pour être plus précis, sortir de cette balance les investigations purement administratives valables objectivement pour chacune des parties. Et pour éviter la dérive perverse d’une sous estimation des coûts d’investigation, un barème d’actes devra aussi être mis en place. Une exploration plus approfondie sera nécessaire pour ordonnancer un tel système dans le cas d’affaires à parties multiples.

Cette proposition combine les deux systèmes juridiques sans mettre en péril le souci d’équité nécessaire à l’action de justice : Equilibre de moyens entre les actions à charge et les actions à décharge tout en dissociant chaque acteur de la procédure, Parquet d’un côté, Avocats de l’autre. Exit la justice à deux vitesses, re welcome au débat contradictoire.

Ce système permet aussi de contourner les propositions actuelles prônant la collégialité de l’acte d’instruction pour améliorer la sagacité des enquêtes. Malgré leurs bonnes intentions, ces propositions tendent à rendre pléthorique un étage juridique en une époque où l’économie et l’efficacité se font cruellement impératives.

Il n’y a point de jugement éclairé sous influence.

En l’état des propositions, c’est le Parquet qui enquêterait en lieu et place du juge d’instruction. L’enquête serait « contrôlée » par un Juge de L’Instruction qui donnera les autorisations de perquisition ou de garde à vue. Tout le reste, le véritable travail d’enquête, c’est le Parquet qui le fera.
Ores qu’est-ce que c’est que le Parquet ? Ce sont des substituts, des 1ers substituts, des procureurs, des avocats généraux, des procureurs généraux, le procureur général et en haut de la pyramide, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. Ce qui veut dire que les enquêtes seront directement dirigées par le Garde des Sceaux, personnage constitutif de l’état. On peut donc imaginer, par exemple dans le cadre d’affaires politico – financières (en fait celles qui intéressent prioritairement le pouvoir), avec quelle célérité et pugnacité ces enquêtes seront menées.

L’indépendance du Parquet est donc une condition sine qua non de l’apurement du système juridique. Mais rendre indépendant le Parquet, c’est une décision politique quasiment régalienne.
Pour l’état français, le Parquet c’est comme l’Armée : un corps de magistrats fortement structuré dont la hiérarchie est rigoureusement pyramidale reliée par des liens autoritaires de subordination en cascade.

Pourtant la philosophie présidant à toute ordonnance de justice dit bien l’impératif d’indépendance. Il n’y a point de jugement éclairé sous influence. C’est le bon sens absolu.

A la lumière de cette radieuse philosophie, le pouvoir (qui n’est pas l’état) peut bien évidemment se porter partie civile, dès lors qu’il estimera son intérêt engagé. Cela est aussi de l’ordre du bon sens.

Mais las, promotionner une telle idée, c’est se battre contre rien moins que la raison d’état. Si le pouvoir se voit reléguer au niveau de simple partie civile, son action, son influence ne sera plus alors dissimulée dans le système. Voilà le nœud de l’affaire. Le pouvoir devra, dans ces conditions, ester au grand jour. Son intérêt, souvent installé confortablement dans le non-dit, passerait alors dans le domaine du « déclaratif ».

La raison d’état, c’est la raison de l’opacité. En instrumentalisant le Parquet, l’état peut ainsi, dans un certain nombre d’affaires, avancer masqué au sein d’une enceinte de justice. « Mon intérêt est là (où je ne veux pas qu’il soit su) et j’entend le défendre dans l’ombre. »
L’état, refusant de se départir de son influence sur le Parquet, avoue donc sa propension à « se mouiller » dans des affaires dont les tenants peuvent être éventuellement obscurs.

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Le juge d’instruction est une brique maîtresse de l’édifice judiciaire. La retirer sans précaution, c’est mettre en péril l’ensemble. L'affaire ne peut souffrir l’à peu près.
L’annonce de la suppression des juges d’instruction doit, soit être retirée, soit induire une refonte complète du système judiciaire français.

Maintenir l’équilibre entre les pouvoirs de l’accusation et les droits de la défense, préserver le débat contradictoire et rendre indépendant le Parquet sont autant d’impératifs pour la mise en œuvre d’un nouveau système judiciaire respectueux de tous les justiciables que nous sommes.