La Gaude Démocrate

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Pouvoir d’achat

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, septembre 21 2009

Taxe Carbone contre Fiscalité Ecologique ou l’impôt écologique à contre emploi

Voilà, nous y sommes. La révolution écologique est en marche !!
Le combat écologiste a changé d’objet : On ne parle plus du pourquoi, mais du comment. Un grand pas ! Pour preuve, on nous présente la Taxe Carbone.
Quelle jubilation chez les acteurs publics en tout genre : journalistes, chroniqueurs, experts, sondeurs, spécialistes et politiques. Les micros sont grands ouverts.
Les Diafoirus de tout poil, en conciliabule, s’interrogent : Comment administrer la ponction ? A quel niveau introduire le cathéter ? A quelle profondeur ? Et comme d’habitude, le patient n’est sollicité que pour avis… Mais la pilule, il avalera.

Pourtant en chemin, tous paraissent avoir oublier le pourquoi.
Tous, même les théoriciens de la Fiscalité écologique.
Cette belle vision s’est peu à peu transformée en Contribution Climat Energie (CCE) pour atterrir, sèche comme une loi de finance, dans nos journaux quotidiens sous forme de Taxe Carbone.

La Taxe Carbone ou comment une belle idée peut-être réduite et phagocytée par l’appétit libéral

Rappelons-nous. Au départ, il s’agissait de renverser la logique de notre fiscalité : lever l’impôt sur la consommation de ressources naturelles EN LIEU ET PLACE de l’imposition du travail par le critère du revenu.

Voici un extrait du site de la Fondation Hulot : http://www.fondation-nicolas-hulot.org/actions/nos-propositions-et-positions/nos-propositions/fonder-les-regulations-sur-de-nouveaux-princi

« Basculer certaines régulations pour qu’au lieu de peser sur le travail, elles pèsent sur les consommations de ressources naturelles.

Quand notre système économique s’est construit, les ressources étaient perçues comme illimitées et le travail humain comme un facteur limitant. L’essentiel des règles encadrant les activités humaines s’est donc focalisé sur l’économie de main-d’oeuvre sans tenir compte des ressources naturelles utilisées. Cette logique s’est aujourd’hui inversée. La main-d’œuvre est abondante tandis que les ressources naturelles se raréfient. Il nous faut donc inverser la tendance. Nous proposons pour cela de basculer les régulations afin qu’au lieu de peser prioritairement sur le travail elles reposent d’abord sur les « consommations de nature ». La performance économique ne reposerait plus sur la destruction de la nature mais sur sa préservation. L’emploi serait, de plus, favorisé. »

Contre toute attente, ce Mr Hulot entre dans le débat quantitatif actuel autour de la Taxe Carbone en oubliant l’inspiration originelle de sa propre proposition !

Pourtant l’affaire paraissait entendue.
Pour y parvenir, on pouvait imaginer un transfert progressif vers cette nouvelle fiscalité.
Instaurer cette Contribution Climat Energie (CCE) dans un cadre de type fiscal et, pour qu’elle soit accueillie favorablement par les citoyens, diminuer d’un même ordre de grandeur l’impôt sur le revenu.

Aujourd’hui, on nous fait croire, mais c’est digne d’Ubu Roi, que la Taxe Carbone nous sera remboursée au centime près ! Mais alors à quoi bon ! Cela ne rime à rien.
Encore plus ridicule, dans ces conditions, de s’invectiver sur le montant de la tonne de CO2 !
Absurdes, les cris d’orfraie des tenants de la CCE qui veulent la voir plus conséquente !
Puisqu’on vous dit qu’elle nous sera remboursée au centime près ! Je veux bien payer 100€ la tonne si on me les rend !

Non, cette Taxe Carbone est bien une nouvelle taxe qui fera du vide dans notre portefeuille. Du vide de CO2 à n’en pas douter.
Les Diafoirus n’ont pas le grand style d’antan, mais ils parviennent aussi bien à leur fin.

Soyons clair. Il est tout à fait acceptable d’envisager un véritable transfert de fiscalité. Beaucoup d’entre nous seraient prêts à payer l’impôt sur son impact écologique. De nouvelles règles du jeu, de nouveaux critères dès lors qu’on abandonne les principes de l’impôt sur le revenu.
Un transfert fiscal à la satisfaction de tous :
Focus sur l’urgence écologique ET revalorisation des fruits de son travail (puisque exonéré d’imposition). Tout est là pour plaire à la fois aux écologistes ET aux libéraux.

Mais les libéraux font encore leur calcul… Ils hésitent… ou ils gagnent du temps pour préparer une nouvelle machinerie dont ils ont le secret afin de tirer profit de ce nouvel ordre. Mais ils y pensent.

En attendant, les argentiers n’ont pas perdu le nord. Pour l’instant, une taxe fera bien l’affaire.

On nous dira qu’ « il est déjà suffisamment compliqué de circonscrire l’application d’une Taxe Carbone… Alors un transfert de fiscalité ! C’est impossible ! »
Que nenni.
L’administration des impôts possède déjà toutes les informations suffisantes pour procéder à la mutation : Elle détient les fichiers qui nous servent à payer nos taxes habitation et foncières.
Ces fichiers permettent de recouper nos consommations de chauffage (nbre de m²), d’eau (nbre d’habitants ou nbre de points d’eau : SdB, WC, Eviers), d’électricité (nbre de pièces), d’entretien (m² de terrain), TV ou pas. Ascenseur ou pas.
Les fichiers de la Prévention routière : Nbre de voiture(s) et cylindrée.
Les fichiers de l’impôt sur le revenu qui leur permettront d’appliquer un ratio revenu / consommation pour intégrer notre capacité à polluer par les déchets domestiques.
Resterons à centraliser les informations sur l’Assainissement : tout à l’égout ou fosse septique. Et rapatrier les données récemment collectées aux cadastres sur l’isolation thermique et sur les piscines. Sans oublier la pesée nominative, dans les déchetteries. Ca a déjà commencé, j’en témoigne.

A n’en pas douter, un croisement d’informations jubilatoire pour tout technocrate passionné… Oui il y en a !
Et puis n’est-ce pas plus intrusif que notre dérisoire feuille d’impôt où ne figurent souvent que deux ou trois chiffres.
Et puisque Big Brother est déjà chez nous, il nous restera à répondre à une belle enquête sur le mode recensement : nombre de kilomètres entre domicile et travail ; si nous empruntons les transports en commun. Mais il y aura plus simple ! Le scellé fiscal sur notre compteur automobile. Chaque balade fera monter la facture et pas seulement celle de l’essence.

A propos de prix de l’essence, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix de produits de consommation, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix du chauffage, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix d’électricité, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos d’assainissement, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix de l’eau, ne sommes nous pas déjà taxés ?

Ca s’appelle la TVA (ou la TIPP pour les carburants).
Cet impôt indirect, réputé injuste car il taxe autant les bas et les hauts salaires.
Sauf que plus on consomme, plus on paye. Ainsi, plus on a de l’argent pour consommer, plus on paye. Plus précisément, plus on est riche, plus on paye… Ca se défend.

En fait, la fiscalité écologique, c’est un peu comme la TVA.
De la Taxe sur la Valeur Ajoutée, nous passons à la TVP, Taxe sur la Valeur Polluée.
Voyez ! Ce n’est pas si compliqué. On l’a déjà fait.
Comme Mr Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir.

Chers technocrates passionnés, chers argentiers, il ne vous reste qu’à mettre de l’ordre dans tout ça. Vos ordinateurs sont prêts, la fiscalité écologique n’est plus qu’à quelques clics.
Mais de grâce ! Oubliez l’impôt sur le revenu ! …Donnant-donnant.

dimanche, février 1 2009

Manif du 29 Janvier 2009 – Nous sommes MoDem et notre authenticité doit suffire à nous guider

En ce lendemain de mobilisation citoyenne, le militant MoDem que je suis éprouve de la tristesse.

La mobilisation du 29 Janvier fut un succès, nous dit-on. Les syndicats ont « fait le plein ».
Pour les autres, - les partis politiques, les associations militantes, comme la Ligue des Droits de l’Homme ou le Planning Familial, par exemple - il ne s’agissait pas, bien sûr, « d’une récupération politique de quelque chose qui est plus profond » (F. Bayrou) . Cela aurait été présomptueux, pour les uns ; fantasmatique, pour les autres.

Pour tous, la question était claire : éprouvons-nous une affinité avec les mots d’ordre de l’Intersyndicale ? Pouvoir d’achat, Salaires, Retraites, Emploi, Services publics… Sommes-nous solidaires ? Ainsi, la plupart des acteurs militants et citoyens n’a pas tergiversé bien longtemps.

On sait que les revendications d’une intersyndicale ne sont jamais bien explicites quant aux moyens proposés pour arriver aux objectifs scandés dans la rue, néanmoins, pour le MoDem, le risque de hiatus était quasi inexistant.

  • * *

En effet, les options défendues par ce mouvement populaire ne laissaient nullement place à l’équivoque : En ces temps de crise économique, soutenir la Demande (Pouvoir d’achat, Salaires, Retraites, Emploi, Services publics…) doit faire partie intégrante des solutions mises en œuvre.

Cela fait plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, qu’une ligne de fracture se dessine entre les « encore libéraux » et les « toujours sociaux ».
Les premiers prônent le nantissement toujours renouvelé des milieux financiers, via les banques, et les seconds s’escriment à proclamer le soutien nécessaire de la Demande.

La problématique est duale. Offre ET Demande. Et non pas, Offre OU Demande.
Les « encore libéraux » négligent effrontément un des termes de cette dialectique : s’il n’y a pas de Demande, l’Offre reconstituée ne trouvera pas plus de débouchés.

Obama, Merkel, Brown et bien d’autres l’ont enfin compris. Leurs dernières mesures tiennent compte de cette dualité. Mais il faut croire qu’en France rien n’est comme ailleurs.

« … /… le gouvernement ne croit pas à une relance par le pouvoir d'achat dans un pays dont les habitants ne sont pas endettés. Tout l'espoir du gouvernement est en effet d'entraîner les Français, dont le taux d'épargne est l'un des plus élevés d'Europe, à tirer un peu sur leurs économies. » Le Figaro du 31/01/09

Voilà tout ce qu’espère notre gouvernement : nous faire « racker », toujours et encore.
Il distribue notre endettement aux banques qui, d’un côté, continuent sans vergogne à servir leurs actionnaires et, de l’autre, éreintent les citoyens (PME comprises) par leur avarice-égoïsme-cynisme. Et maintenant, il veut mettre définitivement sur la paille ceux qui, par chance, n’y sont pas encore tout à fait.
Personne ne peut plus investir dans une voiture neuve ? Qu’à cela ne tienne, donnons encore quelques-uns de nos milliards aux barons de l’industrie pour préserver des emplois qu’ils s’appliquent, depuis longtemps, à faire sortir de nos frontières.

Nous marchons sur la tête ! Le gouvernement distribue des milliards sans même se garantir sur l’utilisation qui en sera faite.
Même Obama, outré par les 18 milliards de primes que les financiers se sont attribués sur les 400 milliards déjà consommés sur le Plan Paulson, n’en peut plus de garder son self-control : « le summum de l’irresponsabilité !», « c’est une honte !».
Même Obama aura bien du mal à récupérer cet argent.
Même face à Obama, les barbares de la Finance n’ont pas hésité à se servir, au-delà de leur salaire, sur la misère des citoyens donateurs. Pour eux, rien ne devrait changer. Jamais.

Voyez, d’ailleurs, le bras de fer auquel a dû se plier le gouvernement pour obtenir des banquiers qu’ils en rabattent sur leurs précieuses primes perso. Et encore ! , de cette « négociation », nous ne connaissons pas le dessous des cartes…

Alors oui, rien ne va dans les solutions prônées par les « encore libéraux » qui nous dirigent et qui prétendent tout résoudre avec l’aide magnanime et miséricordieuse des banquiers et autres grands industriels.

Alors oui, toute personne éprise, un tant soit peu, de justesse et d’équité, pouvait voir immédiatement de quel bord il fallait pencher. La mobilisation du 29 Janvier allait forcément représenter une pierre noire dans le jardin insolent des libéraux.

Alors oui, il était évident, pour le militant MoDem que je suis, que mon parti devait se porter solidaire en ce 29 Janvier. François Bayrou, nous a, depuis toujours, conforté dans son credo humaniste et sa défiance envers la foire aux paris financiers que sont les bourses (à court terme).
Pourtant rien n’est venu, ou si tard, si timidement.

  • * *

Nous, militants du MoDem (06, en l’occurrence), avons attendu un mot, un signe, un assentiment.
Sur le terrain, dans les départements, parmi ceux qui sont venus quand même, il y avait deux catégories de militants (1):
Ceux qui se mobiliseraient quoi qu’il arrive et les « légitimistes ».
Ceux qui s’afficheraient MoDem Solidaires quand même, et ceux qui s’associeraient discrets, à titre personnel, faute de « consigne officielle ».

Une nouvelle fois, les forces vives du MoDem étaient divisées.
Fallait-il brandir une banderole ? Se limiter au port d’attributs orange ? Crier slogans – et quels slogans ? – ou se fondre dans les cortèges ? Au fait… ! A-t-on la « culture de manif’ » ?

Dès lors qu’aucun appel officiel ne descendait de Paris, l’attentisme aura eu raison de toute organisation militante pour cette manifestation. Les quelques-uns qui défilèrent, le firent, empreints du plus grand amateurisme. Aucune communication pour s’organiser, aucun matériel militant digne de ce nom (banderole, drapeau, autocollants ou tract), aucune discipline puisque personne n était « mandaté » pour l’imposer.

Les forces vives du MoDem sont apparues à la société militante qui les entourait ce jour là, dans leur plus grande misère. J’étais un de ces piètres épouvantails, affublé d’une banderole de chiffons, dont, hélas, j’étais le « confectionneur » !
MoDem 06 à la manif' du 29/01/2009

                  MoDem 06 à la manif' du 29/01/2009

En ce lendemain de mobilisation citoyenne, le militant MoDem que je suis éprouve de la tristesse.

Attristé, ce jour là, de voir des officiers, arme au pied, et des fantassins voués à eux-mêmes.
Attristé, ce jour là, aux côtés d’un état-major (réduit) en représentation et des soldats feignant une marche conquérante.
Attristé, ce jour là, de voir la grande écharpe orange se déchirer entre le peuple des militants MoDem et les « déjà politiciens » bien disciplinés qu’ils avaient élus.
Attristé, ce jour là, de voir ressurgir les instincts cravatés de l’ancienne UDF, se défiant de toute compulsion militante.
Attristé, enfin, d’entendre quelques-uns vouloir s’attribuer la gloire factice de ce qui fut une débandade.
Nous partîmes Quarante; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes Douze en arrivant à la Place Massena.

J’ai compris, ce jour là, que la belle démocratie consacrée lors des élections internes de Septembre 2008 pouvait n’être en définitive que l’édification d’une pyramide rigide et, à l’occasion, creuse, dès lors qu’aucune lumière ne luisait en son sommet, laissant ceux du bas dans l’ombre et le dénuement…
J’ai compris, ce jour là, que cette belle démocratie, rêvée pour le MoDem, pouvait se réduire, aux yeux de certains, à une classique hiérarchie centralisatrice, asphyxiant toute initiative venue du rang.

J’ai eu la confirmation, ce jour là, que si les MoDem Départementaux ne faisaient pas preuve d’autonomie, le MoDem perdrait toute vaillance.
Structurer des commissions (foyers de réflexion), émettre (pas assez souvent) des communiqués de presse, honorer de notre présence quelques réunions locales ne sera jamais suffisant pour emporter des adhésions en masse.

Je crains, depuis ce jour là, que la seule mission qui vaille pour les lieutenants régionaux ne soit les seuls résultats aux prochaines élections européennes et, qu’ils en négligent ce qui fait le corps du combat politique : les luttes, le terrain.

Au vu de nos moyens tout relatifs et du temps qui nous reste avant cette échéance, le « faire savoir » pourrait, peut-être, contrebalancer quelques déficits ?
Mais que penser des fulgurances du genre : « Mise à l’Ordre du Jour de la réunion du prochain Bureau Départemental : la discussion de l’opportunité de créer un Comité de Réflexion dont les conclusions serviront au même Bureau Départemental pour juger de l’opportunité de créer une Cellule chargée de se réunir pour gérer la Communication du MoDem Départemental... » !!?

  • * *

Nous devons tirer les leçons de l’épisode du 29 Janvier.
Bien que le Conseil Départemental détienne la compétence pour définir la politique locale du MoDem, les décisions à caractère réactif doivent, par la force des choses, se prendre par l’exécutif départemental.

Etre élus à la tête ou siégeant au Bureau Départemental, c’est aussi se donner la capacité d’agir en son âme et conscience, sans attendre que Paris, tête de pont, donne sa bénédiction, sans craindre l’excommunication, ni se gargariser d’une « Haute Responsabilité », inhibante à force de formalisme et de sérieux.
Comme pour élever ses enfants : la perfection et le sans faute n’existent pas.
Vouloir se préserver d’un risque d’erreur, peut être aussi faire l’erreur de ne rien risquer.

Nous sommes MoDem et notre authenticité doit suffire à nous guider.

N.B. :
Qu’on ne se méprenne pas : Je ne prétends pas avoir l’énergie ni l’assiduité pour mener ce combat. Je ne revendique rien personnellement ; j’exhorte ceux qui se sont engagés à s’interroger sur leur réactivité et leur capacité à communiquer… Comme un bilan d’étape pour le devenir du Modem.

(1): Suite à une observation qui m'est parvenue via un courriel, il me parait nécessaire d'apporter une précision: Nulle part dans mon texte, je ne m’adresse à ceux qui ne sont pas venu à la manif’, ni ne leur reproche quoi que ce soit. Ce serait complètement déplacé et d'une grande intolérance. Évidemment, chacun est libre de manifester… ou pas. Désolé, que la tournure de mon texte ait pu être interprété ainsi… Mais j'ai beau chercher, je ne vois pas où cela peut apparaitre... Je préfère donc ajouter cette note pour ne pas laisser de place à l'équivoque.

dimanche, janvier 11 2009

"Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés" Nicolas Sarkozy - Voeux 2009

« A condition d’être solidaires les uns des autres. Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. » Extrait des voeux de Nicolas Sarkozy – 31-12-2008.

Rappelons nous ces mots.

On se souvient aussi de la « volonté » de création d'un « Cinquième Risque » de Sécurité Sociale lié à la perte d'autonomie qui devait « protéger les plus fragiles ». Notre Président, autour de sa campagne, avait les inclinaisons sociales ambitieuses et empreintes de compassion. Les électeurs s’en étaient bercés…

Mais après avoir, en Septembre 2008, inscrit dans la loi de Finances 2009, une ponction de 50 millions d’€ sur le budget de l’association chargée de gérer le fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph) pour équilibrer ses recettes (Ici, ici ou ici), le gouvernement s’en prend à nouveau aux handicapés et aux personnes dépendantes.

Dès le 1er Janvier 2009, les fragiles d’entre les fragiles, les handicapés, se sont vus refuser le remboursement de leur frais de transport par les Caisses d’Assurance Maladie (CPAM) (Ici par exemple).

En effet, depuis le 1er Janvier, les CPAM ne sont plus obligées de rembourser, comme c'était le cas jusqu'à présent, les frais de transport des personnes adultes handicapées ou âgées dépendantes vers les centres de soins et foyers médicalisés.
Par un décret du 5 Février 2007, le génie ministériel a placé les frais de transport des handicapés dans le champ des dépenses couvertes par la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) désengageant ainsi la Sécurité Sociale. Cette PCH est plafonnée à 12 000 € à répartir sur 5 ans, ce qui nous fait 200 € / mois.

Pour les citoyens qui ont la chance de ne pas être concernés directement par ce genre de situation, attachons nous un instant aux témoignages nombreux de familles frappées de plein fouet par cette « mesure ».
Imaginons, un instant, le quotidien de ces familles chargées d’un poly handicapé de naissance, d’une tétraplégique, d’un sourd et aveugle, d’un grave accidenté de la route trauma crânien aux capacités motrices réduites… sans oubliées les personnes âgées dépendantes concernées par ce décret.
Hé bien, nombre de ces personnes doit se rendre quotidiennement dans des centres spécialisés pour des soins médicaux, des séances de kiné ou des activités d'éveil.
Quand on sait le prix d’une course de taxi, et que l’on considère aussi que les handicapés doivent souvent se déplacer assez loin pour rejoindre des maisons d'accueil spécialisées, en ajoutant l'insuffisance du nombre de structures adaptées à certains handicaps, la plupart des familles témoignent d’une dépense de 1000 à 2000 € par mois.

Avec 200 €, on est loin du compte.
Et l’affaire n’est pas simplement comptable !!
On parle là de la vie de familles entières qui ne pourront pas financer cette charge supplémentaire. Elles ne pourront pas.
Ces familles qui, même avec les dispositifs antérieurs, devaient déjà sacrifier un budget non négligeable au handicap de leur fils ou fille, de leur aïeul. Incapables de financer ces quelques 1000 € et plus, telle mère devra renoncer à son travail pour s’occuper de son enfant, adulte handicapé, mettant encore plus en péril l’équilibre budgétaire de la famille, tel fils devra faire « la course » lui-même pour emmener sa mère grabataire, accumuler les retards et les absences et subir la sanction professionnelle : la porte… Des vies risquent de basculer dans la plus totale précarité. En nombre.

« Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. »

Alors voilà, vu le tollé que cette « mesure » a provoqué en cette première semaine de Janvier 2009, le gouvernement, par les voix de son Ministre de la Santé, Philippe Bas et de sa secrétaire d’état chargée de la solidarité, Valérie Létard, semble avoir reculé. Pourtant à entendre cette dernière, le décret du 5 Février 2007 n’est pas remis en cause.
Sa réponse invoque une période transitoire entre 2 types de prise en charge et pointe du doigt certaines Caisse d’Assurance Maladie pour leur interprétation pour le moins restrictive de l’entrée en vigueur du nouveau décret. Enfin, parlant d’ajustements nécessaires, elle parle de traitements au cas par cas. Ainsi, en plus de la PCH, certains pourront solliciter le complément nécessaire.

On connaît le cas par cas.
Cela signifie pour les familles concernées, dans le meilleur des cas, de nouvelles démarches avec les lourdeurs administratives qui iront avec. Lourdeurs qui concerneront aussi les strates d’agents recueillant dossiers, agréments médico-sociaux, ordonnances, factures échangées entre les CPAM et l’administration chargée d’attribuer la PCH.
Cela signifie aussi que certaines familles seront exclues des critères d’attribution que la technostructure ne manquera pas (c’est toujours plus drôle) d’imposer, et pour obtenir la PCH, et pour obtenir la dotation de complément.
Pourtant quoi de plus simple et direct que le remboursement en droite ligne pratiqué jusqu’à présent par les CPAM ?!

Voici un extrait de l’article de Delphine de Mallevoüe - Le Figaro du 01/01/2009

« Conscient que le retrait de l'assurance-maladie pouvait «entraîner de graves conséquences dans la vie quotidienne des familles» en dépit de la nouvelle aide financière de la PCH, «le gouvernement a donné pour instruction aux directeurs des CPAM de veiller à l'examen au cas par cas des dossiers afin de vérifier que le versement de la PCH était effectif avant de cesser toute prise en charge». C'est en tout cas ce qu'a affirmé le secrétariat d'État chargé de la Solidarité dans le JO du 13 mars 2008, en réponse aux sénateurs qui, déjà, s'inquiétaient de cette question.

Conscient aussi que le montant de la PCH au titre des frais de transport «est insuffisant dans le cas de trajets quotidiens du fait d'un accueil de jour», le gouvernement avait décidé de mettre en place un groupe de travail chargé de mener une réflexion sur la prise en charge de ces frais.
À cette heure pourtant, rien ne semble réglé. Seule possibilité pour augmenter le montant plafonné de la PCH : se tourner vers le département, conseil général ou Maison départementale du handicap (MDPH), qui peuvent allouer une aide supplémentaire.»

Si ces dernières lignes sont avérées, on conçoit aisément la finalité de telles manipulations : le transfert de charges vers les collectivités locales. Que ne ferait pas notre gouvernement pour alléger ses dépenses propres et faire accroire à sa capacité d’économies !!! De l’affichage toujours de l’affichage.

Et qui fait les frais de cet affichage ? Aujourd’hui les handicapés adultes, les personnes âgées dépendantes et leurs familles. Tracas, angoisse, désespoir… selon.

« Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. » Paroles, gesticulations et pour finir rien qui nous convainque d’y croire.

Les associations ont réagi, des familles accompagnées de leurs parents handicapés sont allés manifester devant les CPAM en ce début Janvier. Gageons que quelque député posera une question en séance.
Un groupe de travail va se réunir, nous dit-on… Preuve qu’une fois de plus, une loi a été votée trop vite sans qu’aucune conséquence n’ait été pesée. Légèreté, incompétence, pragmatisme technocratique, cynisme. Rien qui nous prouve que nos décideurs législateurs soient bien inspirés.

Mais, à travers cette affaire, c’est avec la cohésion sociale de notre pays que joue le gouvernement.

                                                 *     *     *

Voici le communiqué de presse de la « Commission Handicap du MoDem » dans lequel une demande solennelle est faite au Président de la République de revoir sa position sur le dé-remboursement des frais de transports aux handicapés :

La « commission handicap » du MoDem, saisie par des associations de personnes handicapées, tient à leur manifester son soutien, ainsi qu’aux familles victimes d’un nouveau préjudice financier et social.

En effet, certaines CPAM ont décidé de ne plus rembourser les transports des personnes handicapées entre leur domicile et le centre où elles reçoivent des soins. La mise en application de la loi du 11 février 2005, transférant cette prise en charge dans le cadre de la Prestation de compensation du handicap (PCH) fait que celle-ci est plafonnée à 200 euros par mois depuis le 1 janvier 2009. Hors le coût réel pour les familles peut atteindre fréquemment 1 000 euros par mois. Les dommages pour les familles sont considérables. Certaines envisagent même d’intenter un recours auprès de la Halde, jugeant cette situation discriminatoire ….et elle l’est !

Le Chef de l’Etat a déclaré dans ses vœux du 31 décembre 2008 qu’il « ne laisserait pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés ».

Hors, il s’avère qu’il est étrangement absent sur ces dossiers concernant un public très vulnérable. La crise économique ne justifie pas que l’on sacrifie les personnes handicapées et leur famille, dont le quotidien est jalonné de coûts et surcoûts dus à la prise en charge d’un état dont elles sont victimes ; à cela s’ajoutent les franchises médicales, les déremboursements de médicaments, et maintenant ce sont les transports qui ne seront plus pris en charge.

La Commission Handicap du MoDem, s’insurge contre ces atteintes à la Solidarité nationale devenues trop fréquentes ces derniers mois.

La Commission Handicap du MoDem demande solennellement au Président de la République d’intervenir afin que les règles de solidarité et d’équité les plus élémentaires soient respectées dans le pays.