La Gaude Démocrate

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lundi, décembre 21 2009

Le « Chinatown » de Bab Ezzouar : Comme un miroir qui nous est tendu…

Ces derniers jours, un courriel « viral » tourne à nouveau sur la toile. Son titre : « C'est la meilleure ! De là-bas dit ! »
Encore un de ces courriels mâtinés de xénophobie comme il y en a tant. Et comme dans certaines saillies du Front National, on y trouve hélas l’écho d’un malaise dont on ne sait pas toujours s’il fait partie de son propre côté sombre ou si effectivement quelques éléments rationnels le confortent.

Dans ce courriel, il s’agit d’une affaire qui s’est déroulée cet été, dans une ville de la Banlieue Est d’Alger. Une affaire d’intégration.
Paradoxalement, alors que ce courriel est censé justifier, aux yeux de ceux qui le diffusent, leur ressentiment raciste, j’y vois une occasion de prendre du recul et de constater que les réflexes xénophobes sont de tout temps et de toutes les cultures.

Alors, en ces temps de débat (artificiel) sur l’Identité Nationale Française, l’illustration que je vous soumets ici peut aider à relativiser, dépassionner votre propre cheminement sur le sujet.

Une bataille rangée entre algériens et chinois à Bab Ezzouar.
Article du El Watan du 4 Aout 2009 - http://www.elwatan.com/Une-rixe-violente-au-Chinatown-de

Des Chinois passent à tabac un habitant du quartier
Une rixe violente au « Chinatown » de Bab Ezzouar
La cité Boushaki de Bab Ezzouar (Alger) s’est transformée en un champ de bataille, opposant habitants du quartier, Chinois contre Algériens, hier vers midi. Un drame a été évité de justesse.

Un homme, Abdelkrim Lassaoudi, âgé de 35 ans, tabassé par les Chinois, a frôlé la mort. Il a été transféré en urgence vers l’hôpital Zemirli d’El Harrach. Il n’a eu la vie sauve que grâce à l’intervention des habitants du quartier qui l’ont soustrait aux Asiatiques. Les raisons de cette bataille rangée entre habitants de la même cité est partie d’une altercation entre un Algérien et un Chinois. « Quelques minutes plus tard, ce dernier est allé chercher des renforts. Il est revenu avec une cinquante de ses compatriotes armés de barres de fer et de bâtons pour passer à tabac un autre habitant, qu’ils ont confondu avec le premier », racontent les témoins oculaires rencontrés sur les lieux. Le jeune homme s’est réfugié dans un magasin, mais les Chinois l’ont poursuivi jusqu’à l’intérieur.

« Ils voulaient vraiment le tuer, ajoute un jeune du quartier, heureusement que les propriétaires du magasin ont eu la force de les repousser, sinon ils l’auraient éliminé. » Les éléments de la police judiciaire, sitôt alertés, sont arrivés sur place pour disperser tout le monde tout en promettant d’ouvrir une enquête pour déterminer les raisons de cette violence. Cependant, les habitants ne décolèrent pas et menacent de venger leur voisin. « Si les autorités locales n’agissent pas pour mettre un terme au diktat des Chinois dans ce quartier, nous allons brûler leurs magasins ainsi que leurs demeures dans les prochains jours », lance un jeune du quartier, tandis qu’un autre demande tout simplement « que soit effacé le quartier des Chinois qui sont venus nous coloniser ».

La cité Boushaki n’en est pourtant pas à son premier incident. Des bagarres ont souvent éclaté dans ce quartier depuis l’arrivée des Chinois. La cohabitation semble avoir mis le feu aux poudres. Les locataires dénoncent « les habitudes étrangères à la société algérienne des Chinois, à qui ils reprochent une conduite contraire aux mœurs locales ». Il faut dire que cette cité est devenue un vrai Chinatown ; les habitants de Bab Ezzouar l’appellent « le quartier chinois ». Des magasins y sont érigés, « souvent de manière clandestine. Ils louent la plupart des villas où ils font travailler des jeunes au noir ».

Les habitants se demandent pourquoi les autorités locales laissent faire. D’un ton soupçonneux, ils se demandent même s’ils ne s’adonnent pas « au trafic et à la contrefaçon ». Plusieurs fois, le maire de Bab Ezzouar, affirment les riverains, a été sollicité pour « trouver une solution à notre calvaire, mais nos doléances sont restées lettre morte ». Ils demandent que les services de sécurité enquêtent sur « l’organisation souterraine des Chinois dans la cité » avant que la situation ne devienne incontrôlable. - Par Hacen Ouali »

Le 11 Août, Libération relatait l’événement : http://www.liberation.fr/monde/0101584631-les-chinois-un-casse-tete-algerien
Après un rapport plus précis des faits, la journaliste reporter explique la situation et retranscrit quelques commentaires :

Les Chinois, un casse-tête algérien
Immigration. Des rixes entre commerçants asiatiques et locaux ont fait dix blessés près d’Alger.
Par RYMA ACHOURA - ALGER, correspondance

« L’arrivée des Chinois date de ces trois dernières années. Venus pour travailler sur les grands chantiers de BTP, ils se sont installés ici et ont ouvert des commerces de textiles bon marché. Aujourd’hui, ils seraient près de 200 dans la cité, et ne s’embarrassent pas beaucoup des traditions locales, selon leurs voisins algériens. «Ils ne respectent pas notre religion, ils jouent aux cartes dehors jusqu’à deux ou trois heures du matin en buvant de l’alcool. Eux et leurs femmes portent de plus en plus des tenues dénudées, et nous, qui sommes très pratiquants et qui habitons juste en face, nous ne pouvons même plus ouvrir les fenêtres qui donnent sur leurs appartements», raconte un habitant du quartier.

«Humiliés». Pour beaucoup, les affrontements de la semaine passée sont l’incident de trop. «Ici, c’est devenu le quartier chinois, d’ailleurs tout le monde l’appelle comme ça. Ils ont profité de notre bonté pour s’installer et maintenant ils veulent prendre tout le quartier. Ici, c’est un endroit respectable, les gens sont pratiquants, nous ne voulons pas de gens qui ne respectent pas notre religion. Nous sommes d’accord pour qu’ils restent en Algérie, mais qu’ils aillent dans un autre endroit», s’emporte un commerçant. «Nous n’avons rien contre le fait qu’ils travaillent ici, mais nous voulons qu’ils respectent nos lois, ou alors qu’ils vivent isolés, pas avec la société algérienne car, là, nous avons été humiliés», renchérit un autre. »

El Watan consacre, le 6 Août, un nouvel article sur l’encadrement policier qui s’en est suivi mais aussi sur les éléments du débat qui s’amorce - http://www.elwatan.com/Heurts-entre-Algeriens-et-Chinois :

«…/… Depuis, le « quartier chinois » s’est installé dans une zone de tension. Les raisons de ces affrontements restent à déterminer, une enquête de la police judiciaire est en cours.
Certains habitants vont jusqu’à exiger le départ des Chinois du quartier, évoquant « l’impossible cohabitation entre Algériens et Chinois après ce qui s’est passé lundi ». Mais tous les riverains ne sont pas forcément de cet avis. L’un d’entre eux n’a pas hésité à faire porter le chapeau de ce qui s’est passé à un commerçant algérien. Il assure que « ceux qui sont à l’origine de cette violence ne sont pas les Chinois, il s’agit d’un commerçant algérien qui avait provoqué un Chinois devant son domicile et ensuite ça a tourné au vinaigre ». « Depuis que les Chinois se sont installés dans la cité, nous n’avons jamais eu de problèmes avec eux, bien au contraire, grâce à eux la cité et tout Bab Ezzouar a connu un essor commercial », ajoute-t-il. Un autre habitant, qui a l’habitude de travailler avec les Asiatiques, abonde dans le même sens et affirme que ces derniers « respectent les mœurs des habitants du quartier et ils sont d’une conduite exemplaire, contrairement à ce qu’on raconte ».
Et d’ajouter : « C’est grâce à la présence des Chinois que beaucoup de gens d’ici ont pu construire leurs logements et monter des commerces. » En somme, les versions diffèrent et divergent, mais tous sollicitent l’intervention des pouvoirs publics pour faire régner la loi …/… - Par Hacen Ouali »

On le voit ; ça tergiverse… Comme en France sur le même genre de problèmes.
Preuve édifiante : cet échange trouvé dans les pages de commentaires de ce second article du Watan :

1- Le 9.08.2009 à 21h52
IL N’Y A PAS D’INVASION CHINOISE.
PEUPLE TU AS LA MEMOIRE COURTE. SOUVIENS TOI DE TON HISTOIRE.

« Je crois que le peuple algérien à la mémoire courte pour ne pas dire très courte. Alors je vais la lui rafraîchir.
Certains osent parler d’invasion chinoise ; mais de quoi est faite votre histoire ? Un rapide coup d’œil : - Les Phéniciens avec leurs comptoirs entre -1250 avant JC et -145 avant JC - L’état de Numidie -250 avant JC -25 avant JC - La période romaine -25 avant JC à 430 - La domination Vandale 430 à 533 - La domination de Byzance 534 à 647 - Islamisation de l’Algérie de 647 à 776 - Dynasties musulmanes, berbères, arabes de 776 à 1556 - Présence espagnole au XVIème siècle - Période Ottomane 1515 – 1830 - Colonisation française 1830 – 1962.
Oui, beaucoup de présence étrangère sur votre sol, mais cherchez les chinois, ils ne sont pas présents. Alors ne parlons pas d’invasion mais de coopération entre nos deux pays, chaque Etat y trouvant « son compte ».

Par contre, les relations d’amitié entre l’Algérie et la Chine remontent aux années 1950 où la Chine a soutenu l’Algérie dans sa guerre de libération contre la colonisation. Après la fondation du gouvernement provisoire algérien en septembre 1958, la Chine était le 1er pays, hors le monde arabe, à reconnaître ce gouvernement. En avril 1963, juste après l’indépendance, la Chine a envoyé une mission médicale, la première du genre en Afrique ; depuis plus de 2800 médecins ont sillonné le pays renforçant l’amitié entre les deux pays. En mai 2003, lors du séisme de magnitude 6.8 qui a frappé le nord de l’Algérie, la Chine était présente pour vous aider dans cette épreuve. Enfin, si nous regardons les chiffres de l’Ambassade de Chine à Alger, les visas d’entrées en Chine accordés aux Algériens atteignaient plus de 14 000 en 2007 et ils sont en constante augmentation.

Au quotidien, oui, les chinois souffrent de constantes agressions verbales et physiques de la part de citoyens algériens. Certes, ces agressions sont le fait de jeunes désœuvrés, mais pour en avoir été témoin et victime, je puis affirmer que, par exemple, le vol à l’arraché est une spécialité de certains jeunes maghrébins, on ne peut le nier. Il est plus facile de dévaliser l’étranger, qu’il soit chinois ou autre, que de se chercher une activité légale… !

Alors, à qui profite le crime ? Il serait dommage de monter deux communautés l’une contre l’autre au profit d’une troisième…. Alors essayons entre gens civilisés de nous comprendre de ne pas nous jeter des anathèmes et essayons de vivre dans un semblant d’harmonie si les uns et les autres ne veulent pas faire mieux.

Mais surtout que raison soit gardée de part et d’autre des deux communautés, et ne jetons pas aux orties plus de 50 ans d’amitié entre l’Algérie et la Chine.

Répondre

2- Réponse : IL N’Y A PAS D’INVASION CHINOISE.

Vous faite preuve d’une naïveté, qui doit bien faire rire les chinetoques, vous pouvez philosopher des heures et des heures, sur la soi-disant amitié sino-algérienne, mais il n’empêche que les relations entre états, ne sont régis que par les rapports de force et les intérêts de chacun.

Et en tant que nationaux (il n’y a pas de citoyens en Algérie) algériens, nous n’avons aucun intérêt, à avoir des quartiers de bandits, sournois, qui sont loin de l’image des travailleurs acharnés, respectueux de la loi (la preuve...), mais au contraire des magouilleurs mafieux, qui n’ont que du mépris aussi bien pour la loi que pour les autochtones, qu’ils méprisent comme personne.

La présence de ces commerçants, qui ne produisent rien, mais ne font qu’importer de chez eux, n’apporte aucun bénéfice au pays ; bien au contraire, ils sont en train de redessiner le schéma colonial, qui a fait de nous, aujourd’hui encore, de simple consommateurs qui ne produisent rien.

Et si vous avez la naïveté de croire que ces gens vous veulent du bien, comprenez, qu’il n’y a pas plus racistes et plus xénophobes que les chinois, et que les millions de paysans affamés de l’ouest du pays, il faut bien les caser quelque part, et les stratèges chinois ont logiquement porté leur choix vers l’Afrique, seul continent diriger par des couillons. Et pour finir, je vous laisse méditer cette citation du philosophe chinois, maitre dans l’art de la guerre, qu’est Sun Tsu : "Pour battre ton ennemi, il faut d’abord le soutenir pour qu’il relâche sa vigilance ; pour prendre, il faut d’abord donner." Donc trêve de naïveté. »

Tout ça laisse rêveur, Non ?
La comparaison (que vous imaginez) est tentante. Mais je suis sûr que l’exercice émoussera plus qu’il n’exacerbera les instincts xénophobes qui hantent la conscience de beaucoup (trop), …parce qu’on est toujours l’étranger de quelqu’un.

dimanche, février 1 2009

Manif du 29 Janvier 2009 – Nous sommes MoDem et notre authenticité doit suffire à nous guider

En ce lendemain de mobilisation citoyenne, le militant MoDem que je suis éprouve de la tristesse.

La mobilisation du 29 Janvier fut un succès, nous dit-on. Les syndicats ont « fait le plein ».
Pour les autres, - les partis politiques, les associations militantes, comme la Ligue des Droits de l’Homme ou le Planning Familial, par exemple - il ne s’agissait pas, bien sûr, « d’une récupération politique de quelque chose qui est plus profond » (F. Bayrou) . Cela aurait été présomptueux, pour les uns ; fantasmatique, pour les autres.

Pour tous, la question était claire : éprouvons-nous une affinité avec les mots d’ordre de l’Intersyndicale ? Pouvoir d’achat, Salaires, Retraites, Emploi, Services publics… Sommes-nous solidaires ? Ainsi, la plupart des acteurs militants et citoyens n’a pas tergiversé bien longtemps.

On sait que les revendications d’une intersyndicale ne sont jamais bien explicites quant aux moyens proposés pour arriver aux objectifs scandés dans la rue, néanmoins, pour le MoDem, le risque de hiatus était quasi inexistant.

  • * *

En effet, les options défendues par ce mouvement populaire ne laissaient nullement place à l’équivoque : En ces temps de crise économique, soutenir la Demande (Pouvoir d’achat, Salaires, Retraites, Emploi, Services publics…) doit faire partie intégrante des solutions mises en œuvre.

Cela fait plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, qu’une ligne de fracture se dessine entre les « encore libéraux » et les « toujours sociaux ».
Les premiers prônent le nantissement toujours renouvelé des milieux financiers, via les banques, et les seconds s’escriment à proclamer le soutien nécessaire de la Demande.

La problématique est duale. Offre ET Demande. Et non pas, Offre OU Demande.
Les « encore libéraux » négligent effrontément un des termes de cette dialectique : s’il n’y a pas de Demande, l’Offre reconstituée ne trouvera pas plus de débouchés.

Obama, Merkel, Brown et bien d’autres l’ont enfin compris. Leurs dernières mesures tiennent compte de cette dualité. Mais il faut croire qu’en France rien n’est comme ailleurs.

« … /… le gouvernement ne croit pas à une relance par le pouvoir d'achat dans un pays dont les habitants ne sont pas endettés. Tout l'espoir du gouvernement est en effet d'entraîner les Français, dont le taux d'épargne est l'un des plus élevés d'Europe, à tirer un peu sur leurs économies. » Le Figaro du 31/01/09

Voilà tout ce qu’espère notre gouvernement : nous faire « racker », toujours et encore.
Il distribue notre endettement aux banques qui, d’un côté, continuent sans vergogne à servir leurs actionnaires et, de l’autre, éreintent les citoyens (PME comprises) par leur avarice-égoïsme-cynisme. Et maintenant, il veut mettre définitivement sur la paille ceux qui, par chance, n’y sont pas encore tout à fait.
Personne ne peut plus investir dans une voiture neuve ? Qu’à cela ne tienne, donnons encore quelques-uns de nos milliards aux barons de l’industrie pour préserver des emplois qu’ils s’appliquent, depuis longtemps, à faire sortir de nos frontières.

Nous marchons sur la tête ! Le gouvernement distribue des milliards sans même se garantir sur l’utilisation qui en sera faite.
Même Obama, outré par les 18 milliards de primes que les financiers se sont attribués sur les 400 milliards déjà consommés sur le Plan Paulson, n’en peut plus de garder son self-control : « le summum de l’irresponsabilité !», « c’est une honte !».
Même Obama aura bien du mal à récupérer cet argent.
Même face à Obama, les barbares de la Finance n’ont pas hésité à se servir, au-delà de leur salaire, sur la misère des citoyens donateurs. Pour eux, rien ne devrait changer. Jamais.

Voyez, d’ailleurs, le bras de fer auquel a dû se plier le gouvernement pour obtenir des banquiers qu’ils en rabattent sur leurs précieuses primes perso. Et encore ! , de cette « négociation », nous ne connaissons pas le dessous des cartes…

Alors oui, rien ne va dans les solutions prônées par les « encore libéraux » qui nous dirigent et qui prétendent tout résoudre avec l’aide magnanime et miséricordieuse des banquiers et autres grands industriels.

Alors oui, toute personne éprise, un tant soit peu, de justesse et d’équité, pouvait voir immédiatement de quel bord il fallait pencher. La mobilisation du 29 Janvier allait forcément représenter une pierre noire dans le jardin insolent des libéraux.

Alors oui, il était évident, pour le militant MoDem que je suis, que mon parti devait se porter solidaire en ce 29 Janvier. François Bayrou, nous a, depuis toujours, conforté dans son credo humaniste et sa défiance envers la foire aux paris financiers que sont les bourses (à court terme).
Pourtant rien n’est venu, ou si tard, si timidement.

  • * *

Nous, militants du MoDem (06, en l’occurrence), avons attendu un mot, un signe, un assentiment.
Sur le terrain, dans les départements, parmi ceux qui sont venus quand même, il y avait deux catégories de militants (1):
Ceux qui se mobiliseraient quoi qu’il arrive et les « légitimistes ».
Ceux qui s’afficheraient MoDem Solidaires quand même, et ceux qui s’associeraient discrets, à titre personnel, faute de « consigne officielle ».

Une nouvelle fois, les forces vives du MoDem étaient divisées.
Fallait-il brandir une banderole ? Se limiter au port d’attributs orange ? Crier slogans – et quels slogans ? – ou se fondre dans les cortèges ? Au fait… ! A-t-on la « culture de manif’ » ?

Dès lors qu’aucun appel officiel ne descendait de Paris, l’attentisme aura eu raison de toute organisation militante pour cette manifestation. Les quelques-uns qui défilèrent, le firent, empreints du plus grand amateurisme. Aucune communication pour s’organiser, aucun matériel militant digne de ce nom (banderole, drapeau, autocollants ou tract), aucune discipline puisque personne n était « mandaté » pour l’imposer.

Les forces vives du MoDem sont apparues à la société militante qui les entourait ce jour là, dans leur plus grande misère. J’étais un de ces piètres épouvantails, affublé d’une banderole de chiffons, dont, hélas, j’étais le « confectionneur » !
MoDem 06 à la manif' du 29/01/2009

                  MoDem 06 à la manif' du 29/01/2009

En ce lendemain de mobilisation citoyenne, le militant MoDem que je suis éprouve de la tristesse.

Attristé, ce jour là, de voir des officiers, arme au pied, et des fantassins voués à eux-mêmes.
Attristé, ce jour là, aux côtés d’un état-major (réduit) en représentation et des soldats feignant une marche conquérante.
Attristé, ce jour là, de voir la grande écharpe orange se déchirer entre le peuple des militants MoDem et les « déjà politiciens » bien disciplinés qu’ils avaient élus.
Attristé, ce jour là, de voir ressurgir les instincts cravatés de l’ancienne UDF, se défiant de toute compulsion militante.
Attristé, enfin, d’entendre quelques-uns vouloir s’attribuer la gloire factice de ce qui fut une débandade.
Nous partîmes Quarante; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes Douze en arrivant à la Place Massena.

J’ai compris, ce jour là, que la belle démocratie consacrée lors des élections internes de Septembre 2008 pouvait n’être en définitive que l’édification d’une pyramide rigide et, à l’occasion, creuse, dès lors qu’aucune lumière ne luisait en son sommet, laissant ceux du bas dans l’ombre et le dénuement…
J’ai compris, ce jour là, que cette belle démocratie, rêvée pour le MoDem, pouvait se réduire, aux yeux de certains, à une classique hiérarchie centralisatrice, asphyxiant toute initiative venue du rang.

J’ai eu la confirmation, ce jour là, que si les MoDem Départementaux ne faisaient pas preuve d’autonomie, le MoDem perdrait toute vaillance.
Structurer des commissions (foyers de réflexion), émettre (pas assez souvent) des communiqués de presse, honorer de notre présence quelques réunions locales ne sera jamais suffisant pour emporter des adhésions en masse.

Je crains, depuis ce jour là, que la seule mission qui vaille pour les lieutenants régionaux ne soit les seuls résultats aux prochaines élections européennes et, qu’ils en négligent ce qui fait le corps du combat politique : les luttes, le terrain.

Au vu de nos moyens tout relatifs et du temps qui nous reste avant cette échéance, le « faire savoir » pourrait, peut-être, contrebalancer quelques déficits ?
Mais que penser des fulgurances du genre : « Mise à l’Ordre du Jour de la réunion du prochain Bureau Départemental : la discussion de l’opportunité de créer un Comité de Réflexion dont les conclusions serviront au même Bureau Départemental pour juger de l’opportunité de créer une Cellule chargée de se réunir pour gérer la Communication du MoDem Départemental... » !!?

  • * *

Nous devons tirer les leçons de l’épisode du 29 Janvier.
Bien que le Conseil Départemental détienne la compétence pour définir la politique locale du MoDem, les décisions à caractère réactif doivent, par la force des choses, se prendre par l’exécutif départemental.

Etre élus à la tête ou siégeant au Bureau Départemental, c’est aussi se donner la capacité d’agir en son âme et conscience, sans attendre que Paris, tête de pont, donne sa bénédiction, sans craindre l’excommunication, ni se gargariser d’une « Haute Responsabilité », inhibante à force de formalisme et de sérieux.
Comme pour élever ses enfants : la perfection et le sans faute n’existent pas.
Vouloir se préserver d’un risque d’erreur, peut être aussi faire l’erreur de ne rien risquer.

Nous sommes MoDem et notre authenticité doit suffire à nous guider.

N.B. :
Qu’on ne se méprenne pas : Je ne prétends pas avoir l’énergie ni l’assiduité pour mener ce combat. Je ne revendique rien personnellement ; j’exhorte ceux qui se sont engagés à s’interroger sur leur réactivité et leur capacité à communiquer… Comme un bilan d’étape pour le devenir du Modem.

(1): Suite à une observation qui m'est parvenue via un courriel, il me parait nécessaire d'apporter une précision: Nulle part dans mon texte, je ne m’adresse à ceux qui ne sont pas venu à la manif’, ni ne leur reproche quoi que ce soit. Ce serait complètement déplacé et d'une grande intolérance. Évidemment, chacun est libre de manifester… ou pas. Désolé, que la tournure de mon texte ait pu être interprété ainsi… Mais j'ai beau chercher, je ne vois pas où cela peut apparaitre... Je préfère donc ajouter cette note pour ne pas laisser de place à l'équivoque.

mercredi, novembre 26 2008

Fini de mesurer le bonheur... Comptons le malheur, licenciement après licenciement

C’est avec la volonté de relayer le bel ouvrage que je relaye en ligne cette carte de France des plans sociaux, licenciements, fermetures d’entreprises et chômage technique.
Sous forme de Google Map, c’est à un internaute répondant au pseudo de Latruffe que nous devons cette somme. Une somme qui, hélas, risque de ne pas décroître avant longtemps.
Mise à jour régulièrement, elle recense, depuis le 26 octobre dernier, tous les plans sociaux, suppressions d’emplois, délocalisations, fermetures définitives ou temporaires de sites, jours de chômage technique, etc…
Le ou les « auteur(s) » insiste(nt) sur le fait que cette carte n’est pas exhaustive – On aurait préféré mais y’en a encore dans les tiroirs -.
La question d’un compteur de licenciements revient régulièrement mais sa signification est battue en brêche par « Latruffe » lui-même car ne sont pas comptabilisées les créations d’emplois. Honorable souci d’éthique.
Dans les commentaires de sa Google Map, il souligne malgré tout un chiffre : le différentiel création / destruction donné par le ministère de l’emploi : Moins 30 000 emplois au cours des 2 trimestres précédents.

Afficher la carte

On peut, grâce à cette carte, se faire un peu mieux une idée du désastre. Les salariés se donner des sueurs froides ; les licenciés / les chômeurs se consoler en se disant qu’ils sont moins seuls jour après jour.
Pour me faire une idée de la portée de ce travail, je me suis appliqué à compter. Compter les licenciements, compter les emplois non remplacés, compter les emplois délocalisés, les entreprises en liquidation. Compter.

Si l’on excepte les 9000 emplois, environ, en souffrance avant fermeture des Arcelor-Mittal, et les 11 000 cette année et les 11 000 l’année prochaine de l’éducation nationale, si l’on compte le chiffre bas des fourchettes indiquées pour les plans sociaux annoncés, si l’on ne compte pas non plus les plans sociaux pas suffisamment « mûrs » pour que le site puisse donner un chiffre approchant, et sans compter les périodes (des mois parfois) de chômage partiel et si l’on considère que chaque heure apporte, via la page des commentaires, son lot de « signalements » funestes, on arrive quand même, en ce Mardi 25 Novembre au soir, à près de 18 500 emplois en cours de destruction.

A m’atteler à ce comptage, le nez sur ce monitoring morbide, je me suis vu « rond de cuir », halluciné par les chiffres puis, j’imagine, blasé par cette amoncellement quotidien au bout de quelques années de comptage. On ne le dira jamais assez, derrière chacune de ces unités, il y a une vie en équilibre, dans l’angoisse, et avec elle, souvent, une famille.

Et toutes ces vies entrent dans une calculette posée sur un bureau, après avoir été comptées par une autre calculette, un peu avant, sur le bureau d’un patron ou de sa DRH.
Encore un peu avant, une autre calculette aura compté la rentabilité, le manque à gagner. Aura pesé et aura tranché.
Pour certains, une autre calculette, d’une autre espèce, aura constaté que rien ne va plus et qu’on ne peut plus faire autrement…
Mais le résultat reste le même. Des vies basculent.

A notre époque, tout se compte. Tout se mesure. Ici, c’est pour la bonne cause. Se défendre d’une nouvelle manière. Un témoignage numérique et public, c’est toujours bon à prendre.

Compter le bonheur

Un autre jour, on a voulu nous mesurer le bonheur. Ainsi pour l’agence (et les éminents chercheurs) qui s’y sont attelés, ils ont compté. Compté quoi ? Le bonheur… ou plutôt ses symptômes. Celui qui a compté a défini ses critères et le bonheur était dans l’sac.

Ca fait aussi un moment qu’on nous mesure le comportement. Mais là, y’a de quoi faire. Puisque le comportement est compté en vue de nous vendre des choses. Le comportement devient donc tendances de consommation. On nous compte les pots de yaourt, les chaussettes, les sodas, les sacs plastiques, les fruits et légumes, les jouets, les vaisselles en plastique, les dentifrices,…

On nous compte aussi dans la rue, sur les routes, dans les gares. Dès qu’on bouge, on nous compte. On nous compte devant les caisses, les péages, les urnes. Comme on compte les marmottes quand elles sortent de leur trou d’hivernage.
En fait, on nous compte beaucoup plus souvent qu’on ne compte les marmottes. Il est vrai qu’elles n’ont pas de compte en banque.

Mais, au fait, sommes-nous comptés en proportion de notre compte en banque ? Ce n’est pas sûr. On compte bien les crânes dans les charniers… Et même ceux-là qui n’ont plus rien se retrouvent étiquetés, comptés dans une calculette.
N’avoir plus rien devrait au moins donner l’espoir de n’être plus compté, décompté. Mais rien n’y fait. Plus ça va, plus on nous compte.

Compter le malheur

Mais l’agence qui nous compte le bonheur, a-t-elle essayé de compter le malheur ? Non, sûrement pas. Peu rentable ; pas vendeur…
Parce que ce qui les intéresse dans le comptage du bonheur, c’est que, le bonheur, si on parvient à le compter, on pourra nous le facturer.
Mais le malheur… ? Le malheur, ce n’est pas intéressant. C’est même dangereux !!!
Si on arrive un jour à le compter, on pourra en demander dédommagement. Et là, rien ne va plus !!!

On connaît le cauchemar des juges autour de l’estimation des dommages et intérêts et pire encore, du préjudice moral.
Quand c’est pour affaire ça peut se mesurer. Quelques centaines, milliers d’euros pour un « licencié abusif » et quelques 45 Millions de « préjudice moral » en sus des 285 Millions de « dommages et intérêts » pour un Bernard Tapie. Facile !!!
Quand il s’agit d’erreur médicale… là encore : facile ; y’a des barèmes… parfois indexés sur la condition sociale de la victime.
En matière d’escroquerie, au-delà de 3000€, à charge pour la victime de recouvrir l’amende et les dommages décrétés par la justice. Facile, ‘suffit de se déguiser en gendarme.
Mais dès qu’il s’agit de viol, de vies, de mort, on ne compte plus.

D’ailleurs, on ne compte plus, bien avant ces extrémités.
Par exemple, combien le malheur d’un licencié et de sa famille ?
Pour le licenciement, on sait compter. On indemnise. Sur le coup, on étalonne le manque à gagner. Et puis on ventile avec une période de chômage…

Mais ensuite, qu’il y ait ou pas délocalisation (le malheur des uns fait le bonheur des autres), qu’il y ait ou pas enrichissement des actionnaires (pareil : le malheur des uns…), qu’il y ait large bénéfice sur la revente des actifs (pareil : le malheur…), le licencié n’a plus le droit au chapitre. Combien pour son malheur ? Pas l’ombre des bénéfices qui se perpétuent bien après sa contribution.

Quand il y a extinction définitive d’un marché, le soutien social tel qu’il se pratique aujourd’hui est justifié et proportionné.
Mais quand il y a déplacement de l’activité, recherche de rendement financier supérieur au rendement industriel, enrichissement induit par la cessation d’activité ou liquidation pure et simple d’actif sans réelle nécessité, il est légitime d’ouvrir le droit, droit syndical et pénal, aux salariés et ex salariés pour qu’ils puissent ester en vue de faire valoir dommages et préjudices.

Flouer à fins de bénéfices n’est pas moral. Habituellement on appelle ça de l’escroquerie.
L’abus de position dominante est aussi un délit reconnu en matière de droit économique mais aussi civil et pénal.
Les esprits doivent changer et se libérer des injonctions sournoises de l’ImMorale ambiante.

Les éminences grises des places financières qui viennent de passer plusieurs décennies à croiser les données de coût et de rentabilité se sont elles interrogées sur le seuil à partir duquel le malheur des salariés endiguerait leur élan cupide ? A lire le cynisme des théories libérales élaborées dès le 18ème siècle sur cette page par exemple.

Comme le fait cette carte de la crise en miniature, il est temps de compter le malheur ; quantitativement ET qualitativement.

Mais à voir avec quelle avidité nos chers banquiers récupèrent les derniers écus qu’on leur tend naïvement, il est illusoire de croire qu’ils feront un geste pour les partager équitablement.
Alors que feront-ils lorsqu’il n’y aura plus rien à racler ? Ils coteront le malheur en bourse.