Un petit retour sur les affirmations maintes fois martelées dans les médias, sur nos antennes, par nos chers journalistes, chroniqueurs, animateurs, par nos chers politiques eux-mêmes, sans oublier les sondeurs : « Les élections européennes n’intéressent personne », « l’Europe, c’est ennuyeux », « personne n’y comprend rien »…

Comme d’habitude, on reproche aux candidats de ne pas parler d’Europe, mais dès que l’un d’eux se risque à un discours de fond, ou un peu plus technique, on l’arrête en lui demandant de rester synthétique ou prétextant le manque de temps. Faudrait savoir !!
Société du zapping, décervelée, décervelante et trop pressée.
Ainsi se passe la lobotomisation du citoyen, soi disant demandeur d’espace de cerveau disponible pour le seul credo qui vaille : la consommation.

Ainsi va le conditionnement par rabachage, relayé avec zèle par la plupart de nos chers journalistes, chroniqueurs, animateurs. Chers journalistes, chroniqueurs, animateurs… vous savez, le 3ème pouvoir.
Qu’en font-ils de ce 3ème pouvoir ?
Une sorte de mélasse consensuelle. Tellement systémique qu’ils se sont ménagés une petite fenêtre de pensée autonome. Ils appellent ça : « l’édito ».
Dans cette petite colonne, proprement encadrée, un monsieur (ou madame), avec plus de bouteille que les autres, s’autorise quelques prises de position. Pas partisane, pas politique, mais généraliste sur le sujet du moment… Mais toujours sur le mode thèse, antithèse, synthèse, pour ne brusquer personne. D’ailleurs si l’éditorialiste bénéficie après de longue années de carrière de ce statut « avantageux » c’est justement parce qu’il a su, de longue date, ménager les susceptibilités de ses supérieurs et de son cercle.

Au bout du compte, gentiment appliqués à promotionner leur cher consensus mou, nos journalistes ont réussi à nous convaincre que l’abstention était la norme. On se demande d’ailleurs qui est le plus grégaire. Le peuple ou les journalistes ?
Ce fut dit et imprimé. Puis repris à l’envie.
« L’Europe, c’est compliqué » et n’allez pas dire le contraire !
N’allez pas dire non plus que le fait de le répéter à longueur de temps influencerait les électeurs !! Les convaincrait de ne pas aller voter. Surtout pas !

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Récemment sur une antenne radio, un auditeur tente une dissidence :

« Evidemment, si on continue à nous dire tous les jours que l’élection européenne n’intéresse personne… c’est sûr, ça n’encourage pas les gens à aller voter… ! »

Enfin une idée à contre courant ! Par cette odeur alléchée, tout animateur de débat aurait ouvert une voie royale à cet auditeur, l'aurait même aidé à s'exprimer, comme un professionnel se doit de le faire.
Quelle fut la réaction du journaliste animateur ? Je vous le donne en mille. Voici sa réponse :

« Au contraire, cela peut avoir l’effet contraire, les inciter à aller voter… ».

Merveilleux. Tout est dans tout. Ce journaliste animateur nous sortait la botte secrète, d’une dialectique implacable.
L’auditeur pensant pouvoir s’exprimer sereinement, (intégrant que son avis pouvait être contré par d’autres auditeurs lui succédant à l’antenne), se trouvait dans la situation d’en découdre aussi avec le journaliste qui était censé l’accueillir.

Ainsi tout se passe comme si le conditionnement en marche ne pouvait souffrir aucune contradiction. N’empêchez pas les journalistes de nous dire que l’Europe n’intéresse personne… C’est pour votre bien !! Justement pour que vous alliez voter !! … On croit rêver.

Pavlov (le théoricien du conditionnement) n’a rien compris ; le pilonnage publicitaire est inefficace ; les méthodes de communication récurrentes sont des pratiques désuètes ; le slogan, une arme nulle et non advenue ; les budgets pub, de l’argent jeté par les fenêtres.

Que dire de ce journaliste qui gagne le pompon de la mauvaise foi ?

A ce poste, qui lui offre le verbe à l’antenne d’une radio, cet homme doit forcément avoir un bagage intellectuel plus que correct. Cet homme doit avoir, peu ou prou, un sens critique suffisamment aiguisé pour mener au moins un raisonnement frappé au coin du bon sens et laisser s’exprimer notre citoyen auditeur.
Et bien non.
Néanmoins, pour ne pas laisser cette réplique mémorable monter au ciel des astres noirs de l'obscurantisme bien pensant, accordons à cet homme, au moins le bénéfice d'une motivation bassement corporatiste.
Concédons, par exemple, que défendre la profession, à peine écornée par cette prise de parole, aura primé face à une expression libre dont l’inspiration n’avait rien de licencieuse, bien au contraire.
A moins que la raison de cette ineptie soit que cette espèce de conditionnement (l'Europe quel ennui!) a réussi à s'insinuer dans l'esprit même de ceux qui nous le serinent. Un lavage de cerveau parfait.
Ou bien, las de théorie du complot, notre homme est tout simplement un peu bête... Au choix.

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Voyez, il n'y a pas que la pêche, la télévision, les beaux jours, l'incivisme, le "je m'en foutisme", le "j'ai autre chose à faire" ou la fête des mères... Il y a le degré zéro de la conscience politique qu'on voit deci delà apparaître sur les antennes. Ne pas aller voter, c'est une chose; en dégouter les autres en est une autre.
Une petite barbarie incidieuse s'est installée à la tribune. Cette campagne des européennes nous l'a confirmé de manière inquiétante.

La démocratie doit donc désormais apprendre à combattre ce phénomène d'autant plus menaçant qu'il se développe au coeur du vecteur le plus influant qui soit : les médias.

Bonjour chez vous...