La Gaude Démocrate

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samedi, mai 8 2010

Crise Grecque : le contribuable se substitue une fois de plus aux banques

Que se passe-t-il quand un pays fait faillite ?
Voilà la question qu’on peut désormais se poser au vu de ce qui se passe en Grèce.

Réponse : Rien. On dit tout simplement que ce pays « répudie » sa dette.
Personne ne va en prison, aucun patrimoine n’est confisqué, aucune mise sous tutelle.
Ce pays se voit tout simplement radié des livres des prêteurs. Il ne peut plus contracter d’emprunt sur les places financières. Et puis c’est tout.

Lindos La vie dans le pays devient difficile, serrage de vis imposé par le gouvernement qui a, de fait, le dos au mur, et tous les citoyens sont alors dans la même galère.
En fait, rien de moins et rien de plus que ce que vont vivre les grecs dans les années à venir.
Et puis un jour, des prêteurs viennent de nouveau frapper à la porte de cet état dès lors que la situation paraît être redevenue saine.
C’est ce qui est arrivé à l’Argentine il y a quelques années.
L’Argentine avait refusé le plan de rigueur que voulait lui imposer le FMI et s’est mise en faillite.
Et la vie a continué.

Dommage pour les banques, mais cela fait aussi partie de leur prise de risque. En plus, il y a des assurances pour ça. Mais il est vrai que les assureurs sont eux-mêmes banquiers et vice versa. Mais les conflits d'intérêt, ça ne choque plus personne...
Rappelons que les banques, dans le cadre du privilège qui leur est octroyé par le système de Création Monétaire, reçoivent l’argent de la Banque Centrale Européenne (BCE) à un taux de 1%, et le prêtent actuellement à 3,5% minimum et plus si affinités. Les Banques Centrales ayant interdiction absolue de prêter à une entreprise ou à un état.
Pour être plus précis, les états, via les Banques Centrales, donnent de l’argent à 1% aux banques privées pour leur emprunter ce même argent à 3,5%. Chouette système, non ?

Mais non contentes de cette marge colossale, elles veulent désormais que les états donneurs-emprunteurs (pigeons, quoi) soient aussi assureurs de risque… à titre gratuit ! Le beurre, l’argent du beurre, l’argent de la crémière (son sourire, elles s’en moquent)… Quoi de plus encore ? L’argent des enfants de la crémière et sur plusieurs générations ? Pourquoi pas ?

Mais tout cela n’ébranle pas une seconde les esprits rationnels, éduqués, et informés de nos politiques.
Déjà en 2008, ils se sont échinés à racler les fonds de caisses pour donner du vrai argent à des banques qui avaient eu le malheur de perdre de l’argent qui n’existait pas (les subprimes étaient de la titrisation de perspectives de remboursements de prêts progressifs offerts à grand renfort de publicité politique à des américains à faible pouvoir d’achat, avec, pour couronner le tout, une superbe chaîne spéculative sur la couverture de risque sur ces prêts via des assurances qui furent elles-mêmes titrisées !!).

Résultat : les caisses des états sont vides, les gens sont mis à la porte de chez eux, le marché de l’immobilier s’est écroulé, l’économie réelle s’est enfoncée, la crise sociale a suivi, les marchés actions se sont écroulés, les retraités par capitalisation sont à la rue, etc… mais les banquiers ont reçu leur vrai argent.
Alors qu’il eut été bien plus efficace de rééchelonner les prêts immobiliers, d’en réaménager les protocoles de remboursement (passer à des taux fixes et abaisser le curseur du taux de ces emprunts).
Il n’y aurait pas eu de crise. Tout juste quelques lignes de compte à modifier dans les grands livres informatiques de la finance internationale. Mais c’aurait été sacrilège !! (Relire le billet : « Nous avons donné l’argent aux barbares » (12/10/08))

Mais nos politiques sont bien conseillés. Alors ils remettent le couvert 2 ans plus tard.

Marché d'Athènes

Les banques risquent, ô grand malheur, de ne pas être remboursées par la Grèce.
(En plus, ce sont leurs copains des agences de notation qui crient au loup comme pour s’assurer que cet argent prêté leur échappe plus certainement.)
Chers politiques ! Que leur propre peuple en appelle à de meilleurs salaires, à plus de justice sociale, à une plus juste redistribution des richesses, à plus de services publics, etc… Peu leur en chaut. Pétitions, grèves, manifestations, bras de fer en tout genre… Rien n’y fait. Ils n’écoutent pas (et s’étonnent que les urnes soient désertées).

Mais dès qu’un financier encravaté est menacé d’un léger malaise en forme de perte de rentabilité surlignée en rouge sur un de ses livres de compte, les voilà qui accourent et déposent sur l’autel des palais bancaires l’argent de leurs contribuables-électeurs.
Ainsi nous seront donc délestés dans les 3 ans qui viennent de 17 Milliards, les allemands y laisseront 25 Milliards, et chaque européen de la zone euro ira ainsi de son obole pour, soi disant, soutenir la Grèce.
A noter que comme il est peu probable que la Grèce parvienne à rembourser de telles sommes (plus de 100 Milliards) en 3 ans (c'est une opération à perte en perspective), toute l’action des politiques européens consiste à faire passer la pilule auprès de leurs opinions publiques : On montre que le geste n’est pas désintéressé et qu’il peut même être rentable en appliquant un taux de 5% sur le prêt européen. Les grecs sont aux abois mais on va quand même essayer de les tondre encore un peu… C’est légèrement limite du point de vue moral, mais c’est mieux sur l’emballage (on fait mine de croire au remboursement) et économiquement totalement irréaliste.

CrètoisesAlors tandis que les grecs vont continuer de s’écharper entre eux et qu’ils auront perdu toute souveraineté dans leur propre pays, tandis que les autres citoyens européens vont avoir encore à se serrer la ceinture (d'autant plus qu'ils ne reverront jamais l'argent), tandis que l’affaire grecque constitue un joli précédent pour d’autres mises en demeure…, au bout du bout se sont encore les banques qui se retrouvent, ô joie, avec un tas de vrai argent bien au chaud dans leurs coffres, quelque part hors le monde réel… En attendant le produit d’autres rapines.

Oui, car il ne faut pas perdre de vue que la quasi-totalité des 110 Milliards que l’UE et le FMI vont généreusement prêter à la Grèce repartira alimenter les comptes des banques créancières et des spéculateurs rameutés de fraîche date.

Ainsi, grosso modo, la Grèce rendra de la main droite aux financiers spéculateurs l’argent que l’UE et le FMI lui auront prêté dans la main gauche. C’est ainsi que le contribuable se voit une fois de plus en position d’assumer à la place des banques des risques et des débours auxquelles elles étaient censées faire face. Et le pire est que ce tour de passe-passe ne changera rien au quotidien désastreux que l’avenir réserve aux citoyens grecs.

Par contre, dans l’hypothèse d’une Grèce se déclarant en faillite, tout devient sensiblement plus sympathique.
La Grèce n’a plus de dette. Elle doit vivre uniquement du fruit de son travail.
Elle n’a plus les moyens d’emprunter aux banques. Plus exactement les banques ne voudront plus rien lui prêter. Normal.
Mais rien n’empêche un autre état de prêter de l’argent à la Grèce… malgré sa faillite !
Rien n’empêcherait l’UE de prêter à la Grèce, à une Grèce vierge de toute dette.
Ainsi les Milliards européens seraient véritablement injectés pour le redressement du pays. Un investissement 100% efficient, sans banquier pour court-circuiter l’opération.
Du coup, les sommes nécessaires seraient bien moins astronomiques, le retour sur investissement pourrait être envisagé avec bien plus de sérénité (puisque les délais de remboursement exigés actuellement par les banques auront disparu), les opinions publiques seraient apaisées,… et, pour une fois, les banquiers et leur cohorte de financiers créanciers y seraient pour leur argent.

Mais un monde où du vrai argent pourrait servir à du vrai investissement pour rentabiliser un vrai travail pour en obtenir une vraie rémunération,… c’est de la pure utopie. (Sauf peut-être du côté de la planète chinoise.) Et quoi encore !? Une vraie répartition de la richesse produite en proportion de l’effort fourni, sans spéculateur et sans détourneur de fonds! Faut pas pousser.
La Grèce a inventé la démocratie, elle ne va pas non plus être le siège d’une économie idéale !!

En Mars 2010, dans le Monde Diplomatique, on parlait déjà de la vraie solution de la crise grecque :
http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/CORDONNIER/18883

En Mai 2010, Elie Arié dans Marianne reprend (en moins technique) le même argumentaire :
http://www.marianne2.fr/Grece-mieux-vaut-une-bonne-faillite-que-dix-plans-de-rigueur_a192535.html

Dans le même temps, Dupont-Aignan, seul comme d’hab’, s’époumone vainement, comme d’hab’, pour crier au scandale – Et comme ça lui arrive parfois, il n’a pas tort :
http://www.marianne2.fr/Dupont-Aignan-le-plan-d-aide-a-la-Grece-est-un-sabordage_a192543.html

lundi, juin 8 2009

Conditionnés pour ne pas aller voter

Un petit retour sur les affirmations maintes fois martelées dans les médias, sur nos antennes, par nos chers journalistes, chroniqueurs, animateurs, par nos chers politiques eux-mêmes, sans oublier les sondeurs : « Les élections européennes n’intéressent personne », « l’Europe, c’est ennuyeux », « personne n’y comprend rien »…

Comme d’habitude, on reproche aux candidats de ne pas parler d’Europe, mais dès que l’un d’eux se risque à un discours de fond, ou un peu plus technique, on l’arrête en lui demandant de rester synthétique ou prétextant le manque de temps. Faudrait savoir !!
Société du zapping, décervelée, décervelante et trop pressée.
Ainsi se passe la lobotomisation du citoyen, soi disant demandeur d’espace de cerveau disponible pour le seul credo qui vaille : la consommation.

Ainsi va le conditionnement par rabachage, relayé avec zèle par la plupart de nos chers journalistes, chroniqueurs, animateurs. Chers journalistes, chroniqueurs, animateurs… vous savez, le 3ème pouvoir.
Qu’en font-ils de ce 3ème pouvoir ?
Une sorte de mélasse consensuelle. Tellement systémique qu’ils se sont ménagés une petite fenêtre de pensée autonome. Ils appellent ça : « l’édito ».
Dans cette petite colonne, proprement encadrée, un monsieur (ou madame), avec plus de bouteille que les autres, s’autorise quelques prises de position. Pas partisane, pas politique, mais généraliste sur le sujet du moment… Mais toujours sur le mode thèse, antithèse, synthèse, pour ne brusquer personne. D’ailleurs si l’éditorialiste bénéficie après de longue années de carrière de ce statut « avantageux » c’est justement parce qu’il a su, de longue date, ménager les susceptibilités de ses supérieurs et de son cercle.

Au bout du compte, gentiment appliqués à promotionner leur cher consensus mou, nos journalistes ont réussi à nous convaincre que l’abstention était la norme. On se demande d’ailleurs qui est le plus grégaire. Le peuple ou les journalistes ?
Ce fut dit et imprimé. Puis repris à l’envie.
« L’Europe, c’est compliqué » et n’allez pas dire le contraire !
N’allez pas dire non plus que le fait de le répéter à longueur de temps influencerait les électeurs !! Les convaincrait de ne pas aller voter. Surtout pas !

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Récemment sur une antenne radio, un auditeur tente une dissidence :

« Evidemment, si on continue à nous dire tous les jours que l’élection européenne n’intéresse personne… c’est sûr, ça n’encourage pas les gens à aller voter… ! »

Enfin une idée à contre courant ! Par cette odeur alléchée, tout animateur de débat aurait ouvert une voie royale à cet auditeur, l'aurait même aidé à s'exprimer, comme un professionnel se doit de le faire.
Quelle fut la réaction du journaliste animateur ? Je vous le donne en mille. Voici sa réponse :

« Au contraire, cela peut avoir l’effet contraire, les inciter à aller voter… ».

Merveilleux. Tout est dans tout. Ce journaliste animateur nous sortait la botte secrète, d’une dialectique implacable.
L’auditeur pensant pouvoir s’exprimer sereinement, (intégrant que son avis pouvait être contré par d’autres auditeurs lui succédant à l’antenne), se trouvait dans la situation d’en découdre aussi avec le journaliste qui était censé l’accueillir.

Ainsi tout se passe comme si le conditionnement en marche ne pouvait souffrir aucune contradiction. N’empêchez pas les journalistes de nous dire que l’Europe n’intéresse personne… C’est pour votre bien !! Justement pour que vous alliez voter !! … On croit rêver.

Pavlov (le théoricien du conditionnement) n’a rien compris ; le pilonnage publicitaire est inefficace ; les méthodes de communication récurrentes sont des pratiques désuètes ; le slogan, une arme nulle et non advenue ; les budgets pub, de l’argent jeté par les fenêtres.

Que dire de ce journaliste qui gagne le pompon de la mauvaise foi ?

A ce poste, qui lui offre le verbe à l’antenne d’une radio, cet homme doit forcément avoir un bagage intellectuel plus que correct. Cet homme doit avoir, peu ou prou, un sens critique suffisamment aiguisé pour mener au moins un raisonnement frappé au coin du bon sens et laisser s’exprimer notre citoyen auditeur.
Et bien non.
Néanmoins, pour ne pas laisser cette réplique mémorable monter au ciel des astres noirs de l'obscurantisme bien pensant, accordons à cet homme, au moins le bénéfice d'une motivation bassement corporatiste.
Concédons, par exemple, que défendre la profession, à peine écornée par cette prise de parole, aura primé face à une expression libre dont l’inspiration n’avait rien de licencieuse, bien au contraire.
A moins que la raison de cette ineptie soit que cette espèce de conditionnement (l'Europe quel ennui!) a réussi à s'insinuer dans l'esprit même de ceux qui nous le serinent. Un lavage de cerveau parfait.
Ou bien, las de théorie du complot, notre homme est tout simplement un peu bête... Au choix.

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Voyez, il n'y a pas que la pêche, la télévision, les beaux jours, l'incivisme, le "je m'en foutisme", le "j'ai autre chose à faire" ou la fête des mères... Il y a le degré zéro de la conscience politique qu'on voit deci delà apparaître sur les antennes. Ne pas aller voter, c'est une chose; en dégouter les autres en est une autre.
Une petite barbarie incidieuse s'est installée à la tribune. Cette campagne des européennes nous l'a confirmé de manière inquiétante.

La démocratie doit donc désormais apprendre à combattre ce phénomène d'autant plus menaçant qu'il se développe au coeur du vecteur le plus influant qui soit : les médias.

Bonjour chez vous...