La Gaude Démocrate

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dimanche, janvier 31 2010

La contamination radioactive des biens de consommation est devenue légale par arrêté ministériel

Le 5 mai dernier, alors que la psychose grippale submergeait l’actualité, nos responsables décideurs politiques n’en délaissaient pas moins d’autres dossiers aux enjeux bien moins éphémères et bien plus lourds de conséquences morbides.

Même si nous ne le savions pas, une loi de 2002 interdisait toute addition intentionnelle de radionucléides artificiels et naturels et interdisait toute utilisation de matériaux et de déchets provenant d’une activité nucléaire, dans les produits de construction, les biens de consommation et les denrées alimentaires.

Même si nous ne le savions pas, c’était frappé au coin du bon sens.

Art R 1333-2 et 3

Mais il faut croire que le bon sens s’altère plus vite que les demi-vies des produits radioactifs (qui se comptent en milliers d’années).

Et le Journal Officiel du 14 Mai 2009, nous le faisait savoir par un arrêté ministériel pris le 5 mai autorisant l’ajout de substances radioactives dans les biens de consommations et les matériaux de construction par voie dérogatoire.

Jusqu’à cette date, en France, le recyclage des matériaux contaminés ne pouvait se faire que dans des circuits contrôlés. Mais une MENACE persistait.

En effet, les articles R.1333-4 et R.1333-5 du code de la santé publique permettaient aux MINISTRES en charge de la santé, de la consommation et de la construction de définir une procédure de DEROGATION aux interdictions d’augmenter la radioactivité des biens de consommation et des matériaux de construction.

Art R 1333-4 et 5

Il faut croire que nos élus n’auront jamais la force de caractère suffisante pour résister aux pressions des lobbies qui, ce n’est pas possible autrement, les portent à bout de bras.

Les démantèlements des centrales nucléaires se multiplient et ne vont aller qu’en s’amplifiant, les millions de tonnes de déchets s’amassent redoutablement et la contamination radioactive devient de plus en plus difficile à endiguer « légalement ». Il faut des portes de sortie à tous ces industriels du nucléaires qui, les pauvres, n’arrivent plus à dormir.

Leurs milliards de chiffres d’affaires ne sauraient être grevés par les milliards qu’il leur faudrait mobiliser pour résoudre à peu près « proprement » le problème des déchets radioactifs. Ce serait intolérable !

Alors pourquoi pas une petite loi permissive, une petite dérogation pour qu’ils retrouvent le sommeil.

Il ne leur aura donc fallu que 7 ans pour désamorcer le régime d’interdiction et le changer en un régime de dérogations grâce à la publication de l’arrêté du 5 mai 2009.

Pourtant l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) avait émis un AVIS DEFAVORABLE en considérant que ce projet d’arrêté « tendait à banaliser la délivrance des dérogations » et que la gestion des déchets nucléaires ne devait pas recourir à la dilution comme mécanisme d’élimination, en particulier à la dilution dans les produits de consommation.

Mais cet avis n’ayant pas le statut d’avis conforme, il n’avait rien de contraignant et les ministres « compétents » ont pu passer outre et ne s’en sont pas privé.

Les conséquences

Seules 5 catégories de produits ne peuvent bénéficier de dérogations et sont donc protégées de tout ajout de substances radioactives : LES ALIMENTS, LES PRODUITS COSMETIQUES, LES PARURES, LES JOUETS et LES MATERIAUX EN CONTACT AVEC LES ALIMENTS ET LES EAUX.

Pour toutes les autres catégories de produits, les industriels ont désormais la possibilité d’obtenir des dérogations à l’interdiction d’ajouter des substances radioactives.

En conséquence, bientôt les métaux, plastiques, gravats… contaminés issus du démantèlement d’installations nucléaires pourront servir à la fabrication de matériaux (ciments, acier, plomb…) qui seront utilisés pour la construction d’habitats ou de locaux de travail, de moyens de transport (voitures, vélo, bateaux…), d’équipements ou d’objets de la vie quotidienne (meubles, fournitures de bureau, vêtements…). Si les jouets sont exclus des dérogations, la fabrication des équipements destinés aux bébés ou aux enfants… pourra s’effectuer à l’aide de composants radioactifs. Si les matériaux en contact avec les aliments sont exclus des dérogations, tel n’est pas le cas des vêtements et des polaires qui pourront, par exemple, être réalisés à l’aide de plastiques contaminés en provenance de la déconstruction de centrales ou d’usines d’enrichissement...

Il faut par ailleurs souligner que l’interdiction de fabriquer des jouets, des parures et des objets en contact avec les aliments à partir de matériaux contaminés provenant des installations nucléaires ne peut être garantie qu’à la phase initiale, lors du premier recyclage. Pour les recyclages ultérieurs, tout contrôle sera impossible.

Imaginons que du plastique contaminé soit utilisé pour la confection de tables et chaises de jardin (une application qui est éligible aux dérogations). Lorsque ces équipements seront hors d’usage et recyclés, rien ne garantira que le plastique récupéré ne servira pas à la fabrication de jouets, de parures ou d’emballages alimentaires : le code de la santé publique interdit dans ce cas la délivrance de dérogations au régime d’interdiction mais, à ce stade, le plastique contaminé ne proviendra pas d’une installation nucléaire ; il sera déjà dans le domaine public ! Il n’y aura pas de dérogation à demander : l’ajout se fera en dehors de toute autorisation et à l’insu de tout le monde, des consommateurs comme des autorités, puisque la traçabilité ne sera plus assurée. De la même façon, il ne sera plus possible d’empêcher que de l’acier contaminé utilisé dans l’industrie automobile ne serve pas, lorsque les voitures seront mises au rebut, à la fabrication de batteries de cuisine. Et ainsi de suite…

Voyez ! Encore de bonnes nouvelles en perspectives !

Mobilisation Générale !

France Inter, France 2 et Ouest France, LePost.fr , UFC Que Choisir (N°477)… relatent l’info.

Mais pour l’instant, le bras armé, face à ce qu’il faut bien appeler une incurie de plus, est la CRIIRAD, Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité, qui se démène avec toute la compétence qu’elle démontre depuis des années.

Le 10 juillet 2009, elle a adressé au Conseil d’Etat un recours pour excès de pouvoir visant à l’annulation de l’arrêté du 5 mai 2009.

Bien que le Conseil d’Etat ait fixé aux ministres de la santé, de la consommation et de la construction, à partir du 28 août 2009, un délai de 2 mois pour répondre aux arguments développés par la CRIIRAD, au 16 novembre 2009, les ministères étaient restés muets : le Conseil d’Etat n’avait enregistré ni mémoire en réponse, ni demande de délai supplémentaire.

Voici, succinctement, les 6 arguments présentés par la CRIIRAD à l’appui de sa demande d’annulation.

1. L’arrêté du 5 mai 2009 est entaché d’une DOUBLE ILLEGALITE :

- aux termes de l’article 3 de la loi 2006-686, la décision aurait dû être prise sous la forme d’un DECRET en Conseil d’Etat (et non pas d’un simple arrêté)

- aux termes de l’article 1 du décret 2005-850, seuls les MINISTRES en charge de la santé, de la consommation et de la construction étaient habilités à le signer. Or, aucun des ministres n’en est signataire. De simples chefs de service ont signé, en violation des procédures et des garanties prévues par la loi, une décision susceptible d’avoir des impacts considérables sur le plan sanitaire et environnemental.

La procédure étant irrégulière et les signataires incompétents, l’acte doit être annulé.

2. L’arrêté du 5 mai 2009 contrevient aux dispositions de l’article R.1333-5 du code de la santé publique. Cet article stipule qu’il incombe aux 3 ministres concernés de définir les modalités d’INFORMATION DES CONSOMMATEURS sur les biens de consommation et les produits de construction dans lesquels des substances radioactives auront été incorporées. Or, l’arrêté du 5 mai 2009 renvoie cette responsabilité… aux entreprises qui vont solliciter les dérogations au régime d’interdiction ! C’est la société qui va commercialiser le produit à risque qui est chargée d’en informer le consommateur. Le conflit d’intérêt est évident. Cette disposition de l’arrêté du 5 mai 2009 est aussi scandaleuse qu’illégale.

3. L’arrêté du 5 mai 2009 contrevient aux dispositions de la CONVENTION AARHUS du 25 juin 1998, applicable en France depuis 2002, qui garantit que la PARTICIPATION du public aux décisions qui ont une incidence forte sur l’environnement. Aucune des dispositions de l’arrêté du 5 mai 2009 ne permet aux consommateurs qui vont supporter le risque sanitaire lié aux dérogations d’intervenir dans le processus de décision.

4. L’arrêté du 5 mai 2009 constitue une remise en cause du régime d’interdiction défini par les articles R.1333-2 et R.1333-3 du code de la santé publique. Ces articles stipulent que l’interdiction d’ajouter des substances radioactives aux biens de consommation et aux produits de construction ou d’utiliser des déchets et matériaux contaminés pour leur fabrication doit rester la règle. Dans cette logique, la procédure de dérogation aurait dû être très restrictive. Au lieu de quoi, l’arrêté se borne à énumérer les 3 principes qui président à l’autorisation de n’importe quelle activité nucléaire : que l’activité soit justifiée, que la protection soit optimisée et que les doses cumulées ne dépassent pas les limites. Or, concernant les biens de consommation et de construction, compte tenu des risques et de l’impossibilité des contrôles, le code de la santé publique avait décidé que ce régime d’autorisation ne s’appliquerait pas et que l’interdiction prévaudrait. La délivrance des dérogations à cette interdiction aurait dû être subordonnée à des critères très contraignants, voire draconiens, et non pas renvoyer au régime général que les interdictions ont abrogé.

5. L’arrêté du 5 mai 2009 ne permet pas de garantir le respect de la LIMITE DE DOSE prévue à l’article L.1333-1 du code de santé publique et définie à l’article R.1333-8. Il ne fixe, en effet, aucun paramètre contrôlable permettant de limiter le surcroît d’exposition que vont générer les dérogations à l’interdiction et de s’assurer que ce surcroît de dose, ajouté aux doses déjà reçues par la population, ne conduit pas certaines personnes à dépasser la limite de dose définie à l’article R.1333-8 du code de la santé publique.

6. L’arrêté du 5 mai 2009 contrevient aux dispositions de la loi 2006-739 du 28 juin 2006 qui exclut la DILUTION DES DECHETS RADIOACTIFS comme solution d’élimination, imposant au contraire leur conditionnement et leur stockage dans des installations spécialement aménagées. Si le mécanisme de la dilution est interdit en général, il doit l’être en particulier et a fortiori dans les biens de consommation et les produits de construction.

De plus, sans attendre l’issue de la procédure contentieuse (qui pourrait durer des années), le 6 novembre 2009, la CRIIRAD a adressé une LETTRE OUVERTE aux 3 ministres compétents : Mme BACHELOT, ministre en charge de la santé, Mme LAGARDE, ministre en charge de la consommation et M. BORLOO, ministre en charge de la construction, leur demandant d’abroger l’arrêté du 5 mai 2009.

A ce jour, aucune réponse des « Résidents » de la République. Nous en sommes là.

Mais ces 3 là, et tous leurs acolytes complices, croient-ils qu’eux-mêmes, leur famille et leurs enfants pourront se tenir indéfiniment à l’écart de cette contamination massive à doses discrètes qu’ils organisent sous couvert de « légalité » ? Croient-ils que les grandes portes blindées de leurs Palais Gouvernementaux les protégeront longtemps des radiations extérieures ? Croient-ils que le crépitement menaçant s’atténue sous les ors de leur ministère ?

Apparemment Mme Bachelot, sous ses airs de fausse dilettante, ne s’alarme pas avec le même souci de la santé publique pour nous protéger de cette contamination diffuse mais certaine que pour nous protéger de ce virus hypothétique et en définitive quasi inoffensif qui a tant fait pour la fortune des labos pharmaceutiques.

Mme Lagarde, au pays de Candy (dixit Anne Roumanoff), ne voit vraiment pas en quoi une épidémie de cancers peut être néfaste au développement économique de la France.

Mr Borloo, le Grenelliste en chef, pensera certainement que la radioactivité est un phénomène naturel qu’il serait bon d’exploiter dans sa florissante économie verte.

Le scandale de l’amiante, du sang contaminé, du nuage de Tchernobyl qui s’arrête à nos frontières, l’hormone de croissance, le prion de la vache folle, les phtalates et le bisphénol dans les biberons et autres récipients plastiques, les engrais nitrates… Décidemment, ils n’apprendront jamais rien. Seuls la raison d’état et les lobbyings à coup de millions d’euros n’ont de crédit (sonnants et trébuchants ?) à leurs yeux.

Pour réagir, la CRIIRAD nous donne, sur son site, ses instructions pour faire bouger ces monuments d’inertie et de mauvaise foi. Nous ne pouvons que les suivre. Rendez-vous chez eux.

samedi, décembre 12 2009

La Fin du Monde

Depuis quelques temps, une sensation étrange, un peu désagréable, s’installe dans mon quotidien sous forme de petits indices. Un peu à la façon de ces films d’épouvantes qui amorcent la sensation de peur en pointant l’anormalité de situations anodines qui passent inaperçues au commun des mortels, sauf, bien sûr, au personnage central.

Cela a commencé le 26 Novembre dernier. 8h20, sur France Inter. Nicolas Demorand interviewe Jean-Hervé Lorenzi (Pt du Cercle des économistes, Pr à Paris-Dauphine) et Jean-Paul Fitoussi (Pt de l'OFCE, Pr à Science-Po).
Il s’agissait de commenter les déclarations récentes de Dominique Strauss-Khan (Dir du FMI).
En substance : La crise n’est pas finie, « 50% des actifs pourris des banques sont encore dans les placards », dixit Demorand traduisant DSK : « Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. »
Bien que l’Itw ait duré ¼ d’heure, ces deux là n’avaient pas de réponse : 50% des actifs pourris des banques ?, On ne sait pas.
OK. DSK nous fait une estimation à la louche sur une perspective apocalyptique… et les économistes n’ont aucun commentaire plus élaboré que de douter, tergiverser... sur 2000 Milliards de dollards "égarés".

JHL : Ce que dit DSK est juste. Il est évident qu’il y a encore une large partie du bilan des banques qui pose problème. Sur le chiffre de 50%, j’ai quelques doutes. Au début de la crise, le chiffre qui est évoqué est de 40 milliards de dollars. 2 ans après, on en est à 100 fois plus : 4000 milliards de dollars. Ceci illustre le fait qu’on n’est pas très au clair sur la réalité du problème. Il existe. Il y a une large partie des bilans bancaires qui sont encore en difficulté. Mais de là à dire que la moitié des bilans pose problème, que 2000 Milliards de dollars restent en difficulté, là je pense que DSK doit donner un chiffre, mais son chiffre est en réalité vraisemblablement un peu excessif.
JPF : C’est l’obscurité qui règne. On ne peut pas dire que la clarté ait été faite sur ce problème. Les chiffres vont et viennent. Ils montent et descendent. Ca donne le tournis… On ne sait pas. C’est ce qu’il y a peut-être de plus grave… Alors que le contribuable est appelé à la rescousse.

Leur aveu d’ignorance en dit long sur la déliquescence du système financier.

Mais, le plus alarmant c’est que ces deux là n’ont d’autre discours que celui de la consternation révoltée déjà entendu dès le début déclaré de la crise financière, il y a plus d’un an. Comme si rien n’avait avancé :



« Lorsque le contribuable est appelé à la rescousse, la moindre des choses pour la démocratie est d’assurer la transparence ».
« Il s’agit de la socialisation des pertes des banques alors même que les bénéfices restent privatisés. »
« Les gouvernements ont agi dans l’urgence et ils n’ont pas mis de conditionnalité suffisante à leur sauvetage du système bancaire »
« Les profits qui sont distribués actuellement sont des profits fictifs puisque qu’ils ont été subventionnés par les contribuables »
« …l’idée qui a prévalu partout, …/…, c’est l’idée que, au fond, nous étions en train de sortir doucement et sûrement de cette crise. Cette idée est pour partie fausse. »
« Le G20 lui-même ne pouvait pas être légitime s’il n’annonçait pas qu’il était en train de résoudre le problème. Donc, si vous voulez, c’est une sorte d’auto légitimation de son rôle. »
« Le discours des gouvernements a été manipulé. Les gouvernements ont cette impression qu’ils ont été manipulés. »
« Nous insistons sur la difficulté qu’il y a aujourd’hui à mesurer la richesse. Quelle est la richesse des banques ? Comment peut-on mesurer cette richesse ? Alors que les marchés dysfonctionnent tous les jours et que c’est eux qui sont censés donner de la valeur aux actifs possédés par les banques, aux créances détenues par les banques, etc… »
« Il faut bien voir qu’on marchait sur la tête. On avait un secteur financier dont la mission était d’assurer le financement de l’économie, …/… qui prélevait 40% des profits de l’économie ! On marchait sur la tête ! »

On nous parle doctement de voleurs et de menteurs, de ceux qui nous dirigent et de ceux qui ont escroqué tout le monde. Rien que de désormais très habituel : une série de lieux communs qui en temps normal serait une plateforme suffisante à entraîner une véritable révolte… en temps normal.
Un seul trait du commentaire pousse un peu l’angle d’analyse :

« La crise économique va contribuer à détériorer encore davantage le bilan des banques en faisant naitre de nouvelles créances douteuses sur les entreprises qui sont proches de la faillite …/… Donc on n’est pas sorti de l’auberge »

J’avais achoppé la veille sur les déclarations de DSK. Mais j’avais mis ça sur le compte de la prudence et aussi de sa volonté de vouloir se donner de l’importance.
Mais une de ses paroles n’a pas été (ou peu) commentée :

« …une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier ! »

Même si son itw dans le Figaro, « Il faut revoir notre modèle de croissance » est tournée vers un changement de paradigme de la foire aux paris capitalistes, la simple assertion d’une possibilité de rechute :

« Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. »

en dit long sur les déclarations effrontément optimistes de certains commentateurs.

Et puis, le lendemain, tombe la faillite annoncée de Dubaï.
Recul des bourses.
Quelques articles sur le mode tranquillisant : « C’est comme si on annonçait une faillite de banque à Monaco… », entend-on. Ou bien « L'incident de Dubaï ne doit pas être exagéré » - Le Figaro - .
Et puis d’autres, alarmés sur le mode « Dubaï. Qui sera le prochain ? ». On parle de la Hongrie, de l’Ukraine ou encore de la Grèce : « Dubai, la deuxième vague de la crise financière », avec pour sous-titre :

« Si Abu Dhabi vole au secours du petit émirat bling-bling au bord de la faillite, est-ce que l'Europe, en l'occurrence Paris et Berlin, voleraient au secours d'Athènes? ».

Et puis on se souvient des appels à l’aide des pays de la zone orientale de l’Europe, au printemps dernier. Personne n’en parle plus…
La grippe A est passée par là (comme par hasard) :
Le FMI, fossoyeur de l'Europe ?

« Les prêts accordés à la Lettonie, à la Serbie et à la Hongrie ont tous été accompagnés de mesures drastiques en termes de réductions des dépenses publiques et du déficit budgétaire, allant parfois jusqu’à la baisse du salaire des fonctionnaires. Voilà comment on ajoute de la crise à la crise en comprimant encore un peu plus une demande déjà insuffisante ! Voilà comment on transforme de manière accélérée une crise économique en crise sociale et en crise politique. »

Ou encore Le FMI, vampire de l’Europe

Les premières interventions du FMI en Europe, suite à la crise financière, ne s’annoncèrent guère mieux (qu’en Afrique).
Ses interventions en Lettonie s’étaient soldées par des émeutes et le renversement du gouvernement. Son aide à la Hongrie s’était vue adossée à un certain nombre de conditions de réductions du déficit budgétaire : Réduction du secteur public, Gel des salaires, Suspension du 13° mois , Réduction des retraites
Le Cas de l’Ukraine est édifiant : Litvine, président du parlement, dénonce des « conditions inacceptables » : Relève progressive de l’âge de la mise à la retraite, Hausse des tarifs du logement, « Réduction de certaines subventions sociales », « hausse du prix du gaz de production nationale »

Et on se remémore aussi les chiffres astronomiques :
FMI : l’écrasante charge du sauvetage des banques

Combien coûte le sauvetage des banques ? Les infatigables analystes du FMI nous donnent la réponse : entre la recapitalisation, les liquidités avancées, les rachats d’actifs et les garanties (qui n’ont dans la plupart des cas pas encore - pour le moment - été utilisées), les USA ont mobilisé 79% de leur PIB, la Belgique 30%, la France 19%, et l’Irlande...263%. Les besoins de financement immédiats s’élèvent à 8,8% du PIB au Canada, 6,6% aux USA, 15,8% en Norvège, 5,5% en Autriche, 4,7% en Belgique et 20% au Royaume Uni. Conclusion ? Le sauvetage de la finance est en train de ruiner les Etats. - 28 avril 2009.

La Grippe A nous a décidemment bien endormi.
Le même jour, une amie m’alerte en m’adressant le rapport étrange de la Société Généralecelle-ci met en garde ses clients contre l’Apocalypse financière.

Le niveau de la dette paraît tout à fait insoutenable à long terme. Nous avons pratiquement atteint un point de non retour en ce qui concerne la dette publique», précise le rapport de 68 pages.
…/… Le problème de la dette sous-jacente est plus important qu’il n’était après la seconde Guerre Mondiale, alors que les taux nominaux étaient similaires. Sauf que cette fois-ci, les gouvernements seront pris à la gorge, le vieillissement de la population rendant plus difficile qu’auparavant l’effacement de cette dette avec la croissance. Les pays émergents ne seraient pas non plus épargnés, même si leur marge de manœuvre sera plus importante qu’au sein des grandes économies occidentales.
Parmi les pires scénarios envisagés, le rapport évoque une nouvelle chute des marchés, une inflation galopante ainsi qu’une forte chute du dollar…

Désormais, les thèses apocalyptiques ne sont plus réservées à la littérature « subversive » des sites tenants de théories du complot en tout genre, mais relayées in extenso par un des acteurs majeurs du « jeu de monopoly » international.

En parlant de jeu de monopoly, un nouvel indice me réveille ce samedi 28 Novembre.
« Rue des entrepreneurs », émission socio économique de France Inter (9h – 9h45).
Le thème du jour : La nouvelle couleur de l’argent. C’est Jean-François Noubel - Chercheur en intelligence, sagesse et conscience collectives (ISCC), Président- fondateur de TheTransitioner.org, qui parle :

L’effet Parito, quand on joue au monopoly, tout le monde démarre à égalité des chances et vous voyez que très vite qu’un déséquilibre entre les joueurs commence à s’installer. Et puis vous allez voir par la suite que ce déséquilibre va s’amplifier et que plus on a d’argent plus on peut investir, plus on peut investir plus on en gagne, plus on en gagne plus on peut investir et ainsi de suite. Et puis a contrario, moins vous en avez, hé bien, plus vous devez en payer aux autres, et donc moins vous en avez. Donc moins on a de monnaie, moins on en a, et plus on en a, plus on en gagne.
Le système a atteint un déséquilibre tel qu’on ne peut pas revenir en arrière. C'est-à-dire la monnaie se condense dans les mains de quelques uns jusqu’à ce qu’elle se condense totalement dans les mains d’un seul.
Qui est gagnant ? La banque ? Mais en fait le monopoly est un jeu de mise à mort collective. Y compris la banque. Parce que vous avez tous les sous sur votre compte mais vous n’avez plus de partenaires économiques parce qu’ils sont tous économiquement morts. Donc en fait, vous êtes vous aussi économiquement mort sauf si vous décidez de changer les règles et de réinjecter de la monnaie…/…
Vous voyez avec ce phénomène de condensation, le monopoly est un jeu qui nous montre de manière très simplifiée certes, mais véridique, vers quoi se dirigent les systèmes monétaires que nous avons aujourd’hui dans nos sociétés… Si la monnaie se condense en un endroit, si elle s’accumule en un seul endroit, hé bien, on doit se poser la question comment faire pour qu’elle ne désertifie pas les autres endroits de façon à ce que les gens puissent continuer à faire leurs échanges.

Tout cela parle de l’impasse. La grande impasse dans laquelle nous sommes entrés.

Un peu plus tôt dans mon demi-sommeil, mon radio réveil s’est mis en marche.
Dans ma chambre, Stéphane Paoli sur France Inter pose une question à Luc Boltansky (« De la critique - précis de sociologie de l’émancipation » - Gallimard) en citant un essai « Short story of progress » - (La fin du progrès) de Ronald Wright parlant de suicide écologique et sociologique.

« Comment les sociétés humaines, ou du moins leurs élites, peuvent être aveugles et irrationnelles, mues par leur seul gain à très court termes alors même qu’elles voient surgir les ferments d’effondrements économiques et de dévastations écologiques qui les emporteront ? »
Réponse : « La raison est très simple, systémique c'est-à-dire qu’elle est très liée à ce qu’est devenu le capitalisme et à la façon dont le management est devenu la science maitresse d’aujourd’hui beaucoup plus que l’économie à organiser le capitalisme : chacun, y compris d’ailleurs à des niveaux très élevés, a le sentiment de ne jamais pouvoir agir vraiment parce qu’il ne fait que réagir à la contrainte des autres. …/… (Contrainte des autres et mise en concurrence). Dans un univers de ce genre, effectivement, la possibilité d’aller à la catastrophe sans que personne ne l’ait voulu est assez grande. »

Et Stéphane Paoli de se tourner vers Bernard Stiegler (« L'avenir du passé : modernité de l'archéologie » - La Découverte).

Une question que tous les français se posent, que le monde entier se pose : Nous savons qu’il n’est pas possible de continuer comme ça. Ores rien ne se produit, et que se passe-t-il ? Il se passe qu’il y a une lutte qui se joue en ce moment. Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas d’alternative…

Et Bernard Stiegler d’opposer le Temps Carbone - hydrocarbures, métallurgie, autoroutes et médias concentriques -, système qui vient de s’écrouler en 2008, au Temps Lumière où les gens et les objets communiquent à la vitesse de la lumière…
Mais ce happy end en devenir me laissa frustré et marneux sous mes draps. Par trop intello, par trop éloigné encore. Inaccessible.

« Rue des entrepreneurs » a commencé. Jean-François Noubel et son monopoly m’accompagnent dans ma grasse matinée. L’ombre de la fin des temps paraît plus concrète, plus accessible.
Satisfaction paradoxale. Comme s’il était plus satisfaisant de sombrer lucide que de se retourner les neurones à suivre des pistes transcendantales.
Peut-être cela viendra-t-il, mais pour le moment, c’est Bernard Lietaer, Économiste, Spécialiste des monnaies, Ancien directeur de la Banque Centrale de Belgique qui répond à Dominique Dambert :

« Il y a eu 96 crises bancaires au cours de ces 25 dernières années. Quand vous avez quelqu’un qui fait 96 accidents en 25 ans peut-être qu’il faut commencer à voir autre chose que de dire qu’il a de la malchance.
Laissez moi donner une métaphore : je vous donne une voiture, cette voiture n’a pas de frein, et le volant ne marche pas de temps en temps, et je vous envoie traverser les Alpes. Hé bien, vous allez avoir un accident et après je vous dis : oh ! Vous êtes très mauvais conducteur, ou bien : mon dieu ! Mon dieu ! Vous avez d’anciennes cartes routières qui ne sont pas à jour et c’est pour ça que vous faites des accidents. Personne n’ose parler de la voiture.
La voiture, c’est notre monnaie. …/… Cette idée d’un système, parce qu’il est plus efficace, - avoir un monopole est plus efficace que d’avoir un système de monnaies multiples - crée une instabilité systémique qui est prévisible, qui est répétable exactement comme dans un écosystème : quand vous avez une monoculture si vous avez le moindre petit changement de climat ou changement de conditions, vous risquez de perdre tout votre écosystème.
Voilà le danger que nous courons. Nous avons poussé trop loin l’efficacité au détriment de la résilience et la résilience demande, exige de la diversité. »

Chacun y va de son exégèse, poussant son credo censé revisité l’artéfact déclencheur de la vague dévastatrice.

Les fléaux annoncés (et révolus pour ceux qui ont déjà été sacrifiés), tels les exodes massifs de populations pauvres et affamées, les tables rondes – bien rondes – statuant sur la vertigineuse pénurie des denrées alimentaires sur la planète et les hécatombes qui s’en suivent méritent un même assaut de colère froide.
Des articles comme celui-là truffent les médias :

Les chiffres de la faim explosent tous les six mois. 1 milliard de personnes souffrent de la faim en 2009 : combien en faudra-t-il pour que la faim devienne enfin une priorité mondiale?
815 millions en 2002. 854 millions en 2006. 925 millions en 2007. Le cap historique du milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi en 2009… soit un sixième de la population mondiale. 22/06/09

Alors qu’il se dit qu’une petite fraction des sommes mobilisées pour sauver notre système bancaire aurait suffit à résoudre durablement le problème de la misère. Mais quand on leur parle de faire le bien, nos décideurs semblent entendre faire le « confort »… pour eux-mêmes et, par strict intérêt, pour leurs chers électeurs.

Plus tard, chez Ruquier, « On n’est pas couché », Jacques Weber parle rapidement de l’état du monde, d’un cri qui s’élève « non pas contre la Droite ou contre la Gauche mais contre l’insolence de l’injustice ».
Me revient l’expression maladroite de Patrick Sébastien, une semaine avant, annonçant son incursion dans l’action citoyenne. Un parti humaniste, ou quelque chose comme ça… Bien vite brocardé par les gardiens du temple politique, ceux qui s’arrogent le droit (évidemment nous les avons élus - hélas) de contrôler l’expression citoyenne. Insupportable bronca contre un homme, à l’évidence de bonne volonté, effaré par le risque d’une ultra violence à venir.

Rien n’avance. Personne ne paraît vouloir que quelque chose de bien arrive. Les énergies s’annulent. Le mal est plus fort que le bien.
Obama, le dernier vol de colombe depuis longtemps - et peut-être d’ici longtemps -, s’enfonce dans les sondages. On le critique, on le blâme de ne pas réussir. Certains s’en amusent. Mais sa défaite serait – sera - la nôtre.
Michael Moore dans un geste désespéré va réclamer l’argent des contribuables au pied des buildings financiers. « Capitalism », dont je n’ai vu que la bande annonce, paraît être un baroud d’honneur pour les lucides impuissants qui auront encore quelques moyens pour se payer une place de ciné. La lucidité, ce mol oreiller.

Mais il y a pire que cette lucidité à laquelle je m’exerce moi-même !
« 2012 », ce film qui fait un carton grâce à une ficelle qui ne se rompra jamais : il joue avec nos peurs.
Mais avons-nous vu qu’il nous promet une Fin du Monde à laquelle nous ne pouvons échapper ?
Une Fin du Monde parfaite puisque nous n’en serons pas responsables.
Avons-nous vu que le sous-texte de ce film va à contre courant de tous les scénarii censés forcer notre remise en question ?
Dérèglement climatique, effondrement économique, guerre planétaire, apocalypse nucléaire… Quoi qu’il arrive, la terre se dérobera sous nos pieds, que nous soyions vertueux ou pas. Alors à quoi bon ? Ce film est un énorme « à quoi bon » ?
Il nous exonère de la culpabilité à laquelle les empêcheurs de polluer, jouir, massacrer, opprimer, s’enrichir en rond nous condamnent. Ces empêcheurs ! Une bande d’emmerdeurs, nouveaux intégristes de la vertu universelle, croisés d’une évolution durable pleine de contrainte, moines soldats pourfendeurs du bien-être moderne et égotique, parents terribles tenants de tous les interdits, oppresseurs des enfants gâtés voués à la destruction de leurs jouets innombrables et forcément rachetés à l’infini.
Avec « 2012 », on peut se débarrasser une fois pour toute de cette culpabilisation, du genre judéo chrétien, que les « citoyens de la terre » reproduisent par la force des choses.
A quoi bon vouloir repousser ces Grandes Pestes que sont la menace climatique, les pollutions, les désordres du monde, l’effondrement du système financier.
« 2012 » fait un carton parce qu’il permet d’échapper au choix cornélien entre la Grande Peste et l’ascèse contraignante.
La Fin du Monde cataclysmique plutôt que d’avoir à choisir ! Voilà une solution intéressante.
Ainsi, à la sortie du cinéma, les populations cinéphiliques et « civilisées » choisiraient de ne rien faire… Et d’attendre la Fin du Monde.



Et si avant la Fin du Monde, il y avait une dernière étape avant le gouffre ?
Et si les « citoyens de la terre », militants pour un renouveau humaniste et écologique apparaissaient, aux yeux de ces populations égoïstes, comme les redresseurs de tort du moyen-âge. Et si les alternatifs écolos, à force d’incantations, devenaient les inquisiteurs ombrageux de la fin des âges.
Et si grâce à « 2012 » et d’autres œuvres testamentaires du même acabit, l’humanité décidait de vider ses flacons de pilules sédatives pour sombrer, bienheureuse, dans un coma définitif.
Alors tout sursaut deviendra impossible.

Un dernier indice, trouvé presque par hasard sur la Toile. D’une délicieuse lucidité dont on ne sait goûter du sucré ou de l’amer :

"Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n'est pas par des abus, des vices ou des crimes qui sont de tous temps…/….
Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir. Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme qui n'est que la contrefaçon malsaine d'une croissance, ce gaspillage qui fait croire à l'existence de richesses qu'on n'a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d'en haut, cette atmosphère d'inertie et de panique, d'autoritarisme et d'anarchie, ces réaffirmations pompeuses d'un grand passé au milieu de l'actuelle médiocrité et du présent en désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages." Marguerite Yourcenar - Sous bénéfice d'inventaire – 1958 - Au sujet de la Décadence romaine

lundi, septembre 21 2009

Taxe Carbone contre Fiscalité Ecologique ou l’impôt écologique à contre emploi

Voilà, nous y sommes. La révolution écologique est en marche !!
Le combat écologiste a changé d’objet : On ne parle plus du pourquoi, mais du comment. Un grand pas ! Pour preuve, on nous présente la Taxe Carbone.
Quelle jubilation chez les acteurs publics en tout genre : journalistes, chroniqueurs, experts, sondeurs, spécialistes et politiques. Les micros sont grands ouverts.
Les Diafoirus de tout poil, en conciliabule, s’interrogent : Comment administrer la ponction ? A quel niveau introduire le cathéter ? A quelle profondeur ? Et comme d’habitude, le patient n’est sollicité que pour avis… Mais la pilule, il avalera.

Pourtant en chemin, tous paraissent avoir oublier le pourquoi.
Tous, même les théoriciens de la Fiscalité écologique.
Cette belle vision s’est peu à peu transformée en Contribution Climat Energie (CCE) pour atterrir, sèche comme une loi de finance, dans nos journaux quotidiens sous forme de Taxe Carbone.

La Taxe Carbone ou comment une belle idée peut-être réduite et phagocytée par l’appétit libéral

Rappelons-nous. Au départ, il s’agissait de renverser la logique de notre fiscalité : lever l’impôt sur la consommation de ressources naturelles EN LIEU ET PLACE de l’imposition du travail par le critère du revenu.

Voici un extrait du site de la Fondation Hulot : http://www.fondation-nicolas-hulot.org/actions/nos-propositions-et-positions/nos-propositions/fonder-les-regulations-sur-de-nouveaux-princi

« Basculer certaines régulations pour qu’au lieu de peser sur le travail, elles pèsent sur les consommations de ressources naturelles.

Quand notre système économique s’est construit, les ressources étaient perçues comme illimitées et le travail humain comme un facteur limitant. L’essentiel des règles encadrant les activités humaines s’est donc focalisé sur l’économie de main-d’oeuvre sans tenir compte des ressources naturelles utilisées. Cette logique s’est aujourd’hui inversée. La main-d’œuvre est abondante tandis que les ressources naturelles se raréfient. Il nous faut donc inverser la tendance. Nous proposons pour cela de basculer les régulations afin qu’au lieu de peser prioritairement sur le travail elles reposent d’abord sur les « consommations de nature ». La performance économique ne reposerait plus sur la destruction de la nature mais sur sa préservation. L’emploi serait, de plus, favorisé. »

Contre toute attente, ce Mr Hulot entre dans le débat quantitatif actuel autour de la Taxe Carbone en oubliant l’inspiration originelle de sa propre proposition !

Pourtant l’affaire paraissait entendue.
Pour y parvenir, on pouvait imaginer un transfert progressif vers cette nouvelle fiscalité.
Instaurer cette Contribution Climat Energie (CCE) dans un cadre de type fiscal et, pour qu’elle soit accueillie favorablement par les citoyens, diminuer d’un même ordre de grandeur l’impôt sur le revenu.

Aujourd’hui, on nous fait croire, mais c’est digne d’Ubu Roi, que la Taxe Carbone nous sera remboursée au centime près ! Mais alors à quoi bon ! Cela ne rime à rien.
Encore plus ridicule, dans ces conditions, de s’invectiver sur le montant de la tonne de CO2 !
Absurdes, les cris d’orfraie des tenants de la CCE qui veulent la voir plus conséquente !
Puisqu’on vous dit qu’elle nous sera remboursée au centime près ! Je veux bien payer 100€ la tonne si on me les rend !

Non, cette Taxe Carbone est bien une nouvelle taxe qui fera du vide dans notre portefeuille. Du vide de CO2 à n’en pas douter.
Les Diafoirus n’ont pas le grand style d’antan, mais ils parviennent aussi bien à leur fin.

Soyons clair. Il est tout à fait acceptable d’envisager un véritable transfert de fiscalité. Beaucoup d’entre nous seraient prêts à payer l’impôt sur son impact écologique. De nouvelles règles du jeu, de nouveaux critères dès lors qu’on abandonne les principes de l’impôt sur le revenu.
Un transfert fiscal à la satisfaction de tous :
Focus sur l’urgence écologique ET revalorisation des fruits de son travail (puisque exonéré d’imposition). Tout est là pour plaire à la fois aux écologistes ET aux libéraux.

Mais les libéraux font encore leur calcul… Ils hésitent… ou ils gagnent du temps pour préparer une nouvelle machinerie dont ils ont le secret afin de tirer profit de ce nouvel ordre. Mais ils y pensent.

En attendant, les argentiers n’ont pas perdu le nord. Pour l’instant, une taxe fera bien l’affaire.

On nous dira qu’ « il est déjà suffisamment compliqué de circonscrire l’application d’une Taxe Carbone… Alors un transfert de fiscalité ! C’est impossible ! »
Que nenni.
L’administration des impôts possède déjà toutes les informations suffisantes pour procéder à la mutation : Elle détient les fichiers qui nous servent à payer nos taxes habitation et foncières.
Ces fichiers permettent de recouper nos consommations de chauffage (nbre de m²), d’eau (nbre d’habitants ou nbre de points d’eau : SdB, WC, Eviers), d’électricité (nbre de pièces), d’entretien (m² de terrain), TV ou pas. Ascenseur ou pas.
Les fichiers de la Prévention routière : Nbre de voiture(s) et cylindrée.
Les fichiers de l’impôt sur le revenu qui leur permettront d’appliquer un ratio revenu / consommation pour intégrer notre capacité à polluer par les déchets domestiques.
Resterons à centraliser les informations sur l’Assainissement : tout à l’égout ou fosse septique. Et rapatrier les données récemment collectées aux cadastres sur l’isolation thermique et sur les piscines. Sans oublier la pesée nominative, dans les déchetteries. Ca a déjà commencé, j’en témoigne.

A n’en pas douter, un croisement d’informations jubilatoire pour tout technocrate passionné… Oui il y en a !
Et puis n’est-ce pas plus intrusif que notre dérisoire feuille d’impôt où ne figurent souvent que deux ou trois chiffres.
Et puisque Big Brother est déjà chez nous, il nous restera à répondre à une belle enquête sur le mode recensement : nombre de kilomètres entre domicile et travail ; si nous empruntons les transports en commun. Mais il y aura plus simple ! Le scellé fiscal sur notre compteur automobile. Chaque balade fera monter la facture et pas seulement celle de l’essence.

A propos de prix de l’essence, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix de produits de consommation, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix du chauffage, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix d’électricité, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos d’assainissement, ne sommes nous pas déjà taxés ?
A propos de prix de l’eau, ne sommes nous pas déjà taxés ?

Ca s’appelle la TVA (ou la TIPP pour les carburants).
Cet impôt indirect, réputé injuste car il taxe autant les bas et les hauts salaires.
Sauf que plus on consomme, plus on paye. Ainsi, plus on a de l’argent pour consommer, plus on paye. Plus précisément, plus on est riche, plus on paye… Ca se défend.

En fait, la fiscalité écologique, c’est un peu comme la TVA.
De la Taxe sur la Valeur Ajoutée, nous passons à la TVP, Taxe sur la Valeur Polluée.
Voyez ! Ce n’est pas si compliqué. On l’a déjà fait.
Comme Mr Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir.

Chers technocrates passionnés, chers argentiers, il ne vous reste qu’à mettre de l’ordre dans tout ça. Vos ordinateurs sont prêts, la fiscalité écologique n’est plus qu’à quelques clics.
Mais de grâce ! Oubliez l’impôt sur le revenu ! …Donnant-donnant.

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