La Gaude Démocrate

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samedi, janvier 28 2012

Le choix du pauvre

Vous avez dû vous rendre compte que j'ai récemment modifié l'aspect de mon blog.
Je voudrais profiter de ce début de campagne présidentielle pour préciser mes positions avec la légitime ambition de les éprouver au grand jour.
S'exprimer, c'est regarder en soi-même et risquer au mieux le partage, au pire la critique contradictoire.

Ces jours-ci, c'est au tour de Hollande d'exposer ses thèses. Viendront celles de Sarkozy après que l'on a écouté celles de Bayrou, Mélenchon, Dupont-Aignan et M. Le Pen.



A la suite de ces années de gabegie du monde de la finance, je me suis rendu à l'évidence que l'ordre mondial dans lequel les ultralibéraux nous ont entraînés n'est plus viable. Plus viable pour les 99% d'humains placés sous le joug de ce 1% d'aristocrates de la planète.
Il ne s'agit pas là de théorie du complot, ni de l'amertume d'un pauvre d'entre les pauvres.
Bien sûr les indonésiens, les chinois, les indiens, les brésiliens vivent mieux qu'avant. D'autres progrès de condition de vie sont à espérer ici ou là. Mais on ne peut se satisfaire de ces développements favorables quand on les ramène à l'évident défaut de répartition dont souffre l'extrême expansion de la richesse mondiale.
La vérité est que quelques peuples ont eu la chance de s'être trouver sous la queue de la comète et d'avoir pu bénéficier des retombées de miettes qui s'en échappe.
La vérité est que les aristocrates financiers ont dû donner le change pour que perdure leur pouvoir toujours croissant, démesurément croissant. Comme le faisaient les monarques féodaux.

Boutique Chinoise à JFK Aéroport de New York
Le problème, c'est que l'injustice commence à se voir un peu trop.
Le problème, c'est que les monarques en veulent toujours plus et qu'ils ont perdu le sens de la mesure.

Alors oui, je cautionne les "indignés" et je crois qu'au-delà de l'indignation, des actes émergeront d'une façon ou d'une autre.
J'entends désormais avec plus d'acuité que je ne le faisais jusque là, (pourtant je l'ai toujours aimé) le mot de "Révolution".

De tout temps, au sein de la tribu, des provinces, des royaumes, des nations, il y a eu des dominants qui raflaient à leur seul profit le produit des efforts de la communauté. Et de tout temps, ils furent destitués dès lors qu'ils dépassaient les bornes.
Constater cela est bien banal, et ne parler que du retour nécessaire à la "bonne mesure" quand d'autres parlent de révolution peut paraître bien mièvre. Pourtant il s'agit bien de cela : de bornes dépassées. De ce diagnostic simplissime et suffisant émerge toujours la révolution.
Ainsi peu à peu, comme un symptôme, des mots aussi ringardisés que "partage", "solidarité", "répartition", "redistribution" reprennent la résonnance qu'ils n'auraient jamais dû perdre.

En ce temps où les monarques aussi se sont mondialisés, éparpillés en réseaux invisibles, sans château à assiéger, sans troupe à combattre même à main nue, les verrous paraissent inexpugnables. Pourtant, comme à chaque fois, le premier rempart qui s'élève face à l'outrance et l'avidité des puissants, c'est l'honneur de l'opprimé. Et puis monte la colère.

L'effroyable arrogance des "messagers" de la finance ne cesse de l'exacerber. J'ai nommé les banquiers, les grands patrons, les analystes financiers, les politiciens de la pensée unique, les économistes libéraux et leurs journalistes inféodés.

"Baissons les dépenses publiques, baissons les salaires", "les riches et leur quelque argent ne peuvent être une variable d'ajustement", "nul salut, hors de l'austérité."

Par contre, sous leur autorité, la baisse des salaires a toujours été considérée comme la variable d'ajustement idéale. Quelle importance ! 100 ou 200€ de moins quand on a déjà si peu !?
Par contre, sous leur autorité, la baisse des dépenses publiques jusqu'à la corde sera toujours préférable à la remise en cause des 40 Mds versés chaque année aux quelques milliers d'actionnaires pompant sans vergogne une économie française déjà exsangue. Pour ceux-là nulle cure d'austérité n'est envisageable, pour ceux-là aucun effort de solidarité – cette incongruité- ne pourrait leur être imposé, pour ceux-là rien ne justifierait de surseoir à la construction d'une nouvelle piscine, au renouvellement de leur Audi Sport ou à l'achat d'un chalet supplémentaire à Megève.

Tout cela n'est pas de l'amertume mal placée comme ne l'est pas moins leur argent.
Leur constance dans la cupidité est tout bonnement inconcevable et l'aveuglement de leurs "messagers" ne l'est pas moins.

6 Mds de paquet fiscal redistribués à quelques milliers de nantis chaque année, ce qui après division dûment effectuée représente une moyenne de quelques 300 000€ remboursés par tête de pipe de la caste des très riches par le trésor public, chaque année, avec l'argent de notre travail et avec l'argent de notre dette. Pour eux, tout cela est bien normal. Nous sommes, paraît-il, en période de crise, chacun doit se serrer la ceinture… mais cette situation, tout au plus désolante, ne les concerne pas. Ils sont au-dessus du lot. Ce sont les Aristocrates.

Ces jours-ci, - pour ne pas rester uniquement franco-français -, nous parviennent des nouvelles de Grèce. On y apprend que désormais, outre les fermetures des commerces, des entreprises, les baisses de salaires et des pensions, l'exode de ceux qui le peuvent, le désespoir des déclassés jetés à la rue, réduits à la mendicité, les suicides de plus en plus nombreux de gens qui comme nous n'avaient pas été préparés à la pauvreté, outre cette descente aux enfers, nous apprenons que les gens se battent pour quelques légumes pollués au chrome distribués en plein centre d'Athènes, nous apprenons que les gens ont faim et que les enfants grecs grappillent partout où ils le peuvent de quoi manger, quand ils le trouvent, s'ils le trouvent.

Alors non, tout cela n'est pas de l'amertume mal placée.
En Europe, de plus en plus de citoyens portent et porteront des haillons, se déplaceront nu-pieds, ne pourront se laver, ne se chaufferont pas, inaugureront le repas quotidien unique… Ne se raseront plus, n'iront plus au spectacle, n'achèteront plus de glace au bord de la plage… Les commerçants ne vendront plus. Finis les achats de fringues, de bijoux, le coiffeur et l'esthéticienne, fini le resto en famille le dimanche midi, l'abonnement à la salle de sport… Les gens resteront chez eux à repriser leur chemise devant leur télé, mobiliseront leur dernière économie pour acheter le scooter qui les affranchira du parcmètre et de la pompe à essence gloutonne… Le commerce s'arrêtera comme l'arrêt du Gulf-Stream réfrigérera l'Europe.
La Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, les provinces anglaises, l'Irlande… La pauvreté est en marche mais tous les soirs à la télé, nos politiciens à cravate bleue viennent nous dire avec aplomb qu'elle s'arrêtera aux frontières françaises comme le nuage de Tchernobyl.
Pourtant aujourd'hui, malgré eux, "Révolte" n'est plus un gros mot.



Revenons aux présidentielles et au choix qui nous est proposé.
D'abord, a-t-on seulement le choix ?

Hollande vient de parler. Il débattra bientôt avec Sarkozy.
Bonnet blanc et blanc bonnet ? Malheureusement oui, car dans les grandes lignes macro économiques, ils se réfèrent au même système. Les mêmes caisses vides, la même monnaie, la même dette, la même Europe, le même ordre monétaire mondialisé, et aucune marge de manœuvre.
D'un côté, nous avons Sarkozy, le célèbre VRP des classes d'argent.
De l'autre, Hollande qui, sauf énorme surprise, jouera pour le même camp libéral.
Même si ses "clients" (commanditaires) ne sont pas tout à fait les mêmes (va savoir ?), on sait que les différences se développeront à la marge.
La marge. Voilà tout ce qui nous reste pour faire notre choix.
Et qu'y a-t-il dans cette marge ? L'espoir que Hollande et son gouvernement arrondissent les angles de l'injustice fiscale et sociale que nous subissons clairement depuis des années.
Ainsi dans l'hypothèse d'un second tour Hollande - Sarkozy, à tout prendre, entre les deux favoris des sondages, pour moi ce sera malgré tout Hollande… Ce sera Hollande, par défaut.

Voilà ce que l'on propose aux français : le choix du pauvre qui, comme toujours votera par dépit, avec fatalisme.

Au moment où la révolte est devenue nécessaire, qu'elle est chevillée au corps de la plupart de nos compatriotes, que le bon sens l'appelle, voilà le pauvre choix qui nous est proposé… imposé.
Et par un ressort machiavélique, Sarko est devenu un tel épouvantail épouvantable que la peur de le voir revenir va pousser les français au funeste Vote Utile dès le 1er tour.



Néanmoins, au premier tour, je tenterai un vote "dissident". Il n'est pas encore défini. Même si je garde mon affection pour des gens sincères et de bonne volonté comme Bayrou et Corinne Lepage, aujourd'hui mes inclinaisons vont vers Mélenchon, en premier choix, et Dupont Aignan, en second choix.

Ces deux là ont de la ressource. Ils sont lucides face aux enjeux et, paradoxalement, a contrario du jugement narquois des "observateurs", ont une vision bien plus mondiale que les hérauts des sondages. Ils se débattent dans des perspectives bien plus lourdes de conséquences que le maintien à tout prix du système féodal dans lequel nous sombrons. Les risques, que leurs convictions décrivent, sont bien plus en prise avec la réalité que ne le sont les thèses de nos énarques engoncés dans le moule idéologique de la croissance infinie des économies.
Alors je tenterai un vote "dissident", vers une autre voie.

Hollande et "l'autre" osent, dans un dernier artifice, nous parler de sang et de larmes pour maintenir quelques mois encore, sous nos têtes endormies, le mol oreiller d'une société de consommation à bout de souffle. Pourtant, ce faisant, la couleur est annoncée : du sang et des larmes. Et malgré cet augure terrible, la masse populaire semble se préparer à voter pour le maintien du système.

Bon sang, si véritablement le sang et les larmes doivent couler au moins que cela serve à renverser la table ! Que tout ce malheur ne soit pas vain !
Il faut donc croire que le troupeau docile se satisfait encore du peu de paille qu'il trouve en sa bergerie, et tant que les ventres seront pleins, il ne regardera pas d'où vient la paille.
Grand bien lui fasse même si le renouvellement du fourrage est assuré par les loups.
Tout le monde sait que ça ne durera pas. Les loups sont aux portes des villes. Beaucoup ont déjà sonné l'alarme. A la suite de quelques intellectuels, économistes "alternatifs" et autres libres penseurs, les Mélenchon, Montebourg, Dupont Aignan, M. Le Pen (à sa façon) s'en font les porte-voix mais à quoi bon crier avant d'avoir mal. Les français, il faut le croire, n'ont pas encore mal… pas suffisamment, mais ça viendra, hélas.

Hollande et "l'autre" le savent aussi. Mais pour eux rien ne doit changer. Pas encore.
Alors en les écoutant, nous vivrons encore notre vie de ramasseurs de miettes, sans honneur et sans fierté. En les écoutant, l'avenir restera bouché et la spirale dans laquelle nous aspirent les insatiables cols blancs de la Finance ne cessera de creuser notre malheur. Nous le savons, mais rien ne doit changer. Pas encore.

Alors bientôt il faudra nous rendre à l'évidence : Ensembles, nous n'aurons rien construit. Le capitalisme continuera d'engraisser les mêmes nantis et nous aurons oublié ce que voulaient dire "partage", "solidarité", "répartition", "redistribution". Nos enfants riront, s'ils le peuvent encore, des rêves communards, des droits acquis, des hippies qui faisaient l'amour, des services publics, des restos du cœur, de la croix rouge, des morts pour la France.

Ensembles, nous aurons laissé tout se déconstruire.
Nos enfants riront… peut-être.

dimanche, février 15 2009

Réforme de l’instruction : la préférence manichéenne de notre Président.

Jusqu’à avoir été reconnu coupable, tout citoyen mérite d’être défendu comme les autres. Une phrase comme celle-là, chacun est prêt à la faire sienne. C’est beau. On peut s’en bercer, à l’envie tant elle est avérée au cœur et à l’esprit. Tant elle nous sécurise aussi. Un vrai doudou. On peut se la réciter jusqu’au bout de la nuit, blotti au creux de sa paillasse flanquée contre un mur froid, dans une cellule de 6 m² en attendant d’être jugé après des mois de détention préventive.

Jusqu’à avoir été reconnu coupable, tout citoyen mérite d’être défendu comme les autres. Tout comme « Liberté, Egalité, Fraternité », ces préceptes nous garantissent aussi la bienveillance de l’état s’efforçant, en principe, de trier le bon grain de l’ivraie. Si l’administration de la justice laisse, hélas, à désirer dans de trop nombreux cas, il paraît indispensable qu’un système judiciaire soit au moins efficient… sur le papier.

Pourtant ces temps-ci, un vent incertain souffle sur l’édifice Justice. Multiplication des scandales judiciaires, mise en défaut de la délinquance en cols blancs, surpopulation carcérale, augmentation de la pression médiatique, soupçon de partialité accru dans l’opinion, « insolence » de certains juges d’instruction, scandale des détentions provisoires… ? Les motivations du chef de l’état ne sont pas explicites, tout en étant sans doute multiples, mais toujours est-il que le coup de torchon est annoncé pour le système judiciaire français.

Voici quelques réflexions sur le débat qui s’ouvre en ce moment à ce sujet

                                              *     *     *

Deux systèmes judiciaires sont en vigueur en « Occident ».
Le système inquisitoire et le système accusatoire.
L’un est français, l’autre est anglo-saxon.

Le système inquisitoire se veut égalitaire : l’état met en œuvre via le juge d’instruction, juge du siège, indépendant, toute la machine d’investigation pour éclairer de façon équilibrée les affaires judiciaires à charge et à décharge. Le juge d’instruction se doit d’être impartial… Sur le papier.
Voilà l’esprit de la pratique judiciaire en vigueur en France.

D’aucun arguera de la schizophrénie dont peut être victime le juge d’instruction dans la pratique de son métier. Pourtant, quoi de plus naturel pour un esprit éclairé que l’exercice classique de la thèse – antithèse et synthèse ?
Ce système a donc l’avantage de voir, mises à disposition des justiciables, les mêmes forces policières de façon équitable sans déséquilibre entre l’investissement (financier) d’actions à charge et d’actions à décharge.

Mais on reproche souvent à ces rois Salomon que sont les juges d’instruction, leur toute puissance et, par conséquent, la solitude dans laquelle ils sont amenés à prendre des décisions extrêmement lourdes.

Le système accusatoire, lui, met toute l’action à charge entre les mains de l’état.
Au justiciable de mettre en œuvre sa défense avec les moyens qu’il pourra déployer. Ainsi tous les procès sous le système accusatoire se font sous le schéma : Etat contre Mr ou Mme X.

Ce qui, au premier abord, semble logique puisque, le citoyen n’ayant pas le droit de se faire justice lui-même, l’état doit se porter garant de la sécurité de tous en lieu et place de la vengeance de chacun. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, et particulièrement jusqu’à avoir été reconnu coupable, tout citoyen mérite un même traitement et, en l’occurrence, d’être défendu comme les autres. Mais il faut croire que nos amis anglo-saxons n’ont que faire de ces subtilités.

Heureusement, Mr ou Mme X pour se défendre peut solliciter un cabinet d’avocat nanti d’un droit d’investigation. Ce qui, par contre, n’est pas autorisé dans le système inquisitoire français. Voilà sans doute la moindre des choses pour que le mot justice puisse être inscrit au frontispice des tribunaux anglais.

Ainsi, bien calée dans son rôle, aucune des parties n’a plus à s’astreindre à l’impartialité ; aucune des parties n’a plus à se soucier d’esprit de justice. Chacun peut à loisir et sans scrupule s’adonner à son job : Accusation sans nuance contre Défense sans demie teinte. La pratique juridique devient un job, une compétition même. Le procureur accuse, l’avocat défend sans que jamais l’éthique ne vienne déranger leur posture manichéenne.

Mais si dans cette « compétition », le procureur accuse et l’avocat défend, encore faut-il que chaque partie jouisse des mêmes moyens.
Et là, on voit aisément que le système accusatoire atteint, si ça n’était pas déjà le cas, les limites de l’exigence d’équité.
Mr ou Mme X, justiciables nantis, auront toute latitude pour s’offrir de bons avocats qui eux-mêmes pourront faire appel à de très bon détectives et à pléthores de petites mains capables de rechercher les preuves de leur innocence, tandis que Mr ou Mme Y, pauvres chômeurs, n’auront comme seul espoir que celui de l’évidence de leur innocence, ne pouvant se défendre contre la machine étatique chargée de les faire condamner.

Voilà le nouveau système que nous propose notre inénarrable Président, toujours prompt à nous trouver les pires options en toute chose.

La charge de la preuve

Mais, pour corser le tableau, si l’on passe du système inquisitoire au système accusatoire, une notion fondamentale semble être oubliée dans les nouvelles orientations que le monde juridique français va devoir prendre. Une notion qui parfois rend le système accusatoire paradoxalement plus efficient : la charge de la preuve.

En effet, alors qu’en France, l’intime conviction peut emporter la décision des jurés, outre-Manche et outre-Atlantique, seule la charge de la preuve peut fixer le jugement… Sur le papier.

La mise à plat du système juridique français ne peut se faire de façon parcellaire.

Avant d’édifier un système juridique global, il faut se figurer que les législateurs se sont imposés un profond questionnement éthique et moral. En la matière, il s’est agi pour eux de s’assurer que la recherche d’équilibre et de justesse puisse s’exercer dans les conditions optimales d’un vrai débat contradictoire.

En France, le débat contradictoire, outre qu’il puisse parfois se manifester publiquement dans les salles d’audiences, s’exerce principalement dans le bureau des juges d’instruction. Chez les anglo-saxons celui-ci s’exerce pendant l’enquête, autour de la recherche de preuves.

Si l’on retire au système français l’instance où se déroule le débat contradictoire, sans que celui-ci puisse se dérouler en un autre lieu de la séquence juridique, nous nous dirigerons à coup sûr vers les pires catastrophes judiciaires.

N’étant pas juriste, je n’ai pas exploré les avantages et les inconvénients du remplacement du principe d’intime conviction à la française par l’exigence de preuves à l’anglo-saxonne.
Mais il apparaît pour le moins alarmant de voir, d’une part, s’instaurer le risque d’une véritable justice à deux vitesses (déséquilibre des moyens entre l’état accusateur et l’avocat) et, d’autre part, disparaître ce qui fonde l’acte de justice : le débat contradictoire.

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Heureusement, nous n’en sommes qu’à une idée lancée en l’air, comme notre cher Président l’a fait pour le financement de l’audiovisuel public. On peut encore espérer que cette réforme soit amendée dans un meilleur sens.

Ce qui suit constitue une proposition qui, tout en prenant en compte le desideratum présidentiel, permet à la fois de maintenir l’équilibre de moyens entre les parties ainsi que le débat contradictoire.

Si donc, la France adopte le système accusatoire, il s’agit de compenser les imperfections de ce nouveau système.

Rien n’interdit d’imaginer une répartition des moyens d’investigation.
Ainsi pour chaque euro dépensé par le Parquet (agissant à charge), un crédit équivalent sera versé à la partie défenderesse. On pourra, pour être plus précis, sortir de cette balance les investigations purement administratives valables objectivement pour chacune des parties. Et pour éviter la dérive perverse d’une sous estimation des coûts d’investigation, un barème d’actes devra aussi être mis en place. Une exploration plus approfondie sera nécessaire pour ordonnancer un tel système dans le cas d’affaires à parties multiples.

Cette proposition combine les deux systèmes juridiques sans mettre en péril le souci d’équité nécessaire à l’action de justice : Equilibre de moyens entre les actions à charge et les actions à décharge tout en dissociant chaque acteur de la procédure, Parquet d’un côté, Avocats de l’autre. Exit la justice à deux vitesses, re welcome au débat contradictoire.

Ce système permet aussi de contourner les propositions actuelles prônant la collégialité de l’acte d’instruction pour améliorer la sagacité des enquêtes. Malgré leurs bonnes intentions, ces propositions tendent à rendre pléthorique un étage juridique en une époque où l’économie et l’efficacité se font cruellement impératives.

Il n’y a point de jugement éclairé sous influence.

En l’état des propositions, c’est le Parquet qui enquêterait en lieu et place du juge d’instruction. L’enquête serait « contrôlée » par un Juge de L’Instruction qui donnera les autorisations de perquisition ou de garde à vue. Tout le reste, le véritable travail d’enquête, c’est le Parquet qui le fera.
Ores qu’est-ce que c’est que le Parquet ? Ce sont des substituts, des 1ers substituts, des procureurs, des avocats généraux, des procureurs généraux, le procureur général et en haut de la pyramide, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. Ce qui veut dire que les enquêtes seront directement dirigées par le Garde des Sceaux, personnage constitutif de l’état. On peut donc imaginer, par exemple dans le cadre d’affaires politico – financières (en fait celles qui intéressent prioritairement le pouvoir), avec quelle célérité et pugnacité ces enquêtes seront menées.

L’indépendance du Parquet est donc une condition sine qua non de l’apurement du système juridique. Mais rendre indépendant le Parquet, c’est une décision politique quasiment régalienne.
Pour l’état français, le Parquet c’est comme l’Armée : un corps de magistrats fortement structuré dont la hiérarchie est rigoureusement pyramidale reliée par des liens autoritaires de subordination en cascade.

Pourtant la philosophie présidant à toute ordonnance de justice dit bien l’impératif d’indépendance. Il n’y a point de jugement éclairé sous influence. C’est le bon sens absolu.

A la lumière de cette radieuse philosophie, le pouvoir (qui n’est pas l’état) peut bien évidemment se porter partie civile, dès lors qu’il estimera son intérêt engagé. Cela est aussi de l’ordre du bon sens.

Mais las, promotionner une telle idée, c’est se battre contre rien moins que la raison d’état. Si le pouvoir se voit reléguer au niveau de simple partie civile, son action, son influence ne sera plus alors dissimulée dans le système. Voilà le nœud de l’affaire. Le pouvoir devra, dans ces conditions, ester au grand jour. Son intérêt, souvent installé confortablement dans le non-dit, passerait alors dans le domaine du « déclaratif ».

La raison d’état, c’est la raison de l’opacité. En instrumentalisant le Parquet, l’état peut ainsi, dans un certain nombre d’affaires, avancer masqué au sein d’une enceinte de justice. « Mon intérêt est là (où je ne veux pas qu’il soit su) et j’entend le défendre dans l’ombre. »
L’état, refusant de se départir de son influence sur le Parquet, avoue donc sa propension à « se mouiller » dans des affaires dont les tenants peuvent être éventuellement obscurs.

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Le juge d’instruction est une brique maîtresse de l’édifice judiciaire. La retirer sans précaution, c’est mettre en péril l’ensemble. L'affaire ne peut souffrir l’à peu près.
L’annonce de la suppression des juges d’instruction doit, soit être retirée, soit induire une refonte complète du système judiciaire français.

Maintenir l’équilibre entre les pouvoirs de l’accusation et les droits de la défense, préserver le débat contradictoire et rendre indépendant le Parquet sont autant d’impératifs pour la mise en œuvre d’un nouveau système judiciaire respectueux de tous les justiciables que nous sommes.

mercredi, novembre 26 2008

Fini de mesurer le bonheur... Comptons le malheur, licenciement après licenciement

C’est avec la volonté de relayer le bel ouvrage que je relaye en ligne cette carte de France des plans sociaux, licenciements, fermetures d’entreprises et chômage technique.
Sous forme de Google Map, c’est à un internaute répondant au pseudo de Latruffe que nous devons cette somme. Une somme qui, hélas, risque de ne pas décroître avant longtemps.
Mise à jour régulièrement, elle recense, depuis le 26 octobre dernier, tous les plans sociaux, suppressions d’emplois, délocalisations, fermetures définitives ou temporaires de sites, jours de chômage technique, etc…
Le ou les « auteur(s) » insiste(nt) sur le fait que cette carte n’est pas exhaustive – On aurait préféré mais y’en a encore dans les tiroirs -.
La question d’un compteur de licenciements revient régulièrement mais sa signification est battue en brêche par « Latruffe » lui-même car ne sont pas comptabilisées les créations d’emplois. Honorable souci d’éthique.
Dans les commentaires de sa Google Map, il souligne malgré tout un chiffre : le différentiel création / destruction donné par le ministère de l’emploi : Moins 30 000 emplois au cours des 2 trimestres précédents.

Afficher la carte

On peut, grâce à cette carte, se faire un peu mieux une idée du désastre. Les salariés se donner des sueurs froides ; les licenciés / les chômeurs se consoler en se disant qu’ils sont moins seuls jour après jour.
Pour me faire une idée de la portée de ce travail, je me suis appliqué à compter. Compter les licenciements, compter les emplois non remplacés, compter les emplois délocalisés, les entreprises en liquidation. Compter.

Si l’on excepte les 9000 emplois, environ, en souffrance avant fermeture des Arcelor-Mittal, et les 11 000 cette année et les 11 000 l’année prochaine de l’éducation nationale, si l’on compte le chiffre bas des fourchettes indiquées pour les plans sociaux annoncés, si l’on ne compte pas non plus les plans sociaux pas suffisamment « mûrs » pour que le site puisse donner un chiffre approchant, et sans compter les périodes (des mois parfois) de chômage partiel et si l’on considère que chaque heure apporte, via la page des commentaires, son lot de « signalements » funestes, on arrive quand même, en ce Mardi 25 Novembre au soir, à près de 18 500 emplois en cours de destruction.

A m’atteler à ce comptage, le nez sur ce monitoring morbide, je me suis vu « rond de cuir », halluciné par les chiffres puis, j’imagine, blasé par cette amoncellement quotidien au bout de quelques années de comptage. On ne le dira jamais assez, derrière chacune de ces unités, il y a une vie en équilibre, dans l’angoisse, et avec elle, souvent, une famille.

Et toutes ces vies entrent dans une calculette posée sur un bureau, après avoir été comptées par une autre calculette, un peu avant, sur le bureau d’un patron ou de sa DRH.
Encore un peu avant, une autre calculette aura compté la rentabilité, le manque à gagner. Aura pesé et aura tranché.
Pour certains, une autre calculette, d’une autre espèce, aura constaté que rien ne va plus et qu’on ne peut plus faire autrement…
Mais le résultat reste le même. Des vies basculent.

A notre époque, tout se compte. Tout se mesure. Ici, c’est pour la bonne cause. Se défendre d’une nouvelle manière. Un témoignage numérique et public, c’est toujours bon à prendre.

Compter le bonheur

Un autre jour, on a voulu nous mesurer le bonheur. Ainsi pour l’agence (et les éminents chercheurs) qui s’y sont attelés, ils ont compté. Compté quoi ? Le bonheur… ou plutôt ses symptômes. Celui qui a compté a défini ses critères et le bonheur était dans l’sac.

Ca fait aussi un moment qu’on nous mesure le comportement. Mais là, y’a de quoi faire. Puisque le comportement est compté en vue de nous vendre des choses. Le comportement devient donc tendances de consommation. On nous compte les pots de yaourt, les chaussettes, les sodas, les sacs plastiques, les fruits et légumes, les jouets, les vaisselles en plastique, les dentifrices,…

On nous compte aussi dans la rue, sur les routes, dans les gares. Dès qu’on bouge, on nous compte. On nous compte devant les caisses, les péages, les urnes. Comme on compte les marmottes quand elles sortent de leur trou d’hivernage.
En fait, on nous compte beaucoup plus souvent qu’on ne compte les marmottes. Il est vrai qu’elles n’ont pas de compte en banque.

Mais, au fait, sommes-nous comptés en proportion de notre compte en banque ? Ce n’est pas sûr. On compte bien les crânes dans les charniers… Et même ceux-là qui n’ont plus rien se retrouvent étiquetés, comptés dans une calculette.
N’avoir plus rien devrait au moins donner l’espoir de n’être plus compté, décompté. Mais rien n’y fait. Plus ça va, plus on nous compte.

Compter le malheur

Mais l’agence qui nous compte le bonheur, a-t-elle essayé de compter le malheur ? Non, sûrement pas. Peu rentable ; pas vendeur…
Parce que ce qui les intéresse dans le comptage du bonheur, c’est que, le bonheur, si on parvient à le compter, on pourra nous le facturer.
Mais le malheur… ? Le malheur, ce n’est pas intéressant. C’est même dangereux !!!
Si on arrive un jour à le compter, on pourra en demander dédommagement. Et là, rien ne va plus !!!

On connaît le cauchemar des juges autour de l’estimation des dommages et intérêts et pire encore, du préjudice moral.
Quand c’est pour affaire ça peut se mesurer. Quelques centaines, milliers d’euros pour un « licencié abusif » et quelques 45 Millions de « préjudice moral » en sus des 285 Millions de « dommages et intérêts » pour un Bernard Tapie. Facile !!!
Quand il s’agit d’erreur médicale… là encore : facile ; y’a des barèmes… parfois indexés sur la condition sociale de la victime.
En matière d’escroquerie, au-delà de 3000€, à charge pour la victime de recouvrir l’amende et les dommages décrétés par la justice. Facile, ‘suffit de se déguiser en gendarme.
Mais dès qu’il s’agit de viol, de vies, de mort, on ne compte plus.

D’ailleurs, on ne compte plus, bien avant ces extrémités.
Par exemple, combien le malheur d’un licencié et de sa famille ?
Pour le licenciement, on sait compter. On indemnise. Sur le coup, on étalonne le manque à gagner. Et puis on ventile avec une période de chômage…

Mais ensuite, qu’il y ait ou pas délocalisation (le malheur des uns fait le bonheur des autres), qu’il y ait ou pas enrichissement des actionnaires (pareil : le malheur des uns…), qu’il y ait large bénéfice sur la revente des actifs (pareil : le malheur…), le licencié n’a plus le droit au chapitre. Combien pour son malheur ? Pas l’ombre des bénéfices qui se perpétuent bien après sa contribution.

Quand il y a extinction définitive d’un marché, le soutien social tel qu’il se pratique aujourd’hui est justifié et proportionné.
Mais quand il y a déplacement de l’activité, recherche de rendement financier supérieur au rendement industriel, enrichissement induit par la cessation d’activité ou liquidation pure et simple d’actif sans réelle nécessité, il est légitime d’ouvrir le droit, droit syndical et pénal, aux salariés et ex salariés pour qu’ils puissent ester en vue de faire valoir dommages et préjudices.

Flouer à fins de bénéfices n’est pas moral. Habituellement on appelle ça de l’escroquerie.
L’abus de position dominante est aussi un délit reconnu en matière de droit économique mais aussi civil et pénal.
Les esprits doivent changer et se libérer des injonctions sournoises de l’ImMorale ambiante.

Les éminences grises des places financières qui viennent de passer plusieurs décennies à croiser les données de coût et de rentabilité se sont elles interrogées sur le seuil à partir duquel le malheur des salariés endiguerait leur élan cupide ? A lire le cynisme des théories libérales élaborées dès le 18ème siècle sur cette page par exemple.

Comme le fait cette carte de la crise en miniature, il est temps de compter le malheur ; quantitativement ET qualitativement.

Mais à voir avec quelle avidité nos chers banquiers récupèrent les derniers écus qu’on leur tend naïvement, il est illusoire de croire qu’ils feront un geste pour les partager équitablement.
Alors que feront-ils lorsqu’il n’y aura plus rien à racler ? Ils coteront le malheur en bourse.

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