La Gaude Démocrate

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jeudi, janvier 14 2010

Leurre ou Avatar ?


Tout d’abord, bonne et heureuse année à tous. Bonheur, santé, réussite…
Après les réjouissances de Noël et du Jour de l’An, les réunions familiales et les fêtes entre amis, les sorties au spectacle ou au cinéma, l’année 2010 commence. Reprise du boulot (pour ceux qui en ont) dans la froidure que nous « offre » ce mois de Janvier.
Mais heureusement nous avons tous fait réserve de joyeux instants, de grandes résolutions et d’évocations de vie rêvée.
Alors, pour nous y aider, en ces temps incertains, il est bon de se rasséréner l’esprit autour de sujets réputés plus légers.

J’ai été voir le film Avatar. Neyriti

Le premier réflexe auquel on peut légitimement s’attendre au sortir d’un tel film est de raconter l’émerveillement qu’il provoque.
Mais avant, voilà un rappel des chiffres pour que l’on se rende bien compte de l’importance du phénomène.
Trois semaines après sa sortie (16 Décembre en France et 18 Décembre aux USA), Avatar a engrangé plus de 1,1 milliard de $ à travers le monde.
En France, on approche les 8 millions d’entrées (7 774 123 au 5/01/10). On peut extrapoler ce chiffre au niveau mondial et estimer qu’on tourne autour des 100 millions de spectateurs, surtout depuis sa sortie en Chine. 14,4 millions de $ en 3 jours ; 5,3 millions $ le jour de sa sortie. Un record.
En France, et selon les derniers chiffres publiés par 20th Century Fox, le film a engrangé 90,2 millions de $. En Russie, 62,4 millions ; en Allemagne, 62,9 millions ; en Grande-Bretagne, 58,1 millions ; en Espagne, 51,8 millions ; en Australie, 50,2 millions ; et au Japon, 42,8 millions.

Mais que cette mise en perspective chiffrée n’assèche pas l’émerveillement. Au contraire, pensons qu’il a été partagé par des millions de personnes. Et que son charme s’est effectivement diffusé dans leurs esprits.

Les Rochers Flottants de Pandora

Que de belles images ! Une forêt luxuriante, des indigènes séduisant(e)s, des animaux beaux de leur sauvagerie, des végétaux dignes des fantasmes d’Eden, des lumières telles que seuls les rêves pouvaient nous les suggérer et de la magie à portée de nature. Des îles-rochers flottantes dans les airs comme dans les tableaux de Magritte, une végétation phosphorescente, des petites anémones lumineuses dérivant au gré des sortilèges de la forêt, et des arbres-maisons à l’enracinement aussi puissant que majestueuse est leur frondaison gigantesque.
Toutes ces merveilles nous entourent grâce à la 3D. Comme des enfants nous sommes saisis par le vertige, nous chevauchons les grands oiseaux, nous sautons de branches en branches, et même, il nous prend de vouloir nous rouler dans la mousse confortable des sous-bois.
C’est beau, et bien insensible serait celui qui se refuserait à ce spectacle.

Les critiques sont unanimes… sur le plan technique et suggestion visuelle.
Mais le chœur de louanges s’éteint quand il s’agit du scénario.
Comme par exemple sur lebuzz.info :
" Passée la première surprise et l’émerveillement du 3-D, il ne reste pas grand-chose. Le scénario est d’un vide intersidéral total. Certes, James Cameron y aborde des sujets graves, comme la destruction d’une race, d’une culture et d’un écosystème pour des raisons bassement capitalistes, mais ce n’est pas comme si c’était une nouveauté "

Mais le scénario d’Avatar est-il si vide que ça ?

L’histoire raconte effectivement la tentative de destruction d’une race, d’une culture et d’un écosystème pour des raisons bassement capitalistes. Et comme le disent les critiques, on sait dès le début que la production nous a réservé un Happy End Hollywoodien.

Les moyens de ses objectifs :

A l’occasion de l’avènement d’une nouvelle technologie 3D, on aurait pu nous infliger (on n’était pas non plus obligés d’aller le voir) un énième film à grand spectacle où des méchants extraterrestres, figurant l’objet de la paranoïa du moment, viennent du fin fond de la galaxie pour coloniser notre planète chérie, évidemment défendue par des représentants du grand peuple américain.
James Cameron, du haut de ses glorieux antécédents, aurait pu s’en tenir à un gros blockbuster au succès garanti par une promotion à l’arme lourde.
Mais avec Avatar, sans se départir de la grosse machinerie des grosses productions US, il a choisi d’engager son énergie et ses millions de $ pour proposer au grand public une fresque éco-militante qui met en scène, certes de façon transposée, les histoires terribles qui ont meurtri et meurtriront encore trop de peuples sur Terre.
A moins d’être le dernier des bétonneurs shooté à l’asphalte, on peut légitimement se réjouir de ce choix. Une fois cette décision prise, reste à faire le job.

Pour raconter ce genre d’histoire, le cinéma dispose d’une très large palette de procédés : Documentaire, film historique, histoire d’amour sur fond de malaise sociétal, comédie dramatique focalisée sur un groupe situé au cœur du conflit, film d’action avec un héros résistant dans un théâtre guerrier….

Mais peut-on croire, par exemple, qu’un documentaire clinique sur « le pragmatisme cynique des puissants » aura un pouvoir de dénonciation plus efficace qu’un grand blockbuster ?
Non, les spectateurs « civilisés » et nantis des pays industrialisés n’iront pas en nombre voir un film sur l’acculturation des aborigènes d’Australie, sur la fin du peuple Nénets aux confins polaires de la Sibérie, les brutalités du régime indonésien contre les Papous, la disparition des Aïnous perdus dans les neiges du Nord Japon, la mort lente des indiens d’Amazonie, les massacres des Guaranis par les portugais ou des Incas par les conquistadors, ou les guerres sanglantes qui ont réduit le peuple amérindien.

Ores, avec Avatar, James Cameron contourne la difficulté.
Il surligne suffisamment bien les analogies avec ces tragédies humaines (des arcs et des flèches contre des canons) pour que chacun y lise comme au travers d’une eau claire. Que vous soyiez américains, européens, russes, australiens ou japonais, les Na’vis (Peuple du film Avatar) vous rappellerons forcément un de ces peuples disparus ou en voie de l’être. Ainsi Avatar, embrasse d’une certaine façon tous les documentaires et autres comédies dramatiques qui ont pu et pourront être tournés sur le sujet.

De plus, Cameron nous présente ces victimes indigènes sous une apparence séduisante, des êtres beaux et puissants qui n’ont rien à voir avec les aborigènes culs-terreux, les amérindiens sanguinaires, les papous préhistoriques ou les Nénets inutiles telles qu’hélas, certains spectateurs peuvent encore se les représenter. Dans Avatar, les a priori sont jetés à bas, le funeste ressort raciste est broyé par l’esthétique même des personnages. En nous amenant à regarder cette aventure avec des yeux d’enfants, le transfert d’affect spectateur-personnages fonctionne à plein et, grâce à ses artifices, Avatar devient une allégorie universelle.

En fait, l’esthétique du film est une composante première du scénario. Elle permet au spectateur de se placer dans la situation empathique qui lui fait trop souvent défaut quand il s’agit de s’affranchir de ses a priori culturels, de ses appartenances communautaires et, disons-le, de son racisme ordinaire.

L’esthétique du film, donc, est à la fois l’argument d’accroche mais aussi un vecteur essentiel pour la portée du scénario.

Neyriti Chasseresse

A ce propos, beaucoup de critiques semblent confondre profondeur du discours avec complexité du scénario, comme si pour être estimable une histoire devait être compliquée.
Imaginons un instant que James Cameron ait piqué cette féérie vidéographique de personnages ambigus, d’un héros aux sentiments contradictoires, de méchants scrupuleux, d’une tribu traitresse, etc… Pour le coup, on aurait eu droit à des critiques du genre : « Le réalisateur se perd dans la jungle de Pandora », ou, « Sombrant dans le « film à message », James Cameron gâche sa performance technique », « Les profils psychologiques en 3D aplatissent le charme d’un conte qui n’en demandait pas tant », etc…

De l'influence des histoires qu'on nous raconte (et que nous plébiscitons) sur notre propre psychologie...
Les scénarii tortueux ne sont-ils pas trop souvent élaborés en prenant soin de ne pas trop nous éloigner du monde dans lequel on baigne. Pour faire sérieux, plausible, vrai, proche de la réalité, doit-on toujours nous faire croire que la normalité des rapports humains consiste uniquement en des confusions d'intérêts, des calculs cyniques à force de pragmatisme et autres perversions ?
Il n'est plus possible de raconter une belle histoire avec simplicité, sans qu'il s’en trouve toujours pour gloser sur « les bons sentiments », « le roman à l’eau de rose », « la sensiblerie », comme si c’était un crime d’envisager la vie AUSSI dans sa simplicité (Cinema Paradisio, Dialogue avec mon jardinier, etc…).
On assiste au même phénomène qui interdit aux films comiques de recevoir un Oscar ou d'être primés à Cannes.
Du fiel, du fiel !! Voilà l'estampille nécessaire pour faire cultureux.
Alors effectivement les esprits tordus, frileux dès qu'il s'agit de "lâcher prise", ne peuvent supporter la candeur et sont, en définitive, effrayés par la fraîcheur de l’univers de Pandora.

Neyriti Maquillage rituel

Plus qu’un scénario, une œuvre militante :

L’intention militante du film est claire même pour les critiques revêches. Même lorsqu’ils jouent la fine bouche, la liste des films dont ils associent le scénario à celui d’Avatar montre bien que le message est explicite : « Au fond, le réalisateur nous livre ici un FernGully avec la prétention d’un The Mission et des envies de Bury My Heart at Wounded Knee. »
Ailleurs, sont cités aussi « Princesse Mononoké » et « Danse avec les loups ».

Qui se souvient des « ''Aventures de Zak et Crysta dans la forêt de FernGully'' » (film d’animation de 1992) ou de « ''Enterre mon coeur à Wounded Knee'' » (téléfilm US de 2007) et de son succès d’estime auprès des cinéphiles ? L’impact d’Avatar sera à coup sûr plus profond – ne serait-ce que par son succès en salles.

S’il s’agissait pour Avatar d’être un film destiné uniquement à faire des entrées (ce billet n’aurait pas lieu d’être), on pourrait effectivement pousser des comparaisons tout azimut. Mais il est clair qu’Avatar a des ambitions militantes.
Et comme toute action militante, on se doit de la juger aussi sur son pouvoir « d’évangélisation ». Car enfin, mettre sur pied un scénario suffisamment allégorique pour révéler un argumentaire politique n’est pas affaire facile.
Par exemple, dans le film « Troie », les grecs mettent à sac une cité florissante. Mais en voyant ce film, sommes-nous scandalisés, de façon générale, contre les puissants assoiffés d’encore plus de pouvoir ? Non, seuls les grecs sont les méchants et seul Achille semble pouvoir les racheter (sans y parvenir).

Parmi les films qui ont réussi à dénoncer des menées inhumaines de « l’intérêt supérieur » et de son rouleau compresseur qu’il met en branle en toute impunité, on peut citer « The Mission » et « Danse avec les loups ». Sur le thème de l’être humain devenu étranger à la nature « Princesse Mononoké » fit aussi son œuvre.
D’autres films, au détour de leur scénario, nous laissent le goût amer de l’injustice qui sous-tend la marche inexorable de la « civilisation » comme « Little Big Man » ou « Greystoke ».
Mais aucun n’avait associé simultanément la mort, par acte de barbarie, d’une civilisation ET celle de son écosystème.

L’actualité nous en parle pourtant tous les jours : la montée des eaux qui anéantira les Maldives, la fonte du permafrost qui embourbe les peuples de la toundra, la fonte des banquises qui réduit le territoire des Inuits, l’acidification des mers qui asphyxie le plancton et verra la fin de sociétés entières de pêcheurs, etc…

Mais quel film – puisque les films ont désormais un impact culturel plus fort que les livres -, quel film saura nous dire le lien entre ces tragédies éco-humaines et l’implacable marche de la société moderne ?
Al Gore, Yann Arthus-Bertrand et Luc Besson, Nicolas Hulot nous le disent sur le mode de la démonstration objective et scientifique, mais le front de ce combat militant doit encore s’élargir.
James Cameron va au devant de cette nécessité en faisant entrer cette conscience de la catastrophe annoncée dans le champ de l’imaginaire collectif.
Il va plus loin encore en instillant la notion de conflit ouvert et direct. En le mettant en scène, l’ennemi est enfin à découvert…
Il a osé désigner l’ennemi. Celui que l’on voit en premier : les forces de la finance internationale et le lobby des vendeurs d’armes.
Ce n’est pourtant pas un scoop, mais grâce à Avatar, voilà c’est fait ; c’est entré dans l’imaginaire de millions de personnes (puisque les films ont un impact culturel plus fort que les livres).

Simpliste ? Manichéen ? Sans doute.
Mais qui est simpliste et manichéen ?
En leur temps, les crimes des conquistadors étaient-ils motivés par autre chose qu’une SIMPLE volonté d’expansion ?
L’anéantissement des tribus amérindiennes a-t-il été mené pour d’autres raisons que l’annexion de nouvelles terres ?
L’impérialisme colonial est-il autre chose que la recherche de nouvelles ressources ?
Il ne suffit souvent que de quelques décennies de recul pour que l’analyse de conflits, aux tenants soi-disant complexes, se résume à une vérité aussi univoque que cruelle.

Pourquoi veut-on que les victimes de l’hégémonisme des puissants s’encombrent de réflexions « circonvolutives » quand les choses sont si simples pour leur oppresseur.
Un magnat de la finance ne se demande pas le matin en arrivant au boulot quel est son objectif. Sa question est : « comment l’atteindre ? » ; « Aujourd’hui on organise la baisse des denrées alimentaires à la bourse de Chicago… Ca mettra à genou les producteurs et ça leur apprendra à vivre… »
Un vendeur d’armes (c’est souvent le même) ne se pose pas plus de question : « Encore une petite série d’attentats et ce sera 200 containers de matériel de défense de mieux ! »

Simpliste ? Manichéen ? Pourtant, il est un fait acquis que les montagnes de dollars investies dans les guerres récentes auraient suffi à régler le problème de la faim dans le monde et que ces investissements auraient été plus rentables (mais peut-être pas pour les mêmes) que ceux qui ont consisté à détruire des villes entières pour ensuite – comble du cynisme - faire payer les victimes pour les reconstruire.

Simpliste ? Manichéen ? L’instinct de révolte est là ; et en allant droit au but, Avatar l’a mis en scène.

Les gens bien pensants diront qu’un tel manichéisme ouvre la voie à tous les excès, à la désobéissance civile et, même, à l’éco-terrorisme. Il faudra leur demander de quels excès ils parlent ou, plus exactement, lesquels leur semblent les plus convenables ?

Le pessimisme de James Cameron. Neyriti inquiète

Le Happy End, la performance technologique et la beauté des images distraient forcément du sentiment de révolte que peut provoquer la lecture circonstanciée du scénario. Mais serions-nous si nombreux à en supporter la signification tout en adhérant au film ?
Paradoxalement, les grands yeux des Na’vis et la beauté magique de Pandora nous éloignent, le temps de la séance, du pessimisme qui inspire le film.

Les précédents films de James Cameron, Terminator, Abyss et T2 - le jugement dernier, se concluaient déjà sur des avertissements alarmistes mais pour ceux qui se donneront la peine de le décrypter, celui que nous laisse Avatar nous jette au pied du mur.
En substance : Les forces du Mal sont plus puissantes que jamais, et plus elles se renforcent, plus elles deviennent autistes et avides. Nous avons à faire à une hydre insensible et irraisonnable. Et la résistance armée ne suffira plus. Il faut changer. Que tout le monde change… D’où le titre : Avatar.

Car le plus angoissant est que c’est bien à une Hydre que nous avons à faire. Une chose tentaculaire et informe dont on ne peut même pas dire qu’elle a une volonté cohérente.
Que semble nous dire James Cameron ?
Dans cette Hydre, on met bien volontiers les forces de la finance internationale et les vendeurs d’armes, mais n’est-elle pas plus terrible encore ? Pourquoi n’arrive-t-on pas à la circonscrire ? Une fois qu’on a accusé « l’homme au gros cigare » pourquoi est-il si difficile de lui régler son compte ? Au bout de ce questionnement n’y a-t-il pas une réponse bien plus dérangeante ?
Le constat de James Cameron est sans appel, violent même.
Il a osé désigner l’ennemi… Celui qui se cache au regard et qui se dévoile à mesure que l’on pénètre Pandora : L’hydre, l’espèce humaine.

La vérité est tellement refoulée qu’elle a peine à se révéler à nos yeux, même quand elle nous explose en 3D à la gueule.
La mort de la maman de Bambi nous a fait haïr les chasseurs. Cruella (Les 101 Dalmatiens) nous aura dégoûtés des marchands de fourrure. Tout petits nous avons toujours su reconnaître « les méchants », mais dès lors qu’il faut nous désigner nous-mêmes, tout grands que nous sommes, … c’est le blocage.

Et même si, en première lecture, on se nourrit du conflit basique entre colons humains et Na’vis (bon vieux réflexe conditionné), quitte à se sentir éco-warrior dans l’âme, James Cameron nous propose une seconde lecture : l’Avatar.

L’Avatar :

Cette métempsychose réversible mise à profit dans le film est un artifice scénaristique qui fait sens.
L’Avatar, ce corps de substitution qui permet à Jake Sully, marines paraplégique de son état, de prendre l’apparence des Na’vis, peut être effectivement vu comme un moyen de jouer la « 5ème colonne » sur Pandora. Jake Sully est alors un vulgaire « infiltré » chez les Na’vis. Et comme on pouvait s’y attendre, l’espion dans la place choisit son camp et passe à l’ennemi.
L’affaire est entendue mais pourtant Avatar n’a pas le goût d’un film d’espionnage. Rien à voir, même.

Tout ça prend une autre résonnance. Une autre épaisseur.
Et c’est le terme même d’Avatar qui semble en être la clé. Il doit-être comparé puis expliqué.

De Niro - The MissionRodrigo Mendoza, qu’incarne Robert De Niro dans « The Mission », est sans doute le personnage le plus proche de celui de Jake Sully dans « Avatar ». Rodrigo Mendoza, esclavagiste sanguinaire trouve la rédemption en suivant Frère Gabriel chez les Guaranis. Il trouvera la mort alors qu’il organise la résistance de la mission du prêtre pour protéger les Guaranis contre les soldats portugais venus appliquer des accords territoriaux signés en Europe.
Rodrigo Mendoza, le conquistador devenu protecteur, est l’Avatar de Rodrigo Mendoza, le conquistador. Le fait que Jake Sully soit marines n’est pas anodin.
L’avatar est-il un chemin de rédemption ?

John Dunbar, le lieutenant confédéré de « Danse avec les loups », campé par Kevin Costner, est un autre « avatar ». De militaire d’une armée expansionniste (encore un marines), il devient indien peau-rouge acculé à prendre les armes pour la survie de la tribu.
John Dunbar, l’indien peau-rouge est devenu l’Avatar de John Dunbar, le lieutenant confédéré. L’avatar est-il un pont inachevé entre deux cultures ?

Dans une histoire dont les ressorts sont bien différents, Tarzan, de retour à la « civilisation » sous le nom de Comte de Greystoke, est aussi un « avatar » venu de la jungle et du monde sauvage.
L’avatar est-il une autre nature cachée en soi-même ?

Dans « Little Big Man », Jack Crabb, joué par Dustin Hoffman, enfant yankee élevé par les Cheyennes, ne trouvera ni sa place chez les « blancs » ni chez les « peaux-rouges ».
Little Big Man est-il l’Avatar de Jake Crabb ou Jack Crabb est-il l’Avatar de Little Big Man ?
Un avatar se trouve-t-il uniquement d’un seul côté du miroir ?

Dans « Gladiator », Maximus Decimus Meridius (Russel Crowe), grand général romain ne mettra à bas le pouvoir ubuesque de l’empereur Commode qu’après avoir perdu son ami et empereur Marc Aurèle, sa femme et son fils puis en devenant esclave et gladiateur.
Le gladiateur qu’est devenu Decimus Meridius est devenu l’Avatar du grand général romain Maximus.
Un Avatar doit-il toujours être le terme alternatif d’une confrontation ?

On se rend compte qu’avec ce film, avatar est un mot en passe de prendre un nouveau sens. Car ce film, au scénario soi-disant simpliste, est assez puissant pour modifier aussi le sens d’un mot.

Avatar n’est plus seulement une autre incarnation d’un même être ou l’état transformé de quelqu’un ou de quelque chose, mais un personnage qui au terme d’une croisade est parvenu à transformer sa condition ET celle des autres. Avatar désignera désormais un être qui s’est révélé par sa propre métamorphose, après abandon de tout ou partie de lui-même.

Ainsi on peut dire que Zorro, libérateur des campesinos, est l’avatar de Don Diego de la Vega, noble falot confortablement installé dans son hacienda.
Que Robin des Bois, hors-la-loi au grand cœur, défenseur des pauvres et des opprimés, est l’avatar du noble déchu de la Forêt de Sherwood, Robin de Loxley.
Que Batman, protecteur de Gotham City, est l’avatar de Bruce Wayne, riche industriel et philanthrope.

S’est-on bien posé la question de savoir pourquoi le « héros transformiste » avait tant d’impact sur l’imaginaire collectif ?
Et a-t-on remarqué que leurs talents particuliers (ou super pouvoirs) ne suffisent jamais à en faire des héros et que les scénaristes prennent toujours soin de construire une histoire où leurs personnages sont amenés à transgresser une barrière sociale ?

Trêve de références aux œuvres de fiction. Les « héros transformistes » se retrouvent aussi dans l’histoire réelle :
Certains ont parcouru un chemin de gloire, mais la plupart, au contraire, a descendu l’échelle sociale pour secourir les miséreux, mais tous bénéficient d’une aura toute particulière parce qu’ils ont - ou sont censés avoir - sacrifié une partie d’eux-mêmes.

Depuis les origines, le panthéon religieux est le lieu où ces personnages font florès.

Moïse s’exclura des fastes de la cour de Pharaon pour conduire le peuple juif en Terre Promise.
Jésus, enfant d’une famille miséreuse, mais fils de Dieu (c’est ce qu’on dit), se verra promettre le royaume des cieux à l’humanité toute entière.
Les saints chrétiens les plus adulés sont souvent d’anciens seigneurs ayant choisi l’ascèse et la charité.
NB : On remarquera que dans cette échelle méritocratique, les postulants de pauvre origine, tout aussi ascètes et charitables, ont forcément moins de chances d’accéder la sanctification glorieuse puisqu’ils n’auront rien sacrifié. Décidément « les premiers seront les derniers » tient plutôt de l’enfumage… Passons.
Siddhārtha, jeune prince quitte sa vie privilégiée pour une ascèse totale avant de devenir Bouddha.

Plus proche de nous :
Gandhi, avocat ayant fait ses études de droit en Angleterre, a su mettre en pratique avec succès le satyagraha, résistance à l'oppression par la désobéissance civile de masse, et l'ahimsa, la totale non-violence.
Albert Schweitzer, Martin Luther King, Steve Biko, le Dalaï Lama et Aung San Suu Kyi s’en sont inspirés dans leurs luttes respectives.
Ce n’est pas un hasard si Gandhi appliqua pour la première fois ses méthodes en Afrique du Sud pour les droits civiques.
Pourtant Mandela, avocat et noir en Afrique du Sud, en viendra à prôner la lutte armée contre l’Apartheid après des années de non violence. Il adhère à l'éthique et philosophie humaniste africaine d'Ubuntu qui enseigne « qu'un individu est un individu à cause des autres individus » (proverbe zoulou)
Sœur Emmanuelle, quitta le confort et la bonne fortune de sa famille bruxelloise pour se dévouer auprès des pauvres d’entre les pauvres, en Egypte particulièrement.

Contestables ou contestés certains parviennent à ce statut :

Ernesto Guevara issu d'une famille bourgeoise et jeune étudiant en médecine deviendra le Che, révolutionnaire et exégète de la théorie marxiste.
(Sans établir aucun lien, aucun, avec le personnage précédent), on peut aussi se demander à quel point Ben Laden, richissime seigneur du monde islamique, n’est pas devenu un avatar pour les quelques milliers de musulmans égarés qui soutiennent sa cause intégriste, intolérante et agressive.
Si Obama, premier noir américain élu à la magistrature suprême de l’état le plus puissant du monde, bénéficie d’une telle aura n’est-ce pas parce que son histoire en fait un avatar.
(Espérons que son aura ne ternira pas trop vite : Il vient de cautionner le coup d’état anti-démocratique de Juin 2009 au Honduras fomenté par les agissements experts de la CIA.)

Un être providentiel ? Où ça ?

La figure de l’Avatar préexiste donc à l’épopée du film de James Cameron, mais cette fois-ci elle y est réactualisée d’une façon toute particulière.
Que nous dit-il ?

Que le libérateur, qui berce notre imaginaire depuis toujours, ne viendra pas.
Pour nous le faire comprendre, il met en scène un libérateur qui se charge, avec notre assentiment, de bouter l’espèce humaine hors du Paradis - Pandora.
Et pour ne laisser aucune équivoque, James Cameron ajoute que si, à tout hasard, un être providentiel paraît, celui là s’échappera à la première occasion de son enveloppe humaine tant sa propre race le dégoute, - pour mieux se projeter dans le monde de son avatar.

Dans le génial « 2001 : L'Odyssée de l'espace » de Stanley Kubrick, si HAL, le super ordinateur, a pu penser un instant, en tant qu’avatar de l’espèce humaine, qu’il était seul digne d’aller au devant de « l’infini », Dave Bowman, l’astronaute survivant, reprend la main in extremis sauvant l’honneur de l’humanité.
Dans le génial « Matrix », le monde entier était un avatar (au sens initial du terme) et un seul, Néo, pouvait nous en extirper. La Matrice offre une vision absolument cauchemardesque. Rien de ce qui nous entoure n’est réel, mais au moins la race humaine y est encore à sauver.

Dans Avatar, il n’y a plus rien à sauver… Le genre humain n’a plus d’issue. Sa folie meurtrière est incurable. Et s’il y a une issue, elle n’est pas sur Terre…
Plus d'espoir donc, à moins de croire en ce monde ectoplasmique que nous promettent les nouvelles technologies et la 3D.
D’ailleurs les « fans » du film ne s’y trompent pas, comme en témoignent nombre d’articles sur le sujet : Avatar – Comment éviter la dépression post-Pandora, Le film Avatar déprime ses fans, La déprime guette les cinéphiles ayant vu «Avatar»

Le message-testament d’Avatar :

L’avatar de Jake Sully se rend au mausolée où siège Eywa, l’esprit et l’âme du peuple Na’vis. Il l’implore d’agir contre l’attaque imminente et meurtrière des humains enragés. Il lui dit en substance que rien ne pourra altérer leur barbarie… Et cette barbarie, en tant qu’ancien marines, Jake ne la connaît que trop bien.
Enfin, il prononce ces mots terribles : « Ils ont tué leur mère » et dans sa bouche, leur mère, c’est la nôtre, la Terre.

Tout est dit.

Les Arches de Pandora

Quelques liens qui en parlent :

http://www.excessif.com/cinema/critique-avatar-5589872-760.html
http://www.telerama.fr/cinema/films/avatar,392349,critique.php
http://feufol.blogspot.com/2009/12/avatar-critique.html
http://borisschapira.com/avatar-2
http://www.greenzer.fr/avatar-film-ecolo-1953
http://www.news-de-stars.com/avatar/avatar-des-messages-caches_art25560.html

samedi, décembre 12 2009

La Fin du Monde

Depuis quelques temps, une sensation étrange, un peu désagréable, s’installe dans mon quotidien sous forme de petits indices. Un peu à la façon de ces films d’épouvantes qui amorcent la sensation de peur en pointant l’anormalité de situations anodines qui passent inaperçues au commun des mortels, sauf, bien sûr, au personnage central.

Cela a commencé le 26 Novembre dernier. 8h20, sur France Inter. Nicolas Demorand interviewe Jean-Hervé Lorenzi (Pt du Cercle des économistes, Pr à Paris-Dauphine) et Jean-Paul Fitoussi (Pt de l'OFCE, Pr à Science-Po).
Il s’agissait de commenter les déclarations récentes de Dominique Strauss-Khan (Dir du FMI).
En substance : La crise n’est pas finie, « 50% des actifs pourris des banques sont encore dans les placards », dixit Demorand traduisant DSK : « Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. »
Bien que l’Itw ait duré ¼ d’heure, ces deux là n’avaient pas de réponse : 50% des actifs pourris des banques ?, On ne sait pas.
OK. DSK nous fait une estimation à la louche sur une perspective apocalyptique… et les économistes n’ont aucun commentaire plus élaboré que de douter, tergiverser... sur 2000 Milliards de dollards "égarés".

JHL : Ce que dit DSK est juste. Il est évident qu’il y a encore une large partie du bilan des banques qui pose problème. Sur le chiffre de 50%, j’ai quelques doutes. Au début de la crise, le chiffre qui est évoqué est de 40 milliards de dollars. 2 ans après, on en est à 100 fois plus : 4000 milliards de dollars. Ceci illustre le fait qu’on n’est pas très au clair sur la réalité du problème. Il existe. Il y a une large partie des bilans bancaires qui sont encore en difficulté. Mais de là à dire que la moitié des bilans pose problème, que 2000 Milliards de dollars restent en difficulté, là je pense que DSK doit donner un chiffre, mais son chiffre est en réalité vraisemblablement un peu excessif.
JPF : C’est l’obscurité qui règne. On ne peut pas dire que la clarté ait été faite sur ce problème. Les chiffres vont et viennent. Ils montent et descendent. Ca donne le tournis… On ne sait pas. C’est ce qu’il y a peut-être de plus grave… Alors que le contribuable est appelé à la rescousse.

Leur aveu d’ignorance en dit long sur la déliquescence du système financier.

Mais, le plus alarmant c’est que ces deux là n’ont d’autre discours que celui de la consternation révoltée déjà entendu dès le début déclaré de la crise financière, il y a plus d’un an. Comme si rien n’avait avancé :



« Lorsque le contribuable est appelé à la rescousse, la moindre des choses pour la démocratie est d’assurer la transparence ».
« Il s’agit de la socialisation des pertes des banques alors même que les bénéfices restent privatisés. »
« Les gouvernements ont agi dans l’urgence et ils n’ont pas mis de conditionnalité suffisante à leur sauvetage du système bancaire »
« Les profits qui sont distribués actuellement sont des profits fictifs puisque qu’ils ont été subventionnés par les contribuables »
« …l’idée qui a prévalu partout, …/…, c’est l’idée que, au fond, nous étions en train de sortir doucement et sûrement de cette crise. Cette idée est pour partie fausse. »
« Le G20 lui-même ne pouvait pas être légitime s’il n’annonçait pas qu’il était en train de résoudre le problème. Donc, si vous voulez, c’est une sorte d’auto légitimation de son rôle. »
« Le discours des gouvernements a été manipulé. Les gouvernements ont cette impression qu’ils ont été manipulés. »
« Nous insistons sur la difficulté qu’il y a aujourd’hui à mesurer la richesse. Quelle est la richesse des banques ? Comment peut-on mesurer cette richesse ? Alors que les marchés dysfonctionnent tous les jours et que c’est eux qui sont censés donner de la valeur aux actifs possédés par les banques, aux créances détenues par les banques, etc… »
« Il faut bien voir qu’on marchait sur la tête. On avait un secteur financier dont la mission était d’assurer le financement de l’économie, …/… qui prélevait 40% des profits de l’économie ! On marchait sur la tête ! »

On nous parle doctement de voleurs et de menteurs, de ceux qui nous dirigent et de ceux qui ont escroqué tout le monde. Rien que de désormais très habituel : une série de lieux communs qui en temps normal serait une plateforme suffisante à entraîner une véritable révolte… en temps normal.
Un seul trait du commentaire pousse un peu l’angle d’analyse :

« La crise économique va contribuer à détériorer encore davantage le bilan des banques en faisant naitre de nouvelles créances douteuses sur les entreprises qui sont proches de la faillite …/… Donc on n’est pas sorti de l’auberge »

J’avais achoppé la veille sur les déclarations de DSK. Mais j’avais mis ça sur le compte de la prudence et aussi de sa volonté de vouloir se donner de l’importance.
Mais une de ses paroles n’a pas été (ou peu) commentée :

« …une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier ! »

Même si son itw dans le Figaro, « Il faut revoir notre modèle de croissance » est tournée vers un changement de paradigme de la foire aux paris capitalistes, la simple assertion d’une possibilité de rechute :

« Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. »

en dit long sur les déclarations effrontément optimistes de certains commentateurs.

Et puis, le lendemain, tombe la faillite annoncée de Dubaï.
Recul des bourses.
Quelques articles sur le mode tranquillisant : « C’est comme si on annonçait une faillite de banque à Monaco… », entend-on. Ou bien « L'incident de Dubaï ne doit pas être exagéré » - Le Figaro - .
Et puis d’autres, alarmés sur le mode « Dubaï. Qui sera le prochain ? ». On parle de la Hongrie, de l’Ukraine ou encore de la Grèce : « Dubai, la deuxième vague de la crise financière », avec pour sous-titre :

« Si Abu Dhabi vole au secours du petit émirat bling-bling au bord de la faillite, est-ce que l'Europe, en l'occurrence Paris et Berlin, voleraient au secours d'Athènes? ».

Et puis on se souvient des appels à l’aide des pays de la zone orientale de l’Europe, au printemps dernier. Personne n’en parle plus…
La grippe A est passée par là (comme par hasard) :
Le FMI, fossoyeur de l'Europe ?

« Les prêts accordés à la Lettonie, à la Serbie et à la Hongrie ont tous été accompagnés de mesures drastiques en termes de réductions des dépenses publiques et du déficit budgétaire, allant parfois jusqu’à la baisse du salaire des fonctionnaires. Voilà comment on ajoute de la crise à la crise en comprimant encore un peu plus une demande déjà insuffisante ! Voilà comment on transforme de manière accélérée une crise économique en crise sociale et en crise politique. »

Ou encore Le FMI, vampire de l’Europe

Les premières interventions du FMI en Europe, suite à la crise financière, ne s’annoncèrent guère mieux (qu’en Afrique).
Ses interventions en Lettonie s’étaient soldées par des émeutes et le renversement du gouvernement. Son aide à la Hongrie s’était vue adossée à un certain nombre de conditions de réductions du déficit budgétaire : Réduction du secteur public, Gel des salaires, Suspension du 13° mois , Réduction des retraites
Le Cas de l’Ukraine est édifiant : Litvine, président du parlement, dénonce des « conditions inacceptables » : Relève progressive de l’âge de la mise à la retraite, Hausse des tarifs du logement, « Réduction de certaines subventions sociales », « hausse du prix du gaz de production nationale »

Et on se remémore aussi les chiffres astronomiques :
FMI : l’écrasante charge du sauvetage des banques

Combien coûte le sauvetage des banques ? Les infatigables analystes du FMI nous donnent la réponse : entre la recapitalisation, les liquidités avancées, les rachats d’actifs et les garanties (qui n’ont dans la plupart des cas pas encore - pour le moment - été utilisées), les USA ont mobilisé 79% de leur PIB, la Belgique 30%, la France 19%, et l’Irlande...263%. Les besoins de financement immédiats s’élèvent à 8,8% du PIB au Canada, 6,6% aux USA, 15,8% en Norvège, 5,5% en Autriche, 4,7% en Belgique et 20% au Royaume Uni. Conclusion ? Le sauvetage de la finance est en train de ruiner les Etats. - 28 avril 2009.

La Grippe A nous a décidemment bien endormi.
Le même jour, une amie m’alerte en m’adressant le rapport étrange de la Société Généralecelle-ci met en garde ses clients contre l’Apocalypse financière.

Le niveau de la dette paraît tout à fait insoutenable à long terme. Nous avons pratiquement atteint un point de non retour en ce qui concerne la dette publique», précise le rapport de 68 pages.
…/… Le problème de la dette sous-jacente est plus important qu’il n’était après la seconde Guerre Mondiale, alors que les taux nominaux étaient similaires. Sauf que cette fois-ci, les gouvernements seront pris à la gorge, le vieillissement de la population rendant plus difficile qu’auparavant l’effacement de cette dette avec la croissance. Les pays émergents ne seraient pas non plus épargnés, même si leur marge de manœuvre sera plus importante qu’au sein des grandes économies occidentales.
Parmi les pires scénarios envisagés, le rapport évoque une nouvelle chute des marchés, une inflation galopante ainsi qu’une forte chute du dollar…

Désormais, les thèses apocalyptiques ne sont plus réservées à la littérature « subversive » des sites tenants de théories du complot en tout genre, mais relayées in extenso par un des acteurs majeurs du « jeu de monopoly » international.

En parlant de jeu de monopoly, un nouvel indice me réveille ce samedi 28 Novembre.
« Rue des entrepreneurs », émission socio économique de France Inter (9h – 9h45).
Le thème du jour : La nouvelle couleur de l’argent. C’est Jean-François Noubel - Chercheur en intelligence, sagesse et conscience collectives (ISCC), Président- fondateur de TheTransitioner.org, qui parle :

L’effet Parito, quand on joue au monopoly, tout le monde démarre à égalité des chances et vous voyez que très vite qu’un déséquilibre entre les joueurs commence à s’installer. Et puis vous allez voir par la suite que ce déséquilibre va s’amplifier et que plus on a d’argent plus on peut investir, plus on peut investir plus on en gagne, plus on en gagne plus on peut investir et ainsi de suite. Et puis a contrario, moins vous en avez, hé bien, plus vous devez en payer aux autres, et donc moins vous en avez. Donc moins on a de monnaie, moins on en a, et plus on en a, plus on en gagne.
Le système a atteint un déséquilibre tel qu’on ne peut pas revenir en arrière. C'est-à-dire la monnaie se condense dans les mains de quelques uns jusqu’à ce qu’elle se condense totalement dans les mains d’un seul.
Qui est gagnant ? La banque ? Mais en fait le monopoly est un jeu de mise à mort collective. Y compris la banque. Parce que vous avez tous les sous sur votre compte mais vous n’avez plus de partenaires économiques parce qu’ils sont tous économiquement morts. Donc en fait, vous êtes vous aussi économiquement mort sauf si vous décidez de changer les règles et de réinjecter de la monnaie…/…
Vous voyez avec ce phénomène de condensation, le monopoly est un jeu qui nous montre de manière très simplifiée certes, mais véridique, vers quoi se dirigent les systèmes monétaires que nous avons aujourd’hui dans nos sociétés… Si la monnaie se condense en un endroit, si elle s’accumule en un seul endroit, hé bien, on doit se poser la question comment faire pour qu’elle ne désertifie pas les autres endroits de façon à ce que les gens puissent continuer à faire leurs échanges.

Tout cela parle de l’impasse. La grande impasse dans laquelle nous sommes entrés.

Un peu plus tôt dans mon demi-sommeil, mon radio réveil s’est mis en marche.
Dans ma chambre, Stéphane Paoli sur France Inter pose une question à Luc Boltansky (« De la critique - précis de sociologie de l’émancipation » - Gallimard) en citant un essai « Short story of progress » - (La fin du progrès) de Ronald Wright parlant de suicide écologique et sociologique.

« Comment les sociétés humaines, ou du moins leurs élites, peuvent être aveugles et irrationnelles, mues par leur seul gain à très court termes alors même qu’elles voient surgir les ferments d’effondrements économiques et de dévastations écologiques qui les emporteront ? »
Réponse : « La raison est très simple, systémique c'est-à-dire qu’elle est très liée à ce qu’est devenu le capitalisme et à la façon dont le management est devenu la science maitresse d’aujourd’hui beaucoup plus que l’économie à organiser le capitalisme : chacun, y compris d’ailleurs à des niveaux très élevés, a le sentiment de ne jamais pouvoir agir vraiment parce qu’il ne fait que réagir à la contrainte des autres. …/… (Contrainte des autres et mise en concurrence). Dans un univers de ce genre, effectivement, la possibilité d’aller à la catastrophe sans que personne ne l’ait voulu est assez grande. »

Et Stéphane Paoli de se tourner vers Bernard Stiegler (« L'avenir du passé : modernité de l'archéologie » - La Découverte).

Une question que tous les français se posent, que le monde entier se pose : Nous savons qu’il n’est pas possible de continuer comme ça. Ores rien ne se produit, et que se passe-t-il ? Il se passe qu’il y a une lutte qui se joue en ce moment. Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas d’alternative…

Et Bernard Stiegler d’opposer le Temps Carbone - hydrocarbures, métallurgie, autoroutes et médias concentriques -, système qui vient de s’écrouler en 2008, au Temps Lumière où les gens et les objets communiquent à la vitesse de la lumière…
Mais ce happy end en devenir me laissa frustré et marneux sous mes draps. Par trop intello, par trop éloigné encore. Inaccessible.

« Rue des entrepreneurs » a commencé. Jean-François Noubel et son monopoly m’accompagnent dans ma grasse matinée. L’ombre de la fin des temps paraît plus concrète, plus accessible.
Satisfaction paradoxale. Comme s’il était plus satisfaisant de sombrer lucide que de se retourner les neurones à suivre des pistes transcendantales.
Peut-être cela viendra-t-il, mais pour le moment, c’est Bernard Lietaer, Économiste, Spécialiste des monnaies, Ancien directeur de la Banque Centrale de Belgique qui répond à Dominique Dambert :

« Il y a eu 96 crises bancaires au cours de ces 25 dernières années. Quand vous avez quelqu’un qui fait 96 accidents en 25 ans peut-être qu’il faut commencer à voir autre chose que de dire qu’il a de la malchance.
Laissez moi donner une métaphore : je vous donne une voiture, cette voiture n’a pas de frein, et le volant ne marche pas de temps en temps, et je vous envoie traverser les Alpes. Hé bien, vous allez avoir un accident et après je vous dis : oh ! Vous êtes très mauvais conducteur, ou bien : mon dieu ! Mon dieu ! Vous avez d’anciennes cartes routières qui ne sont pas à jour et c’est pour ça que vous faites des accidents. Personne n’ose parler de la voiture.
La voiture, c’est notre monnaie. …/… Cette idée d’un système, parce qu’il est plus efficace, - avoir un monopole est plus efficace que d’avoir un système de monnaies multiples - crée une instabilité systémique qui est prévisible, qui est répétable exactement comme dans un écosystème : quand vous avez une monoculture si vous avez le moindre petit changement de climat ou changement de conditions, vous risquez de perdre tout votre écosystème.
Voilà le danger que nous courons. Nous avons poussé trop loin l’efficacité au détriment de la résilience et la résilience demande, exige de la diversité. »

Chacun y va de son exégèse, poussant son credo censé revisité l’artéfact déclencheur de la vague dévastatrice.

Les fléaux annoncés (et révolus pour ceux qui ont déjà été sacrifiés), tels les exodes massifs de populations pauvres et affamées, les tables rondes – bien rondes – statuant sur la vertigineuse pénurie des denrées alimentaires sur la planète et les hécatombes qui s’en suivent méritent un même assaut de colère froide.
Des articles comme celui-là truffent les médias :

Les chiffres de la faim explosent tous les six mois. 1 milliard de personnes souffrent de la faim en 2009 : combien en faudra-t-il pour que la faim devienne enfin une priorité mondiale?
815 millions en 2002. 854 millions en 2006. 925 millions en 2007. Le cap historique du milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi en 2009… soit un sixième de la population mondiale. 22/06/09

Alors qu’il se dit qu’une petite fraction des sommes mobilisées pour sauver notre système bancaire aurait suffit à résoudre durablement le problème de la misère. Mais quand on leur parle de faire le bien, nos décideurs semblent entendre faire le « confort »… pour eux-mêmes et, par strict intérêt, pour leurs chers électeurs.

Plus tard, chez Ruquier, « On n’est pas couché », Jacques Weber parle rapidement de l’état du monde, d’un cri qui s’élève « non pas contre la Droite ou contre la Gauche mais contre l’insolence de l’injustice ».
Me revient l’expression maladroite de Patrick Sébastien, une semaine avant, annonçant son incursion dans l’action citoyenne. Un parti humaniste, ou quelque chose comme ça… Bien vite brocardé par les gardiens du temple politique, ceux qui s’arrogent le droit (évidemment nous les avons élus - hélas) de contrôler l’expression citoyenne. Insupportable bronca contre un homme, à l’évidence de bonne volonté, effaré par le risque d’une ultra violence à venir.

Rien n’avance. Personne ne paraît vouloir que quelque chose de bien arrive. Les énergies s’annulent. Le mal est plus fort que le bien.
Obama, le dernier vol de colombe depuis longtemps - et peut-être d’ici longtemps -, s’enfonce dans les sondages. On le critique, on le blâme de ne pas réussir. Certains s’en amusent. Mais sa défaite serait – sera - la nôtre.
Michael Moore dans un geste désespéré va réclamer l’argent des contribuables au pied des buildings financiers. « Capitalism », dont je n’ai vu que la bande annonce, paraît être un baroud d’honneur pour les lucides impuissants qui auront encore quelques moyens pour se payer une place de ciné. La lucidité, ce mol oreiller.

Mais il y a pire que cette lucidité à laquelle je m’exerce moi-même !
« 2012 », ce film qui fait un carton grâce à une ficelle qui ne se rompra jamais : il joue avec nos peurs.
Mais avons-nous vu qu’il nous promet une Fin du Monde à laquelle nous ne pouvons échapper ?
Une Fin du Monde parfaite puisque nous n’en serons pas responsables.
Avons-nous vu que le sous-texte de ce film va à contre courant de tous les scénarii censés forcer notre remise en question ?
Dérèglement climatique, effondrement économique, guerre planétaire, apocalypse nucléaire… Quoi qu’il arrive, la terre se dérobera sous nos pieds, que nous soyions vertueux ou pas. Alors à quoi bon ? Ce film est un énorme « à quoi bon » ?
Il nous exonère de la culpabilité à laquelle les empêcheurs de polluer, jouir, massacrer, opprimer, s’enrichir en rond nous condamnent. Ces empêcheurs ! Une bande d’emmerdeurs, nouveaux intégristes de la vertu universelle, croisés d’une évolution durable pleine de contrainte, moines soldats pourfendeurs du bien-être moderne et égotique, parents terribles tenants de tous les interdits, oppresseurs des enfants gâtés voués à la destruction de leurs jouets innombrables et forcément rachetés à l’infini.
Avec « 2012 », on peut se débarrasser une fois pour toute de cette culpabilisation, du genre judéo chrétien, que les « citoyens de la terre » reproduisent par la force des choses.
A quoi bon vouloir repousser ces Grandes Pestes que sont la menace climatique, les pollutions, les désordres du monde, l’effondrement du système financier.
« 2012 » fait un carton parce qu’il permet d’échapper au choix cornélien entre la Grande Peste et l’ascèse contraignante.
La Fin du Monde cataclysmique plutôt que d’avoir à choisir ! Voilà une solution intéressante.
Ainsi, à la sortie du cinéma, les populations cinéphiliques et « civilisées » choisiraient de ne rien faire… Et d’attendre la Fin du Monde.



Et si avant la Fin du Monde, il y avait une dernière étape avant le gouffre ?
Et si les « citoyens de la terre », militants pour un renouveau humaniste et écologique apparaissaient, aux yeux de ces populations égoïstes, comme les redresseurs de tort du moyen-âge. Et si les alternatifs écolos, à force d’incantations, devenaient les inquisiteurs ombrageux de la fin des âges.
Et si grâce à « 2012 » et d’autres œuvres testamentaires du même acabit, l’humanité décidait de vider ses flacons de pilules sédatives pour sombrer, bienheureuse, dans un coma définitif.
Alors tout sursaut deviendra impossible.

Un dernier indice, trouvé presque par hasard sur la Toile. D’une délicieuse lucidité dont on ne sait goûter du sucré ou de l’amer :

"Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n'est pas par des abus, des vices ou des crimes qui sont de tous temps…/….
Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir. Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme qui n'est que la contrefaçon malsaine d'une croissance, ce gaspillage qui fait croire à l'existence de richesses qu'on n'a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d'en haut, cette atmosphère d'inertie et de panique, d'autoritarisme et d'anarchie, ces réaffirmations pompeuses d'un grand passé au milieu de l'actuelle médiocrité et du présent en désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages." Marguerite Yourcenar - Sous bénéfice d'inventaire – 1958 - Au sujet de la Décadence romaine