Tout d’abord, bonne et heureuse année à tous. Bonheur, santé, réussite…
Après les réjouissances de Noël et du Jour de l’An, les réunions familiales et les fêtes entre amis, les sorties au spectacle ou au cinéma, l’année 2010 commence. Reprise du boulot (pour ceux qui en ont) dans la froidure que nous « offre » ce mois de Janvier.
Mais heureusement nous avons tous fait réserve de joyeux instants, de grandes résolutions et d’évocations de vie rêvée.
Alors, pour nous y aider, en ces temps incertains, il est bon de se rasséréner l’esprit autour de sujets réputés plus légers.
J’ai été voir le film Avatar. 
Le premier réflexe auquel on peut légitimement s’attendre au sortir d’un tel film est de raconter l’émerveillement qu’il provoque.
Mais avant, voilà un rappel des chiffres pour que l’on se rende bien compte de l’importance du phénomène.
Trois semaines après sa sortie (16 Décembre en France et 18 Décembre aux USA), Avatar a engrangé plus de 1,1 milliard de $ à travers le monde.
En France, on approche les 8 millions d’entrées (7 774 123 au 5/01/10). On peut extrapoler ce chiffre au niveau mondial et estimer qu’on tourne autour des 100 millions de spectateurs, surtout depuis sa sortie en Chine. 14,4 millions de $ en 3 jours ; 5,3 millions $ le jour de sa sortie. Un record.
En France, et selon les derniers chiffres publiés par 20th Century Fox, le film a engrangé 90,2 millions de $. En Russie, 62,4 millions ; en Allemagne, 62,9 millions ; en Grande-Bretagne, 58,1 millions ; en Espagne, 51,8 millions ; en Australie, 50,2 millions ; et au Japon, 42,8 millions.
Mais que cette mise en perspective chiffrée n’assèche pas l’émerveillement. Au contraire, pensons qu’il a été partagé par des millions de personnes. Et que son charme s’est effectivement diffusé dans leurs esprits.

Que de belles images ! Une forêt luxuriante, des indigènes séduisant(e)s, des animaux beaux de leur sauvagerie, des végétaux dignes des fantasmes d’Eden, des lumières telles que seuls les rêves pouvaient nous les suggérer et de la magie à portée de nature. Des îles-rochers flottantes dans les airs comme dans les tableaux de Magritte, une végétation phosphorescente, des petites anémones lumineuses dérivant au gré des sortilèges de la forêt, et des arbres-maisons à l’enracinement aussi puissant que majestueuse est leur frondaison gigantesque.
Toutes ces merveilles nous entourent grâce à la 3D. Comme des enfants nous sommes saisis par le vertige, nous chevauchons les grands oiseaux, nous sautons de branches en branches, et même, il nous prend de vouloir nous rouler dans la mousse confortable des sous-bois.
C’est beau, et bien insensible serait celui qui se refuserait à ce spectacle.
Les critiques sont unanimes… sur le plan technique et suggestion visuelle.
Mais le chœur de louanges s’éteint quand il s’agit du scénario.
Comme par exemple sur lebuzz.info :
" Passée la première surprise et l’émerveillement du 3-D, il ne reste pas grand-chose. Le scénario est d’un vide intersidéral total. Certes, James Cameron y aborde des sujets graves, comme la destruction d’une race, d’une culture et d’un écosystème pour des raisons bassement capitalistes, mais ce n’est pas comme si c’était une nouveauté "
Mais le scénario d’Avatar est-il si vide que ça ?
L’histoire raconte effectivement la tentative de destruction d’une race, d’une culture et d’un écosystème pour des raisons bassement capitalistes. Et comme le disent les critiques, on sait dès le début que la production nous a réservé un Happy End Hollywoodien.
Les moyens de ses objectifs :
A l’occasion de l’avènement d’une nouvelle technologie 3D, on aurait pu nous infliger (on n’était pas non plus obligés d’aller le voir) un énième film à grand spectacle où des méchants extraterrestres, figurant l’objet de la paranoïa du moment, viennent du fin fond de la galaxie pour coloniser notre planète chérie, évidemment défendue par des représentants du grand peuple américain.
James Cameron, du haut de ses glorieux antécédents, aurait pu s’en tenir à un gros blockbuster au succès garanti par une promotion à l’arme lourde.
Mais avec Avatar, sans se départir de la grosse machinerie des grosses productions US, il a choisi d’engager son énergie et ses millions de $ pour proposer au grand public une fresque éco-militante qui met en scène, certes de façon transposée, les histoires terribles qui ont meurtri et meurtriront encore trop de peuples sur Terre.
A moins d’être le dernier des bétonneurs shooté à l’asphalte, on peut légitimement se réjouir de ce choix.
Une fois cette décision prise, reste à faire le job.
Pour raconter ce genre d’histoire, le cinéma dispose d’une très large palette de procédés : Documentaire, film historique, histoire d’amour sur fond de malaise sociétal, comédie dramatique focalisée sur un groupe situé au cœur du conflit, film d’action avec un héros résistant dans un théâtre guerrier….
Mais peut-on croire, par exemple, qu’un documentaire clinique sur « le pragmatisme cynique des puissants » aura un pouvoir de dénonciation plus efficace qu’un grand blockbuster ?
Non, les spectateurs « civilisés » et nantis des pays industrialisés n’iront pas en nombre voir un film sur l’acculturation des aborigènes d’Australie, sur la fin du peuple Nénets aux confins polaires de la Sibérie, les brutalités du régime indonésien contre les Papous, la disparition des Aïnous perdus dans les neiges du Nord Japon, la mort lente des indiens d’Amazonie, les massacres des Guaranis par les portugais ou des Incas par les conquistadors, ou les guerres sanglantes qui ont réduit le peuple amérindien.
Ores, avec Avatar, James Cameron contourne la difficulté.
Il surligne suffisamment bien les analogies avec ces tragédies humaines (des arcs et des flèches contre des canons) pour que chacun y lise comme au travers d’une eau claire. Que vous soyiez américains, européens, russes, australiens ou japonais, les Na’vis (Peuple du film Avatar) vous rappellerons forcément un de ces peuples disparus ou en voie de l’être. Ainsi Avatar, embrasse d’une certaine façon tous les documentaires et autres comédies dramatiques qui ont pu et pourront être tournés sur le sujet.
De plus, Cameron nous présente ces victimes indigènes sous une apparence séduisante, des êtres beaux et puissants qui n’ont rien à voir avec les aborigènes culs-terreux, les amérindiens sanguinaires, les papous préhistoriques ou les Nénets inutiles telles qu’hélas, certains spectateurs peuvent encore se les représenter. Dans Avatar, les a priori sont jetés à bas, le funeste ressort raciste est broyé par l’esthétique même des personnages. En nous amenant à regarder cette aventure avec des yeux d’enfants, le transfert d’affect spectateur-personnages fonctionne à plein et, grâce à ses artifices, Avatar devient une allégorie universelle.
En fait, l’esthétique du film est une composante première du scénario. Elle permet au spectateur de se placer dans la situation empathique qui lui fait trop souvent défaut quand il s’agit de s’affranchir de ses a priori culturels, de ses appartenances communautaires et, disons-le, de son racisme ordinaire.
L’esthétique du film, donc, est à la fois l’argument d’accroche mais aussi un vecteur essentiel pour la portée du scénario.

A ce propos, beaucoup de critiques semblent confondre profondeur du discours avec complexité du scénario, comme si pour être estimable une histoire devait être compliquée.
Imaginons un instant que James Cameron ait piqué cette féérie vidéographique de personnages ambigus, d’un héros aux sentiments contradictoires, de méchants scrupuleux, d’une tribu traitresse, etc… Pour le coup, on aurait eu droit à des critiques du genre : « Le réalisateur se perd dans la jungle de Pandora », ou, « Sombrant dans le « film à message », James Cameron gâche sa performance technique », « Les profils psychologiques en 3D aplatissent le charme d’un conte qui n’en demandait pas tant », etc…
De l'influence des histoires qu'on nous raconte (et que nous plébiscitons) sur notre propre psychologie...
Les scénarii tortueux ne sont-ils pas trop souvent élaborés en prenant soin de ne pas trop nous éloigner du monde dans lequel on baigne. Pour faire sérieux, plausible, vrai, proche de la réalité, doit-on toujours nous faire croire que la normalité des rapports humains consiste uniquement en des confusions d'intérêts, des calculs cyniques à force de pragmatisme et autres perversions ?
Il n'est plus possible de raconter une belle histoire avec simplicité, sans qu'il s’en trouve toujours pour gloser sur « les bons sentiments », « le roman à l’eau de rose », « la sensiblerie », comme si c’était un crime d’envisager la vie AUSSI dans sa simplicité (Cinema Paradisio, Dialogue avec mon jardinier, etc…).
On assiste au même phénomène qui interdit aux films comiques de recevoir un Oscar ou d'être primés à Cannes.
Du fiel, du fiel !! Voilà l'estampille nécessaire pour faire cultureux.
Alors effectivement les esprits tordus, frileux dès qu'il s'agit de "lâcher prise", ne peuvent supporter la candeur et sont, en définitive, effrayés par la fraîcheur de l’univers de Pandora.

Plus qu’un scénario, une œuvre militante :
L’intention militante du film est claire même pour les critiques revêches. Même lorsqu’ils jouent la fine bouche, la liste des films dont ils associent le scénario à celui d’Avatar montre bien que le message est explicite : « Au fond, le réalisateur nous livre ici un FernGully avec la prétention d’un The Mission et des envies de Bury My Heart at Wounded Knee. »
Ailleurs, sont cités aussi « Princesse Mononoké » et « Danse avec les loups ».
Qui se souvient des « ''Aventures de Zak et Crysta dans la forêt de FernGully'' » (film d’animation de 1992) ou de « ''Enterre mon coeur à Wounded Knee'' » (téléfilm US de 2007) et de son succès d’estime auprès des cinéphiles ? L’impact d’Avatar sera à coup sûr plus profond – ne serait-ce que par son succès en salles.
S’il s’agissait pour Avatar d’être un film destiné uniquement à faire des entrées (ce billet n’aurait pas lieu d’être), on pourrait effectivement pousser des comparaisons tout azimut. Mais il est clair qu’Avatar a des ambitions militantes.
Et comme toute action militante, on se doit de la juger aussi sur son pouvoir « d’évangélisation ».
Car enfin, mettre sur pied un scénario suffisamment allégorique pour révéler un argumentaire politique n’est pas affaire facile.
Par exemple, dans le film « Troie », les grecs mettent à sac une cité florissante. Mais en voyant ce film, sommes-nous scandalisés, de façon générale, contre les puissants assoiffés d’encore plus de pouvoir ?
Non, seuls les grecs sont les méchants et seul Achille semble pouvoir les racheter (sans y parvenir).
Parmi les films qui ont réussi à dénoncer des menées inhumaines de « l’intérêt supérieur » et de son rouleau compresseur qu’il met en branle en toute impunité, on peut citer « The Mission » et « Danse avec les loups ». Sur le thème de l’être humain devenu étranger à la nature « Princesse Mononoké » fit aussi son œuvre.
D’autres films, au détour de leur scénario, nous laissent le goût amer de l’injustice qui sous-tend la marche inexorable de la « civilisation » comme « Little Big Man » ou « Greystoke ».
Mais aucun n’avait associé simultanément la mort, par acte de barbarie, d’une civilisation ET celle de son écosystème.
L’actualité nous en parle pourtant tous les jours : la montée des eaux qui anéantira les Maldives, la fonte du permafrost qui embourbe les peuples de la toundra, la fonte des banquises qui réduit le territoire des Inuits, l’acidification des mers qui asphyxie le plancton et verra la fin de sociétés entières de pêcheurs, etc…
Mais quel film – puisque les films ont désormais un impact culturel plus fort que les livres -, quel film saura nous dire le lien entre ces tragédies éco-humaines et l’implacable marche de la société moderne ?
Al Gore, Yann Arthus-Bertrand et Luc Besson, Nicolas Hulot nous le disent sur le mode de la démonstration objective et scientifique, mais le front de ce combat militant doit encore s’élargir.
James Cameron va au devant de cette nécessité en faisant entrer cette conscience de la catastrophe annoncée dans le champ de l’imaginaire collectif.
Il va plus loin encore en instillant la notion de conflit ouvert et direct. En le mettant en scène, l’ennemi est enfin à découvert…
Il a osé désigner l’ennemi. Celui que l’on voit en premier : les forces de la finance internationale et le lobby des vendeurs d’armes.
Ce n’est pourtant pas un scoop, mais grâce à Avatar, voilà c’est fait ; c’est entré dans l’imaginaire de millions de personnes (puisque les films ont un impact culturel plus fort que les livres).
Simpliste ? Manichéen ? Sans doute.
Mais qui est simpliste et manichéen ?
En leur temps, les crimes des conquistadors étaient-ils motivés par autre chose qu’une SIMPLE volonté d’expansion ?
L’anéantissement des tribus amérindiennes a-t-il été mené pour d’autres raisons que l’annexion de nouvelles terres ?
L’impérialisme colonial est-il autre chose que la recherche de nouvelles ressources ?
Il ne suffit souvent que de quelques décennies de recul pour que l’analyse de conflits, aux tenants soi-disant complexes, se résume à une vérité aussi univoque que cruelle.
Pourquoi veut-on que les victimes de l’hégémonisme des puissants s’encombrent de réflexions « circonvolutives » quand les choses sont si simples pour leur oppresseur.
Un magnat de la finance ne se demande pas le matin en arrivant au boulot quel est son objectif. Sa question est : « comment l’atteindre ? » ; « Aujourd’hui on organise la baisse des denrées alimentaires à la bourse de Chicago… Ca mettra à genou les producteurs et ça leur apprendra à vivre… »
Un vendeur d’armes (c’est souvent le même) ne se pose pas plus de question : « Encore une petite série d’attentats et ce sera 200 containers de matériel de défense de mieux ! »
Simpliste ? Manichéen ? Pourtant, il est un fait acquis que les montagnes de dollars investies dans les guerres récentes auraient suffi à régler le problème de la faim dans le monde et que ces investissements auraient été plus rentables (mais peut-être pas pour les mêmes) que ceux qui ont consisté à détruire des villes entières pour ensuite – comble du cynisme - faire payer les victimes pour les reconstruire.
Simpliste ? Manichéen ? L’instinct de révolte est là ; et en allant droit au but, Avatar l’a mis en scène.
Les gens bien pensants diront qu’un tel manichéisme ouvre la voie à tous les excès, à la désobéissance civile et, même, à l’éco-terrorisme. Il faudra leur demander de quels excès ils parlent ou, plus exactement, lesquels leur semblent les plus convenables ?
Le pessimisme de James Cameron. 
Le Happy End, la performance technologique et la beauté des images distraient forcément du sentiment de révolte que peut provoquer la lecture circonstanciée du scénario. Mais serions-nous si nombreux à en supporter la signification tout en adhérant au film ?
Paradoxalement, les grands yeux des Na’vis et la beauté magique de Pandora nous éloignent, le temps de la séance, du pessimisme qui inspire le film.
Les précédents films de James Cameron, Terminator, Abyss et T2 - le jugement dernier, se concluaient déjà sur des avertissements alarmistes mais pour ceux qui se donneront la peine de le décrypter, celui que nous laisse Avatar nous jette au pied du mur.
En substance : Les forces du Mal sont plus puissantes que jamais, et plus elles se renforcent, plus elles deviennent autistes et avides. Nous avons à faire à une hydre insensible et irraisonnable. Et la résistance armée ne suffira plus. Il faut changer. Que tout le monde change… D’où le titre : Avatar.
Car le plus angoissant est que c’est bien à une Hydre que nous avons à faire. Une chose tentaculaire et informe dont on ne peut même pas dire qu’elle a une volonté cohérente.
Que semble nous dire James Cameron ?
Dans cette Hydre, on met bien volontiers les forces de la finance internationale et les vendeurs d’armes, mais n’est-elle pas plus terrible encore ? Pourquoi n’arrive-t-on pas à la circonscrire ? Une fois qu’on a accusé « l’homme au gros cigare » pourquoi est-il si difficile de lui régler son compte ? Au bout de ce questionnement n’y a-t-il pas une réponse bien plus dérangeante ?
Le constat de James Cameron est sans appel, violent même.
Il a osé désigner l’ennemi… Celui qui se cache au regard et qui se dévoile à mesure que l’on pénètre Pandora : L’hydre, l’espèce humaine.
La vérité est tellement refoulée qu’elle a peine à se révéler à nos yeux, même quand elle nous explose en 3D à la gueule.
La mort de la maman de Bambi nous a fait haïr les chasseurs. Cruella (Les 101 Dalmatiens) nous aura dégoûtés des marchands de fourrure. Tout petits nous avons toujours su reconnaître « les méchants », mais dès lors qu’il faut nous désigner nous-mêmes, tout grands que nous sommes, … c’est le blocage.
Et même si, en première lecture, on se nourrit du conflit basique entre colons humains et Na’vis (bon vieux réflexe conditionné), quitte à se sentir éco-warrior dans l’âme, James Cameron nous propose une seconde lecture : l’Avatar.
L’Avatar :
Cette métempsychose réversible mise à profit dans le film est un artifice scénaristique qui fait sens.
L’Avatar, ce corps de substitution qui permet à Jake Sully, marines paraplégique de son état, de prendre l’apparence des Na’vis, peut être effectivement vu comme un moyen de jouer la « 5ème colonne » sur Pandora. Jake Sully est alors un vulgaire « infiltré » chez les Na’vis. Et comme on pouvait s’y attendre, l’espion dans la place choisit son camp et passe à l’ennemi.
L’affaire est entendue mais pourtant Avatar n’a pas le goût d’un film d’espionnage. Rien à voir, même.
Tout ça prend une autre résonnance. Une autre épaisseur.
Et c’est le terme même d’Avatar qui semble en être la clé. Il doit-être comparé puis expliqué.
Rodrigo Mendoza, qu’incarne Robert De Niro dans « The Mission », est sans doute le personnage le plus proche de celui de Jake Sully dans « Avatar ». Rodrigo Mendoza, esclavagiste sanguinaire trouve la rédemption en suivant Frère Gabriel chez les Guaranis. Il trouvera la mort alors qu’il organise la résistance de la mission du prêtre pour protéger les Guaranis contre les soldats portugais venus appliquer des accords territoriaux signés en Europe.
Rodrigo Mendoza, le conquistador devenu protecteur, est l’Avatar de Rodrigo Mendoza, le conquistador. Le fait que Jake Sully soit marines n’est pas anodin.
L’avatar est-il un chemin de rédemption ?
John Dunbar, le lieutenant confédéré de « Danse avec les loups », campé par Kevin Costner, est un autre « avatar ». De militaire d’une armée expansionniste (encore un marines), il devient indien peau-rouge acculé à prendre les armes pour la survie de la tribu.
John Dunbar, l’indien peau-rouge est devenu l’Avatar de John Dunbar, le lieutenant confédéré.
L’avatar est-il un pont inachevé entre deux cultures ?
Dans une histoire dont les ressorts sont bien différents, Tarzan, de retour à la « civilisation » sous le nom de Comte de Greystoke, est aussi un « avatar » venu de la jungle et du monde sauvage.
L’avatar est-il une autre nature cachée en soi-même ?
Dans « Little Big Man », Jack Crabb, joué par Dustin Hoffman, enfant yankee élevé par les Cheyennes, ne trouvera ni sa place chez les « blancs » ni chez les « peaux-rouges ».
Little Big Man est-il l’Avatar de Jake Crabb ou Jack Crabb est-il l’Avatar de Little Big Man ?
Un avatar se trouve-t-il uniquement d’un seul côté du miroir ?
Dans « Gladiator », Maximus Decimus Meridius (Russel Crowe), grand général romain ne mettra à bas le pouvoir ubuesque de l’empereur Commode qu’après avoir perdu son ami et empereur Marc Aurèle, sa femme et son fils puis en devenant esclave et gladiateur.
Le gladiateur qu’est devenu Decimus Meridius est devenu l’Avatar du grand général romain Maximus.
Un Avatar doit-il toujours être le terme alternatif d’une confrontation ?
On se rend compte qu’avec ce film, avatar est un mot en passe de prendre un nouveau sens. Car ce film, au scénario soi-disant simpliste, est assez puissant pour modifier aussi le sens d’un mot.
Avatar n’est plus seulement une autre incarnation d’un même être ou l’état transformé de quelqu’un ou de quelque chose, mais un personnage qui au terme d’une croisade est parvenu à transformer sa condition ET celle des autres. Avatar désignera désormais un être qui s’est révélé par sa propre métamorphose, après abandon de tout ou partie de lui-même.
Ainsi on peut dire que Zorro, libérateur des campesinos, est l’avatar de Don Diego de la Vega, noble falot confortablement installé dans son hacienda.
Que Robin des Bois, hors-la-loi au grand cœur, défenseur des pauvres et des opprimés, est l’avatar du noble déchu de la Forêt de Sherwood, Robin de Loxley.
Que Batman, protecteur de Gotham City, est l’avatar de Bruce Wayne, riche industriel et philanthrope.
S’est-on bien posé la question de savoir pourquoi le « héros transformiste » avait tant d’impact sur l’imaginaire collectif ?
Et a-t-on remarqué que leurs talents particuliers (ou super pouvoirs) ne suffisent jamais à en faire des héros et que les scénaristes prennent toujours soin de construire une histoire où leurs personnages sont amenés à transgresser une barrière sociale ?
Trêve de références aux œuvres de fiction. Les « héros transformistes » se retrouvent aussi dans l’histoire réelle :
Certains ont parcouru un chemin de gloire, mais la plupart, au contraire, a descendu l’échelle sociale pour secourir les miséreux, mais tous bénéficient d’une aura toute particulière parce qu’ils ont - ou sont censés avoir - sacrifié une partie d’eux-mêmes.
Depuis les origines, le panthéon religieux est le lieu où ces personnages font florès.
Moïse s’exclura des fastes de la cour de Pharaon pour conduire le peuple juif en Terre Promise.
Jésus, enfant d’une famille miséreuse, mais fils de Dieu (c’est ce qu’on dit), se verra promettre le royaume des cieux à l’humanité toute entière.
Les saints chrétiens les plus adulés sont souvent d’anciens seigneurs ayant choisi l’ascèse et la charité.
NB : On remarquera que dans cette échelle méritocratique, les postulants de pauvre origine, tout aussi ascètes et charitables, ont forcément moins de chances d’accéder la sanctification glorieuse puisqu’ils n’auront rien sacrifié. Décidément « les premiers seront les derniers » tient plutôt de l’enfumage… Passons.
Siddhārtha, jeune prince quitte sa vie privilégiée pour une ascèse totale avant de devenir Bouddha.
Plus proche de nous :
Gandhi, avocat ayant fait ses études de droit en Angleterre, a su mettre en pratique avec succès le satyagraha, résistance à l'oppression par la désobéissance civile de masse, et l'ahimsa, la totale non-violence.
Albert Schweitzer, Martin Luther King, Steve Biko, le Dalaï Lama et Aung San Suu Kyi s’en sont inspirés dans leurs luttes respectives.
Ce n’est pas un hasard si Gandhi appliqua pour la première fois ses méthodes en Afrique du Sud pour les droits civiques.
Pourtant Mandela, avocat et noir en Afrique du Sud, en viendra à prôner la lutte armée contre l’Apartheid après des années de non violence. Il adhère à l'éthique et philosophie humaniste africaine d'Ubuntu qui enseigne « qu'un individu est un individu à cause des autres individus » (proverbe zoulou)
Sœur Emmanuelle, quitta le confort et la bonne fortune de sa famille bruxelloise pour se dévouer auprès des pauvres d’entre les pauvres, en Egypte particulièrement.
Contestables ou contestés certains parviennent à ce statut :
Ernesto Guevara issu d'une famille bourgeoise et jeune étudiant en médecine deviendra le Che, révolutionnaire et exégète de la théorie marxiste.
(Sans établir aucun lien, aucun, avec le personnage précédent), on peut aussi se demander à quel point Ben Laden, richissime seigneur du monde islamique, n’est pas devenu un avatar pour les quelques milliers de musulmans égarés qui soutiennent sa cause intégriste, intolérante et agressive.
Si Obama, premier noir américain élu à la magistrature suprême de l’état le plus puissant du monde, bénéficie d’une telle aura n’est-ce pas parce que son histoire en fait un avatar.
(Espérons que son aura ne ternira pas trop vite : Il vient de cautionner le coup d’état anti-démocratique de Juin 2009 au Honduras fomenté par les agissements experts de la CIA.)
Un être providentiel ? Où ça ?
La figure de l’Avatar préexiste donc à l’épopée du film de James Cameron, mais cette fois-ci elle y est réactualisée d’une façon toute particulière.
Que nous dit-il ?
Que le libérateur, qui berce notre imaginaire depuis toujours, ne viendra pas.
Pour nous le faire comprendre, il met en scène un libérateur qui se charge, avec notre assentiment, de bouter l’espèce humaine hors du Paradis - Pandora.
Et pour ne laisser aucune équivoque, James Cameron ajoute que si, à tout hasard, un être providentiel paraît, celui là s’échappera à la première occasion de son enveloppe humaine tant sa propre race le dégoute, - pour mieux se projeter dans le monde de son avatar.
Dans le génial « 2001 : L'Odyssée de l'espace » de Stanley Kubrick, si HAL, le super ordinateur, a pu penser un instant, en tant qu’avatar de l’espèce humaine, qu’il était seul digne d’aller au devant de « l’infini », Dave Bowman, l’astronaute survivant, reprend la main in extremis sauvant l’honneur de l’humanité.
Dans le génial « Matrix », le monde entier était un avatar (au sens initial du terme) et un seul, Néo, pouvait nous en extirper. La Matrice offre une vision absolument cauchemardesque. Rien de ce qui nous entoure n’est réel, mais au moins la race humaine y est encore à sauver.
Dans Avatar, il n’y a plus rien à sauver… Le genre humain n’a plus d’issue. Sa folie meurtrière est incurable.
Et s’il y a une issue, elle n’est pas sur Terre…
Plus d'espoir donc, à moins de croire en ce monde ectoplasmique que nous promettent les nouvelles technologies et la 3D.
D’ailleurs les « fans » du film ne s’y trompent pas, comme en témoignent nombre d’articles sur le sujet : Avatar – Comment éviter la dépression post-Pandora, Le film Avatar déprime ses fans, La déprime guette les cinéphiles ayant vu «Avatar»
Le message-testament d’Avatar :
L’avatar de Jake Sully se rend au mausolée où siège Eywa, l’esprit et l’âme du peuple Na’vis. Il l’implore d’agir contre l’attaque imminente et meurtrière des humains enragés. Il lui dit en substance que rien ne pourra altérer leur barbarie… Et cette barbarie, en tant qu’ancien marines, Jake ne la connaît que trop bien.
Enfin, il prononce ces mots terribles : « Ils ont tué leur mère » et dans sa bouche, leur mère, c’est la nôtre, la Terre.
Tout est dit.

Quelques liens qui en parlent :
http://www.excessif.com/cinema/critique-avatar-5589872-760.html
http://www.telerama.fr/cinema/films/avatar,392349,critique.php
http://feufol.blogspot.com/2009/12/avatar-critique.html
http://borisschapira.com/avatar-2
http://www.greenzer.fr/avatar-film-ecolo-1953
http://www.news-de-stars.com/avatar/avatar-des-messages-caches_art25560.html