Ces derniers jours, un courriel « viral » tourne à nouveau sur la toile. Son titre : « C'est la meilleure ! De là-bas dit ! »
Encore un de ces courriels mâtinés de xénophobie comme il y en a tant. Et comme dans certaines saillies du Front National, on y trouve hélas l’écho d’un malaise dont on ne sait pas toujours s’il fait partie de son propre côté sombre ou si effectivement quelques éléments rationnels le confortent.
Dans ce courriel, il s’agit d’une affaire qui s’est déroulée cet été, dans une ville de la Banlieue Est d’Alger. Une affaire d’intégration.
Paradoxalement, alors que ce courriel est censé justifier, aux yeux de ceux qui le diffusent, leur ressentiment raciste, j’y vois une occasion de prendre du recul et de constater que les réflexes xénophobes sont de tout temps et de toutes les cultures.
Alors, en ces temps de débat (artificiel) sur l’Identité Nationale Française, l’illustration que je vous soumets ici peut aider à relativiser, dépassionner votre propre cheminement sur le sujet.
Une bataille rangée entre algériens et chinois à Bab Ezzouar.
Article du El Watan du 4 Aout 2009 - http://www.elwatan.com/Une-rixe-violente-au-Chinatown-de
Des Chinois passent à tabac un habitant du quartier
Une rixe violente au « Chinatown » de Bab Ezzouar
La cité Boushaki de Bab Ezzouar (Alger) s’est transformée en un champ de bataille, opposant habitants du quartier, Chinois contre Algériens, hier vers midi. Un drame a été évité de justesse.Un homme, Abdelkrim Lassaoudi, âgé de 35 ans, tabassé par les Chinois, a frôlé la mort. Il a été transféré en urgence vers l’hôpital Zemirli d’El Harrach. Il n’a eu la vie sauve que grâce à l’intervention des habitants du quartier qui l’ont soustrait aux Asiatiques. Les raisons de cette bataille rangée entre habitants de la même cité est partie d’une altercation entre un Algérien et un Chinois. « Quelques minutes plus tard, ce dernier est allé chercher des renforts. Il est revenu avec une cinquante de ses compatriotes armés de barres de fer et de bâtons pour passer à tabac un autre habitant, qu’ils ont confondu avec le premier », racontent les témoins oculaires rencontrés sur les lieux. Le jeune homme s’est réfugié dans un magasin, mais les Chinois l’ont poursuivi jusqu’à l’intérieur.
« Ils voulaient vraiment le tuer, ajoute un jeune du quartier, heureusement que les propriétaires du magasin ont eu la force de les repousser, sinon ils l’auraient éliminé. » Les éléments de la police judiciaire, sitôt alertés, sont arrivés sur place pour disperser tout le monde tout en promettant d’ouvrir une enquête pour déterminer les raisons de cette violence. Cependant, les habitants ne décolèrent pas et menacent de venger leur voisin. « Si les autorités locales n’agissent pas pour mettre un terme au diktat des Chinois dans ce quartier, nous allons brûler leurs magasins ainsi que leurs demeures dans les prochains jours », lance un jeune du quartier, tandis qu’un autre demande tout simplement « que soit effacé le quartier des Chinois qui sont venus nous coloniser ».
La cité Boushaki n’en est pourtant pas à son premier incident. Des bagarres ont souvent éclaté dans ce quartier depuis l’arrivée des Chinois. La cohabitation semble avoir mis le feu aux poudres. Les locataires dénoncent « les habitudes étrangères à la société algérienne des Chinois, à qui ils reprochent une conduite contraire aux mœurs locales ». Il faut dire que cette cité est devenue un vrai Chinatown ; les habitants de Bab Ezzouar l’appellent « le quartier chinois ». Des magasins y sont érigés, « souvent de manière clandestine. Ils louent la plupart des villas où ils font travailler des jeunes au noir ».
Les habitants se demandent pourquoi les autorités locales laissent faire. D’un ton soupçonneux, ils se demandent même s’ils ne s’adonnent pas « au trafic et à la contrefaçon ». Plusieurs fois, le maire de Bab Ezzouar, affirment les riverains, a été sollicité pour « trouver une solution à notre calvaire, mais nos doléances sont restées lettre morte ». Ils demandent que les services de sécurité enquêtent sur « l’organisation souterraine des Chinois dans la cité » avant que la situation ne devienne incontrôlable. - Par Hacen Ouali »
Le 11 Août, Libération relatait l’événement : http://www.liberation.fr/monde/0101584631-les-chinois-un-casse-tete-algerien
Après un rapport plus précis des faits, la journaliste reporter explique la situation et retranscrit quelques commentaires :
Les Chinois, un casse-tête algérien
Immigration. Des rixes entre commerçants asiatiques et locaux ont fait dix blessés près d’Alger.
Par RYMA ACHOURA - ALGER, correspondance« L’arrivée des Chinois date de ces trois dernières années. Venus pour travailler sur les grands chantiers de BTP, ils se sont installés ici et ont ouvert des commerces de textiles bon marché. Aujourd’hui, ils seraient près de 200 dans la cité, et ne s’embarrassent pas beaucoup des traditions locales, selon leurs voisins algériens. «Ils ne respectent pas notre religion, ils jouent aux cartes dehors jusqu’à deux ou trois heures du matin en buvant de l’alcool. Eux et leurs femmes portent de plus en plus des tenues dénudées, et nous, qui sommes très pratiquants et qui habitons juste en face, nous ne pouvons même plus ouvrir les fenêtres qui donnent sur leurs appartements», raconte un habitant du quartier.
«Humiliés». Pour beaucoup, les affrontements de la semaine passée sont l’incident de trop. «Ici, c’est devenu le quartier chinois, d’ailleurs tout le monde l’appelle comme ça. Ils ont profité de notre bonté pour s’installer et maintenant ils veulent prendre tout le quartier. Ici, c’est un endroit respectable, les gens sont pratiquants, nous ne voulons pas de gens qui ne respectent pas notre religion. Nous sommes d’accord pour qu’ils restent en Algérie, mais qu’ils aillent dans un autre endroit», s’emporte un commerçant. «Nous n’avons rien contre le fait qu’ils travaillent ici, mais nous voulons qu’ils respectent nos lois, ou alors qu’ils vivent isolés, pas avec la société algérienne car, là, nous avons été humiliés», renchérit un autre. »
El Watan consacre, le 6 Août, un nouvel article sur l’encadrement policier qui s’en est suivi mais aussi sur les éléments du débat qui s’amorce - http://www.elwatan.com/Heurts-entre-Algeriens-et-Chinois :
«…/… Depuis, le « quartier chinois » s’est installé dans une zone de tension. Les raisons de ces affrontements restent à déterminer, une enquête de la police judiciaire est en cours.
Certains habitants vont jusqu’à exiger le départ des Chinois du quartier, évoquant « l’impossible cohabitation entre Algériens et Chinois après ce qui s’est passé lundi ». Mais tous les riverains ne sont pas forcément de cet avis. L’un d’entre eux n’a pas hésité à faire porter le chapeau de ce qui s’est passé à un commerçant algérien. Il assure que « ceux qui sont à l’origine de cette violence ne sont pas les Chinois, il s’agit d’un commerçant algérien qui avait provoqué un Chinois devant son domicile et ensuite ça a tourné au vinaigre ». « Depuis que les Chinois se sont installés dans la cité, nous n’avons jamais eu de problèmes avec eux, bien au contraire, grâce à eux la cité et tout Bab Ezzouar a connu un essor commercial », ajoute-t-il. Un autre habitant, qui a l’habitude de travailler avec les Asiatiques, abonde dans le même sens et affirme que ces derniers « respectent les mœurs des habitants du quartier et ils sont d’une conduite exemplaire, contrairement à ce qu’on raconte ».
Et d’ajouter : « C’est grâce à la présence des Chinois que beaucoup de gens d’ici ont pu construire leurs logements et monter des commerces. » En somme, les versions diffèrent et divergent, mais tous sollicitent l’intervention des pouvoirs publics pour faire régner la loi …/… - Par Hacen Ouali »
On le voit ; ça tergiverse… Comme en France sur le même genre de problèmes.
Preuve édifiante : cet échange trouvé dans les pages de commentaires de ce second article du Watan :
1- Le 9.08.2009 à 21h52
IL N’Y A PAS D’INVASION CHINOISE.
PEUPLE TU AS LA MEMOIRE COURTE. SOUVIENS TOI DE TON HISTOIRE.« Je crois que le peuple algérien à la mémoire courte pour ne pas dire très courte. Alors je vais la lui rafraîchir.
Certains osent parler d’invasion chinoise ; mais de quoi est faite votre histoire ? Un rapide coup d’œil : - Les Phéniciens avec leurs comptoirs entre -1250 avant JC et -145 avant JC - L’état de Numidie -250 avant JC -25 avant JC - La période romaine -25 avant JC à 430 - La domination Vandale 430 à 533 - La domination de Byzance 534 à 647 - Islamisation de l’Algérie de 647 à 776 - Dynasties musulmanes, berbères, arabes de 776 à 1556 - Présence espagnole au XVIème siècle - Période Ottomane 1515 – 1830 - Colonisation française 1830 – 1962.
Oui, beaucoup de présence étrangère sur votre sol, mais cherchez les chinois, ils ne sont pas présents. Alors ne parlons pas d’invasion mais de coopération entre nos deux pays, chaque Etat y trouvant « son compte ».Par contre, les relations d’amitié entre l’Algérie et la Chine remontent aux années 1950 où la Chine a soutenu l’Algérie dans sa guerre de libération contre la colonisation. Après la fondation du gouvernement provisoire algérien en septembre 1958, la Chine était le 1er pays, hors le monde arabe, à reconnaître ce gouvernement. En avril 1963, juste après l’indépendance, la Chine a envoyé une mission médicale, la première du genre en Afrique ; depuis plus de 2800 médecins ont sillonné le pays renforçant l’amitié entre les deux pays. En mai 2003, lors du séisme de magnitude 6.8 qui a frappé le nord de l’Algérie, la Chine était présente pour vous aider dans cette épreuve. Enfin, si nous regardons les chiffres de l’Ambassade de Chine à Alger, les visas d’entrées en Chine accordés aux Algériens atteignaient plus de 14 000 en 2007 et ils sont en constante augmentation.
Au quotidien, oui, les chinois souffrent de constantes agressions verbales et physiques de la part de citoyens algériens. Certes, ces agressions sont le fait de jeunes désœuvrés, mais pour en avoir été témoin et victime, je puis affirmer que, par exemple, le vol à l’arraché est une spécialité de certains jeunes maghrébins, on ne peut le nier. Il est plus facile de dévaliser l’étranger, qu’il soit chinois ou autre, que de se chercher une activité légale… !
Alors, à qui profite le crime ? Il serait dommage de monter deux communautés l’une contre l’autre au profit d’une troisième…. Alors essayons entre gens civilisés de nous comprendre de ne pas nous jeter des anathèmes et essayons de vivre dans un semblant d’harmonie si les uns et les autres ne veulent pas faire mieux.
Mais surtout que raison soit gardée de part et d’autre des deux communautés, et ne jetons pas aux orties plus de 50 ans d’amitié entre l’Algérie et la Chine.
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2- Réponse : IL N’Y A PAS D’INVASION CHINOISE.
Vous faite preuve d’une naïveté, qui doit bien faire rire les chinetoques, vous pouvez philosopher des heures et des heures, sur la soi-disant amitié sino-algérienne, mais il n’empêche que les relations entre états, ne sont régis que par les rapports de force et les intérêts de chacun.
Et en tant que nationaux (il n’y a pas de citoyens en Algérie) algériens, nous n’avons aucun intérêt, à avoir des quartiers de bandits, sournois, qui sont loin de l’image des travailleurs acharnés, respectueux de la loi (la preuve...), mais au contraire des magouilleurs mafieux, qui n’ont que du mépris aussi bien pour la loi que pour les autochtones, qu’ils méprisent comme personne.
La présence de ces commerçants, qui ne produisent rien, mais ne font qu’importer de chez eux, n’apporte aucun bénéfice au pays ; bien au contraire, ils sont en train de redessiner le schéma colonial, qui a fait de nous, aujourd’hui encore, de simple consommateurs qui ne produisent rien.
Et si vous avez la naïveté de croire que ces gens vous veulent du bien, comprenez, qu’il n’y a pas plus racistes et plus xénophobes que les chinois, et que les millions de paysans affamés de l’ouest du pays, il faut bien les caser quelque part, et les stratèges chinois ont logiquement porté leur choix vers l’Afrique, seul continent diriger par des couillons. Et pour finir, je vous laisse méditer cette citation du philosophe chinois, maitre dans l’art de la guerre, qu’est Sun Tsu : "Pour battre ton ennemi, il faut d’abord le soutenir pour qu’il relâche sa vigilance ; pour prendre, il faut d’abord donner." Donc trêve de naïveté. »
Tout ça laisse rêveur, Non ?
La comparaison (que vous imaginez) est tentante. Mais je suis sûr que l’exercice émoussera plus qu’il n’exacerbera les instincts xénophobes qui hantent la conscience de beaucoup (trop), …parce qu’on est toujours l’étranger de quelqu’un.