L’émission de Jeudi sur France 2, « A vous de juger », fait le buzz partout dans les médias.
Le lapin posé par Vincent Peillon à Arlette Chabot, et par conséquent à Eric Besson, en est bien sûr la raison principale. Les motifs avancés par l’eurodéputé socialiste y sont largement exposés ainsi que la réaction de la journaliste.
La contestation de Vincent Peillon se fonde sur deux arguments :
Dans un premier temps, le soir de l’émission sur son blog, il campe sur un argumentaire politique :
« Parce que tout mon engagement politique et citoyen est fondé d’abord sur les valeurs de la République, de la raison et de l’antifascisme, j’ai décidé de ne pas participer au débat d’indignité nationale organisée ce soir sur France 2 et d’attirer solennellement l’attention de mes compatriotes sur les graves dérives que subit notre démocratie …/… Pour habiller le tout, on m’a demandé, en tant que responsable socialiste, de venir cautionner cet exercice d’abaissement national en voulant bien jouer les idiots utiles en deuxième partie de soirée. Et, comme on pouvait s’y attendre, on s’est déjà d’ailleurs copieusement servi de ma présence annoncée pour adresser une fin de non recevoir à des journalistes de France Télévision qui, pourtant avec raison, avaient demandé la déprogrammation de ce débat. »
Puis le lendemain, sur France Info, il insiste sur la perversion (supposée ;-)) du média :
« Je voulais que les consciences s’éveillent. Le grand spectacle était organisé par Madame Chabot pour faire de l’audimat. J’ouvre un débat sur les missions du service public de l'audiovisuel. Je veux que les gens s’en saisissent. Est-ce que le débat de cette rentrée, c’est l’identité nationale, est-ce qu’il faut en débattre avec Eric Besson et Marine Le Pen. Ce débat lancé par Eric Besson ne méritait pas d’être relayé sur une chaîne de service public. Il fallait que ce soit dit »(Verbatim relevé dans un article de Marianne2)
Cet épisode en dit long sur le dialogue de sourd qui s’instaure en France à l’occasion du débat sur l’identité nationale.
D’un côté, on a les tenants de ce débat qui font mine de ne toujours pas comprendre la maladresse initiale que fut la création d’un « ministère de l’identité nationale et de l’immigration ». Si c’était absolument nécessaire pour l’élu de 2007, n’était-il pas plus judicieux de l’appeler « ministère de l’intégration et de l’immigration ».
Et de l’autre, ceux qui se refusent à constater qu’il y a effectivement quelques « petites choses » à mettre au point dans la façon dont l’intégration s’opère dans le pays.
D’un côté, ceux qui trouvent intérêt à monter des composantes de la population les unes contre les autres, comme on remue le couteau dans la plaie – quitte à l’élargir.
De l’autre, ceux qui font mine de ne pas voir qu’un certain nombre de citoyens subissent l’épanchement de cette plaie, et préfèrent la recouvrir d’un voile pudique.
Les deux attitudes sont dommageables.
L’une met en exergue le malaise sans y apporter de solution ; bien au contraire. L’autre s’exerce à le nier avec entêtement.
Face à ces deux autismes, pour le coup la prestation de Marine Le Pen, pendant l’émission, fut la moins crispante.
Calée dans ses postures aux relents xénophobes, elle avait au moins le mérite de vouloir parler de faits concrets : les écoles de Grigny et ses 1400 élèves sans papiers, les chiffres de l’immigration qui n’évoluent pas, la rue Myrrha bloquée pour la prière du Vendredi, l’introduction de « façons » musulmanes dans la vie publique, la discrimination positive à l’embauche sur la base de l’appartenance ethnique, etc...
Que ces faits méritent qu’on s’alarme ou pas, il n’en est pas moins vrai qu’ils alimentent l’inquiétude des français ? A quoi sert de refuser d’en débattre ? Ils sont mis sur la table par le FN.
(Cet article du Post.fr s’exerce à séparer le bon grain de l’ivraie entre les arguments des deux débateurs.)
Mais comme d’habitude ce que le FN dit doit être refusé en bloc quitte à nier les quelques vérités qu’il avance parfois. Un autisme de plus.
Mais Mr Besson et ses alter egos socialistes ne sont pas sans savoir que ces faits, avérés ou pas, font aussi l’objet de nombreux échanges via les boites de messagerie des internautes.
Qui n’a pas reçu par voie de courriel des vidéos ou diaporamas faisant leur miel d’affaires comme le bannissement du porc dans les cantines ou l’affectation d’horaires spécifiques dans les piscines municipales pour femmes musulmanes.
Ces diffusions virales via internet ne cessent de s’amplifier. S’amalgament ainsi, dans un même faisceau, des informations vérifiables mais présentées de façon tendancieuses, des vidéos de pure raillerie (comme cette vidéo d’une boite de gays musulmans qui est, en fait, une vidéo d’un rituel remixé sur fond de musique Dancefloor) et de sinistres témoignages de la barbarie intégriste (comme la lapidation d’une jeune fille achevée à coup de parpaings par une troupe de barbus - Coeur sensible s'abstenir de cliquer).
Mr Besson, et les autres, savent ce qui se passe sur internet et connaissent la confusion que cela provoque dans les esprits.
Lancer ce débat sur l’identité nationale fut une erreur. Elle est maintenant consommée.
Il a abouti à la stigmatisation des musulmans de France.
En hommes politiques responsables, tous se doivent d’assumer maintenant cette dérive et de l’affronter sans fausse pudeur.
Le sujet est grave. Il en va désormais de la cohésion nationale.
Malgré cela, pour ne pas se désavouer, les agitateurs gouvernementaux et les « angélistes » d’en face continuent de nier ce qui est devenu plus qu’un malaise. Le racisme ordinaire s’épanche sans retenue et sans discernement.
Il n’y a rien de pire que le désarroi d’un malade à qui l’on dit qu’il ne l’est pas.
Pire que le non dit, pire que le silence, les politiques opposent un déni aux français qui se sentent de ce fait incompris, comme s’ils étaient pris au piège.
Quoi de plus propice pour amplifier encore cette impression de complot islamiste – puisque c’est de cela qu’il s’agit.
Cessons de ne pas dire les mots.
Les français « souchiens » ( : de souche, dans le langage des banlieues) ET les français musulmans ont tout intérêt à ce que l’abcès soit percé.
Le débat sur l’identité nationale n’était pas souhaitable. Paradoxalement, aujourd’hui, c’est un débat sur l’Islam en France qu’il est urgent d’entreprendre. Tant que le déni sera la règle, les choses ne vont aller qu’en s’envenimant.
De temps en temps, des professeurs, des sociologues commettent un article de presse portant la contradiction à cette pression anti immigration, égrenant des statistiques démographique (vieillissement de la pyramide des âges) démontrant que la France a besoin de cette immigration si elle veut faire face à futurs défis économiques.
D’autres avancent que les aides sociales mobilisées pour cette population sont minimes par rapport à d’autres postes budgétaires comparables.
Enfin, nombres d’articles viennent épauler l’idée que la grande majorité des français musulmans, mais aussi les détenteurs de simples carte de séjour, se sont mieux intégrés que dans d’autres pays européens.
Que risquent les politiques en relayant ces questionnements ?
Au mieux, d’apaiser la population dans son ensemble en démontrant que les français musulmans sont, dans leur grande majorité, aussi sympathiques que ceux que l’on côtoie quotidiennement au boulot, aux guichets, à la sortie de l’école…
Au pire, ils afficheront leur résistance au prosélytisme islamiste qui semble, aux yeux de beaucoup, être une réelle menace pour la pérennisation de leur mode de vie, pour les traditions françaises - et toutes ces choses auxquels il est légitime de tenir sans être accusé de réactionnaire nationaliste.
Au lieu de prendre le sujet à bras le corps, les politiques, et Mrs Besson, Hortefeux et Sarkozy en particulier, préfèrent nous pondre des lois qui se voient coiffées par une autre et une autre avant que le moindre décret de la première ne soit même sorti, vu qu’elles ne correspondent à rien de ce qui se vit dans la vie réelle.
Ce week-end à Nice, Xavier Bertrand vient encore de nous pondre une intention de loi : « Une étrangère en burqa ne pourra pas être naturalisée ! ».
Encore une fois nous sommes entre deux positions extrêmes niant la réalité.
D’un côté, ceux qui s’opposent à une loi contre la burqa arguent qu’en pratique, on ne pourrait pas mettre d’amende à ces femmes dans la rue. Où ont-ils vu la difficulté de dresser un PV à quiconque ne respecterait pas une loi dans la rue ? Ca arrive tous les jours pour toute sorte de motifs. Qu’ils aient de bonnes raisons pour s’opposer à une loi contre la burqa, c’est leur droit (et le débat reste ouvert). Mais alors qu’ils utilisent des arguments de bonne foi.
Par contre, de l’autre côté, nous avons un homme politique qui se figure que ces femmes viendraient en mairie, vêtues de leur burqa, pour se voir refuser le titre de nationalité qu’elles auraient brigué après avoir franchi toutes les difficultés afférentes à une naturalisation !! Une telle déclaration relève tout simplement de la pure démagogie.
Burqa, casquettes à l’envers, voile, cagoules, couvre-feu pour les mineurs, … Comme ces professeurs en déficit d’autorité qui se voient, en fin d’année, courir après les boulettes de papier alors qu’on leur a jeté leur portable par la fenêtre.
C’est pitoyable.
Ces dossiers (burqa, casquettes, etc…) valent-ils leur pesant de remise en cause de l’ordre public ? C’est probable. Mais ceux qui les agitent ne sont pas moins responsables des troubles qu’ils jettent au milieu de la population.
Qui nous fera une étude sur la hausse des actes de délinquance après la déclaration du « Karcher » ?
Qui nous fera une étude sur l’augmentation du nombre de femmes portant la burqa depuis la médiatisation de la controverse dont cela fait l’objet ?
A provocation, provocation et demie. Nos grands intellos gouvernementaux le savent et en jouent.
Quand on a une marge de la société dont une des seules occupations est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin (jeu stupide de jeunes désœuvrés, démotivés et imbéciles), nous avons, en France, l’exceptionnelle gloire d’avoir une classe politique qui s’amuse à agiter le chiffon rouge par pur calcul politique (jeu stupide de vieux politicards, nantis et imbéciles).
Et ce, pour le plus grand plaisir des aficionados d’extrême droite, d’une part, et d’extrême islam, d’autre part.
Et tout ce petit monde semble s’accommoder très bien de ces corridas politico-sordides sur le dos des gens qui voudraient bien vivre paisiblement.
Qui nous fera une étude sur la hausse du nombre de voitures incendiées le soir du réveillon du jour de l’an ? (Le Canard Enchaîné en a ébauché une très intéressante dans un de ses derniers N°.)
Mais ne nous leurrons pas ! Tout cela est savamment orchestré.
Comme il n’y a pas plus aimés que les parents d’un enfant battu, il n’y a pas plus fidèle électeur qu’un électeur qui a peur.
Parce que les médias ne manquent pas à l’appel.
Voyez avec quelle application, ils filment le chiffon rouge. Du grand journalisme !!
Si on parlait de Julien Coupat !!? Non, on change de sujet, et puis les journalistes n’en parlent plus. Alors, c’est qu’il n’y a plus rien à voir...
Parlons quand même des journalistes.
Quelques aventuriers de la profession ont récemment risqué de lister les médias dépendant de grands groupe qui, eux-mêmes, ne sauraient rien refuser au Résident de la République. La liste est longue.
Et n’oublions pas que désormais, en sus de ses accointances avec le privé, notre cher Omnipotent s’est attribué le privilège de nommer les présidents de chaines du service public.
A quoi bon évoquer la confusion d’intérêts qui pourrait – si elle existait ! - former un nœud fort douloureux pour la conscience et le ventre de nos amis journalistes.
Vous savez « confusion d’intérêt », ce péché terrible qui aurait entraîné, sinon le suicide, au moins la démission de leur ancêtres journalistes du début du siècle dernier s’ils avaient eu le malheur d’en être seulement accusés. O Tempora, O Mores !!
Ainsi Arlette Chabot s’est défendue des accusations indignes de Vincent Peillon.
« Le grand spectacle était organisé par Madame Chabot pour faire de l’audimat. » Non !
De méchants collègues posent des questions :
« Reste à savoir pourquoi diable la Madame Loyal de ce petit cirque médiatique a-t-elle tenu à offrir ces deux heures de réhabilitation au « très très contesté », comme elle le présentait, Eric Besson ? »
« A-t-elle voulu s’attirer les faveurs du Château en organisant un « A vous de juger » en forme de sauvetage médiatique du chouchou de l'Elysée ? »
Non ! Personne ne pourra le croire.
Pourtant tout s’est parfaitement déroulé pour Eric Besson. Jusqu’au bout !
Jusqu’à la désannonce de l’émission. Emission dont le climax, rappelons-le devait être le débat avec Marine Le Pen.
Arlette désannonce donc ; le réalisateur cadre en vue plongeante, comme on le fait parfois en fin d’émission, la totalité du plateau. Agora impressionnante et cette libération du regard est attirée immanquablement par l’immense écran qui domine le public. Affiché en 10 par 15, on découvre plein écran, le titre d’un article du Monde sorti le jour même (comme par hasard) : « L’adhésion des Français aux idées du FN est en recul »

La convergence des médias. C’est une des clés d’une propagande réussie. Besson, Chabot et consorts le savent. Mais c’est certain, ils le savent chacun de leur côté, assurément.
Et puis Mme Chabot ne s’est sûrement jamais dit que si Eric B. était en deçà face à la Madame du FN, il valait mieux assurer ses arrières. Non sûrement pas.
Et bien sûr, pour ce petit monde, Mr Peillon est un mythomane paranoïaque définitif.
Mais à la fin des fins, de cette soirée à la gloire du non dit, il aura été le champion.