La Gaude Démocrate

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Bonheur vs Malheur

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi, novembre 26 2008

Fini de mesurer le bonheur... Comptons le malheur, licenciement après licenciement

C’est avec la volonté de relayer le bel ouvrage que je relaye en ligne cette carte de France des plans sociaux, licenciements, fermetures d’entreprises et chômage technique.
Sous forme de Google Map, c’est à un internaute répondant au pseudo de Latruffe que nous devons cette somme. Une somme qui, hélas, risque de ne pas décroître avant longtemps.
Mise à jour régulièrement, elle recense, depuis le 26 octobre dernier, tous les plans sociaux, suppressions d’emplois, délocalisations, fermetures définitives ou temporaires de sites, jours de chômage technique, etc…
Le ou les « auteur(s) » insiste(nt) sur le fait que cette carte n’est pas exhaustive – On aurait préféré mais y’en a encore dans les tiroirs -.
La question d’un compteur de licenciements revient régulièrement mais sa signification est battue en brêche par « Latruffe » lui-même car ne sont pas comptabilisées les créations d’emplois. Honorable souci d’éthique.
Dans les commentaires de sa Google Map, il souligne malgré tout un chiffre : le différentiel création / destruction donné par le ministère de l’emploi : Moins 30 000 emplois au cours des 2 trimestres précédents.

Afficher la carte

On peut, grâce à cette carte, se faire un peu mieux une idée du désastre. Les salariés se donner des sueurs froides ; les licenciés / les chômeurs se consoler en se disant qu’ils sont moins seuls jour après jour.
Pour me faire une idée de la portée de ce travail, je me suis appliqué à compter. Compter les licenciements, compter les emplois non remplacés, compter les emplois délocalisés, les entreprises en liquidation. Compter.

Si l’on excepte les 9000 emplois, environ, en souffrance avant fermeture des Arcelor-Mittal, et les 11 000 cette année et les 11 000 l’année prochaine de l’éducation nationale, si l’on compte le chiffre bas des fourchettes indiquées pour les plans sociaux annoncés, si l’on ne compte pas non plus les plans sociaux pas suffisamment « mûrs » pour que le site puisse donner un chiffre approchant, et sans compter les périodes (des mois parfois) de chômage partiel et si l’on considère que chaque heure apporte, via la page des commentaires, son lot de « signalements » funestes, on arrive quand même, en ce Mardi 25 Novembre au soir, à près de 18 500 emplois en cours de destruction.

A m’atteler à ce comptage, le nez sur ce monitoring morbide, je me suis vu « rond de cuir », halluciné par les chiffres puis, j’imagine, blasé par cette amoncellement quotidien au bout de quelques années de comptage. On ne le dira jamais assez, derrière chacune de ces unités, il y a une vie en équilibre, dans l’angoisse, et avec elle, souvent, une famille.

Et toutes ces vies entrent dans une calculette posée sur un bureau, après avoir été comptées par une autre calculette, un peu avant, sur le bureau d’un patron ou de sa DRH.
Encore un peu avant, une autre calculette aura compté la rentabilité, le manque à gagner. Aura pesé et aura tranché.
Pour certains, une autre calculette, d’une autre espèce, aura constaté que rien ne va plus et qu’on ne peut plus faire autrement…
Mais le résultat reste le même. Des vies basculent.

A notre époque, tout se compte. Tout se mesure. Ici, c’est pour la bonne cause. Se défendre d’une nouvelle manière. Un témoignage numérique et public, c’est toujours bon à prendre.

Compter le bonheur

Un autre jour, on a voulu nous mesurer le bonheur. Ainsi pour l’agence (et les éminents chercheurs) qui s’y sont attelés, ils ont compté. Compté quoi ? Le bonheur… ou plutôt ses symptômes. Celui qui a compté a défini ses critères et le bonheur était dans l’sac.

Ca fait aussi un moment qu’on nous mesure le comportement. Mais là, y’a de quoi faire. Puisque le comportement est compté en vue de nous vendre des choses. Le comportement devient donc tendances de consommation. On nous compte les pots de yaourt, les chaussettes, les sodas, les sacs plastiques, les fruits et légumes, les jouets, les vaisselles en plastique, les dentifrices,…

On nous compte aussi dans la rue, sur les routes, dans les gares. Dès qu’on bouge, on nous compte. On nous compte devant les caisses, les péages, les urnes. Comme on compte les marmottes quand elles sortent de leur trou d’hivernage.
En fait, on nous compte beaucoup plus souvent qu’on ne compte les marmottes. Il est vrai qu’elles n’ont pas de compte en banque.

Mais, au fait, sommes-nous comptés en proportion de notre compte en banque ? Ce n’est pas sûr. On compte bien les crânes dans les charniers… Et même ceux-là qui n’ont plus rien se retrouvent étiquetés, comptés dans une calculette.
N’avoir plus rien devrait au moins donner l’espoir de n’être plus compté, décompté. Mais rien n’y fait. Plus ça va, plus on nous compte.

Compter le malheur

Mais l’agence qui nous compte le bonheur, a-t-elle essayé de compter le malheur ? Non, sûrement pas. Peu rentable ; pas vendeur…
Parce que ce qui les intéresse dans le comptage du bonheur, c’est que, le bonheur, si on parvient à le compter, on pourra nous le facturer.
Mais le malheur… ? Le malheur, ce n’est pas intéressant. C’est même dangereux !!!
Si on arrive un jour à le compter, on pourra en demander dédommagement. Et là, rien ne va plus !!!

On connaît le cauchemar des juges autour de l’estimation des dommages et intérêts et pire encore, du préjudice moral.
Quand c’est pour affaire ça peut se mesurer. Quelques centaines, milliers d’euros pour un « licencié abusif » et quelques 45 Millions de « préjudice moral » en sus des 285 Millions de « dommages et intérêts » pour un Bernard Tapie. Facile !!!
Quand il s’agit d’erreur médicale… là encore : facile ; y’a des barèmes… parfois indexés sur la condition sociale de la victime.
En matière d’escroquerie, au-delà de 3000€, à charge pour la victime de recouvrir l’amende et les dommages décrétés par la justice. Facile, ‘suffit de se déguiser en gendarme.
Mais dès qu’il s’agit de viol, de vies, de mort, on ne compte plus.

D’ailleurs, on ne compte plus, bien avant ces extrémités.
Par exemple, combien le malheur d’un licencié et de sa famille ?
Pour le licenciement, on sait compter. On indemnise. Sur le coup, on étalonne le manque à gagner. Et puis on ventile avec une période de chômage…

Mais ensuite, qu’il y ait ou pas délocalisation (le malheur des uns fait le bonheur des autres), qu’il y ait ou pas enrichissement des actionnaires (pareil : le malheur des uns…), qu’il y ait large bénéfice sur la revente des actifs (pareil : le malheur…), le licencié n’a plus le droit au chapitre. Combien pour son malheur ? Pas l’ombre des bénéfices qui se perpétuent bien après sa contribution.

Quand il y a extinction définitive d’un marché, le soutien social tel qu’il se pratique aujourd’hui est justifié et proportionné.
Mais quand il y a déplacement de l’activité, recherche de rendement financier supérieur au rendement industriel, enrichissement induit par la cessation d’activité ou liquidation pure et simple d’actif sans réelle nécessité, il est légitime d’ouvrir le droit, droit syndical et pénal, aux salariés et ex salariés pour qu’ils puissent ester en vue de faire valoir dommages et préjudices.

Flouer à fins de bénéfices n’est pas moral. Habituellement on appelle ça de l’escroquerie.
L’abus de position dominante est aussi un délit reconnu en matière de droit économique mais aussi civil et pénal.
Les esprits doivent changer et se libérer des injonctions sournoises de l’ImMorale ambiante.

Les éminences grises des places financières qui viennent de passer plusieurs décennies à croiser les données de coût et de rentabilité se sont elles interrogées sur le seuil à partir duquel le malheur des salariés endiguerait leur élan cupide ? A lire le cynisme des théories libérales élaborées dès le 18ème siècle sur cette page par exemple.

Comme le fait cette carte de la crise en miniature, il est temps de compter le malheur ; quantitativement ET qualitativement.

Mais à voir avec quelle avidité nos chers banquiers récupèrent les derniers écus qu’on leur tend naïvement, il est illusoire de croire qu’ils feront un geste pour les partager équitablement.
Alors que feront-ils lorsqu’il n’y aura plus rien à racler ? Ils coteront le malheur en bourse.

dimanche, octobre 12 2008

Nous avons donné l’argent aux barbares

1- L’argent ne fait pas le bonheur. Nous nous consolions

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent.
Nous autres, éloignés des sphères rutilantes de monnaies, pèquenots de la finance, exilés aux confins des champs de labeurs, nous nous consolions en imaginant qu’il fallait certainement avoir une tranche de cœur en moins pour s’agiter dans la foire d’empoigne des corbeilles boursières, qu’il fallait ne pas être totalement humain pour s’enterrer vivant hypnotisés par des écrans dégoulinants de chiffres, qu’il fallait à coup sûr ne pas être capable de bonheur pour transférer d’un clic ce qui aurait fait celui de millions d’entre nous.
L’argent ne fait pas le bonheur. Nous nous consolions.
Les barbares nous avaient pris notre argent. C’était ainsi.

Le monde tournait sous le joug de ces aristocrates des cours de bourse.
Leur noblesse avait été acquise sans rien devoir au marais démocratique, décernée à l’intérieur des châteaux de la finance dont la puissance s’appréciait à mesure que leurs murs s’opacifiaient.
Dans ces galeries financières, nos économies leur servaient de parures, nos emprunts, à poudrer leurs perruques.

Il ne leur était point nécessaire de nous imposer travail, impôt ou esclavage. Non. Rien ne nous était imposé directement par leurs jeux. En apparence. D’autres s’en chargeaient.

2- Croisière en Océan Bénéfique

Le contrat de départ : a minima, conserver notre argent ; au mieux, le faire fructifier. C’était l’époque de la banque à papa.
A la fin de chaque exercice, on comptait les sous en monnaie sonnante et trébuchante.
Pas de surprise. L’argent, c’était du travail.

On pouvait faire mieux. Avec la comptabilité analytique, on fouillait les moyens de la performance. L’argent, c’était du travail et de l’intelligence.

Mais cela ne suffit bientôt plus. Les contrôleurs de gestions montaient des budgets. Les budgets devinrent objectifs. Les objectifs, des promesses non négociables, et on finit par investir les gains promis comme s’ils étaient acquis.
Le pas était franchit. On convoqua des experts en boule de cristal.
On instaura la grande foire au pari sur l’avenir.

La monnaie avait beau sonner et trébucher, les bruits bien réels du travail suant et dérangeant valaient désormais bien moins que le crépitement silencieux des plus-values inondant les téléprompteurs, envahissant les esprits cupides comme un séduisant chant de sirènes qui s’élève au-delà des horizons, à coup sûr plus prometteurs, au dessus de l’Océan Bénéfique.

Les bookmakers de la bourse réussirent à convaincre tout le monde de la réalité de ce mirage. Une crédulité mondiale devenue réalité pour les organisateurs du système.
Une religion était née.
Chacun crut que la finance faisait partie de l’essence naturelle de l’ordre mondial, comme le temps est une dimension impalpable, immatérielle de l’univers.
Une horloge inexorable, que rien ne pouvait arrêter sauf à contester les règles cosmiques.
Et les croyants se rassemblèrent, cravatés et costumés pour célébrer l’avènement de la spéculation financière. Les disciples prenaient chaire universitaire, éditaient livres évangélistes, prophétisaient par médias consentants.

Ainsi, la finance, pour notre bien, avait fait main basse sur les banques, avait optimisé nos sociétés d’assurances, gérait nos caisses de santé et de retraite, nos fonds d’épargne, administrait tout lieu où l’argent pouvait s’amasser.
La finance était l’animal symbiotique vivant au cœur de nos coffres forts.

Tout l’argent du monde s’est trouvé peu à peu accaparé pour irriguer un flux erratique d’échanges n’ayant bientôt comme objet principal que celui d’enrichir les intermédiaires.
Quelle part de cet argent « redescendait » de cette spirale pour servir effectivement son dépositaire d’origine ?
Quelle part servait aux remboursements des assurés, aux retraites ou aux soins des mutualistes ou à rémunérer l’épargnant… ?
Les banques de dépôt, elles-mêmes, rognaient dangereusement sur le pourcentage de liquidités dont elles devaient garantir la disponibilité.

3- Salauds d’pauvres !

Non content d’utiliser l’argent des riches, des bourgeois, des classes moyennes… à moment donné, il fallut s’intéresser à l’argent des pauvres. Le nombre devait faire jackpot.
On s’aperçut que le pauvre remboursait bien. Bien mieux que les un-peu-plus-riches.
On s’aperçut plus récemment que le pauvre, mis dans l’incapacité de payer, pouvait être plus rentable encore. Pour s’assurer de sa faillite, on inventa le prêt à taux variable. On prête à 1% et, 5 ans plus tard, il rembourse à 6% !!
Ainsi nos Diafoirus pouvaient imposer leurs remèdes : la saignée. Et leurs médecines adaptées : pénalités, allongement de crédit, étalement de dette. Le pauvre paierait toute sa vie… captif, pressé jusqu’à ce que mort s’en suive.
Exactement comme on le fit avec les pays africains qui remboursèrent et remboursent encore 5, 6 fois leur dette. On augmente les taux unilatéralement ; aucun risque : ces gens là n’ont pas le sou pour payer en plus des avocats.

Pourquoi changer tout ça ? La finance possède tout l’argent du monde.
Il suffisait de saupoudrer là où certains prétendraient se défendre. On parle alors investissement, plan de redressement. FMI et Banque mondiale à la manœuvre n’oublieront pas de faire la morale aux quelques nécessiteux qui se sont mis dans la piètre situation de demander l’aumône.
A ceux là, la contrepartie sera faite de quelques efforts réputés incompatibles avec une quelconque rentabilité. ‘manquerait plus qu’ils s’en tirent et qu’il deviennent autosuffisants. Pas question !!!

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent.

Mais il faut se méfier de ceux qui n’ont rien à perdre.
Les pauvres ont cessé de payer. Les pauvres sont à la rue. Les pauvres crèveront cet hiver. Ils ne régleront pas leurs dettes. La misère les a « sauvés » de l’engrenage.
Maintenant la misère comme une gangrène remonte le long des bras armés. Négociants en crédits, agences immobilières, petites banques de crédit… A quel niveau va-t-on amputer !!!? Les métastases sont nombreuses. Elles sont partout. Remontées trop haut.

4- Payback ! Et mettre le monde à genoux s’il le faut

Mais où est donc passé tout l’argent du monde ?
Il est toujours là dans les coffres. Personne ne l’a perdu de vue.
La seule chose qui ait disparu ce sont les plans sur la comète. Mais chaque dette était créditée virtuellement. Déjà mise sous cadre.
La solution ? Effacer ces quelques lignes de compte, remettre les compteurs à zéro. Lâcher prise.
Permettre aux « endettés » de rentrer chez eux et remettre le remboursement à plus tard.
Mieux ! Donner les milliards à ces nouveaux pauvres qui les auraient utiliser pour payer leur maison, qui, de fait, aurait contractés une dette auprès de l’état, cet état qui les aurait « sauvés ».
Pensez-vous ! Pour les barbares de la finance, pas question de lâcher une créance même si c’est un tiers qui la paye.
Pour eux, il vaut mieux voir des milliers de personnes à la rue, multiplier les maisons vides, sans plus aucun acheteur potentiel, voir leur propre marché s’écrouler plutôt que de laisser quiconque jouir d’un bien gratuitement… ou plutôt de voir proroger à taux 0% sa dette.
Non, le temps, c’est de l’argent. Et le gratuit est Satan !

La Finance est une religion dont le 1er commandement est « tu ne donneras point » ;
le 2° : « Ce qui est pris est pris » ;
le 3ème : « l’argent de ton voisin, tu convoiteras ».

C’est dans leur structure mentale. Dès lors qu’une dette est inscrite dans leur livre de compte. Les intérêts (à venir) existent tout autant que le bien lui-même !
Plus absurde encore ! On sait maintenant que le bien ne vaut plus rien dès lors que la dette afférente n’est pas honorée. Ainsi, cette dévotion aveugle pour l’argent virtuel (les intérêts d’emprunt) mit à bas les Temples de l’Hypothèque.
Le bien est accessoire, c’est un simple support qui permet la rente.

Mais les barbares de la finance, tels des fanatiques religieux n’en démordront pas : cet argent existe toujours puisqu’il est inscrit dans les livres de compte, leurs Saintes Ecritures.
Renier l’existence de cet argent, c’est renier leur propre existence.
Alors il faut le récupérer. Coûte que coûte. Mettre le monde à genoux s’il le faut.
Il leur faut tout l’argent du monde PLUS l’argent dont ils ont rêvé.

5- Les larmes des gosses de riches

Et cet argent rêvé, c’est celui que nous leur offrons actuellement. A coup de lignes de crédit sorties de la planche à billet. De l’argent que nous devrons, nous, rembourser pour les années à venir.

Mais, après tout, aujourd’hui, les niveaux de bourses moyens sont ceux que l’on pouvait constater en 1998. Il leur reste donc tout l’argent du monde dont ils disposaient il y a 10 ans.
Mais ceux là ne supportent pas de revenir 10 ans en arrière.
Une famille dont la maison a brûlé et qui ne sera pas indemnisée, un chômeur dont le monde s’écroule pour 15% de rendement par action, un irakien dont la famille est décimée sous les bombes avides de pétrodollars, une africaine dont l’enfant meurt de faim, ceux là peuvent se voir plongés dans la misère pour le restant de leurs jours mais un homme de l’aristocratie financière ne peut envisager de ne pas voir remonter la pente d’un graphique boursier.
Non, l’épreuve serait trop insurmontable comme pour un adolescent à qui on a confisqué sa collection de disques et ses posters.

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent. Mais ils en ont égarés un peu.

Alors cédons à leur caprice. Repayons-leur le jouet qu’ils ont cassé.
Et qu’ils sèchent leurs larmes de gosses de riches.

Voilà, tout va mieux. Le voilà l’argent que vous n’aviez pas vraiment gagné mais qui vous tient tant à cœur. L’argent des pauvres, ceux que vous avez définitivement ruinés et qui crèveront à Noël, dans la rue, dans le froid, sous les néons clignotants.

6- Ni coupables, ni responsables de rien

D’ailleurs à peine reçu, cet argent retrouvé leur brûle les doigts. Alors comme des drogués compulsifs les voilà à remplir leurs seringues.

Regardons-les, ces cadres dirigeants d’AIG avec leurs « courtiers indépendants » se vautrant dans un palace balnéaire de Californie pour 440 000$ dont 23 000 pour des prestations de massages et autres relaxations biens méritées. Ceux-là avaient reçu, une semaine auparavant, 85 Milliards de $ pour être renfloués et toucheront bientôt 37,5 autres Milliards de mieux.

Voyons aussi ceux-là, de la société Fortis qui viennent de se payer pour 50 personnes, dans le restaurant le plus cher de Monaco, un repas à 150 000€. 3000€ par convive, quel délice !!

D’autres aussi, prêts à se jeter de nouveau dans l’enivrante course au gain par n’importe quel moyen : "Un taux de 5,2% en toute sécurité", titrait la banque néerlandaise ABN Amro, quelques jours après son sauvetage par l'Etat. Le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos, n'a guère apprécié cette publicité, regrettant que la banque, dont le sort était des plus incertains quelques jours auparavant, se livre ainsi à une "concurrence déloyale".

Réjouissons-nous de voir tous ces honorables aristocrates financiers reprendre goût à la vie.
Bien peu leur aura suffit : notre endettement irrépressible pour des siècles et des siècles ; la misère et la mort pour beaucoup.

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent.
Aujourd’hui, nous le savons, il faudra vivre encore avec et il sera difficile de s’en faire une raison : nous avons DONNER notre argent aux barbares.

Ainsi nous avons absous ces sanguinaires aux mains propres. Ni coupables, ni responsables de rien.

L’assèchement de l’argent disponible pour nos achats quotidiens, le chantage au chômage, la hausse des matières premières, la hausse des impôts, l’asphyxie des plus pauvres, les guerres induites par les pénuries, les catastrophes écologiques, les famines…
La finance n’est responsable de rien.
Elle est au-delà du pouvoir. Elle est, paraît-il, l’air que l’on respire.
Elle est comme Dieu ; rappelez-vous, Celui qui permet tant de malheurs. Et comme pour Lui, il restera toujours suffisamment de croyants pour que cette funeste liturgie perdure.

La finance ne veut rien à voir avec nous.
La finance n’a nullement besoin de se plier aux arbitrages démocratiques.
Sauf à constater que, dans ses antichambres, rôdent nos élus complices.

7- Le compte n’y est pas

La coupe est-elle pleine ? L’avenir nous le dira… bientôt.

On nous dit : Rachat des « créances pourries ». Serons-nous les nouveaux pompiers du World Trade Center, destinés à être engloutis dans les décombres ?
On nous dit : Nationalisation des banques. Mais si c’est pour les gérer de la même façon, l’intérêt est limité.
En matière de contrepartie, le compte n’y est pas.
On nous dit : Interdiction des ventes à termes et des spéculations à la baisse. C’est la moindre des choses. Mais toute promesse n’engage que ceux qui la croient.

Encore un petit effort :
- Cesser de jouer au poker menteur entre les budgets de fonctionnement et les budgets d’investissement.
- Que toute ligne de compte soit consolidée et qu’elle cesse de n’être que du papier.
- Remettre à plat l’évaluation de tous les actifs.
- Pénaliser l’émission de bilans fantaisistes.
- Rendre illégaux les paradis fiscaux.
- Supprimer toutes les niches fiscales quitte à en recréer au gré des nécessités et de façon toujours provisoire.
- Débusquer la rente inique.

La rançon de la transparence, sera juste la rédemption de la valeur travail.

Mais au-delà de toute chose, nationalisée ou pas, apurée, limpide, la seule planche de salut pour une bonne gestion future passera par une juste répartition des richesses de ce monde.
Mais tout cela n’est qu’utopie, une nouvelle religion ridicule, une ineptie d’un autre monde.

Pourtant, sachant que le crime existera toujours, beaucoup « d’énergumènes » s’échinent, à longueur de vie, à le combattre ; sachant que les maladies existeront toujours, beaucoup « d’utopistes » réussissent à en faire reculer certaines.
Alors, si tant de barbares financiers sont parvenus à vivre d’un argent virtuel pendant tant d’années, pourquoi quelques divisions de gens de bonne volonté n’arriveraient pas agencer une plus juste répartition des richesses ?

C’est, hélas, sans compter avec ceux qui rôdent dans les antichambres…