La Gaude Démocrate

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samedi, mai 8 2010

Crise Grecque : le contribuable se substitue une fois de plus aux banques

Que se passe-t-il quand un pays fait faillite ?
Voilà la question qu’on peut désormais se poser au vu de ce qui se passe en Grèce.

Réponse : Rien. On dit tout simplement que ce pays « répudie » sa dette.
Personne ne va en prison, aucun patrimoine n’est confisqué, aucune mise sous tutelle.
Ce pays se voit tout simplement radié des livres des prêteurs. Il ne peut plus contracter d’emprunt sur les places financières. Et puis c’est tout.

Lindos La vie dans le pays devient difficile, serrage de vis imposé par le gouvernement qui a, de fait, le dos au mur, et tous les citoyens sont alors dans la même galère.
En fait, rien de moins et rien de plus que ce que vont vivre les grecs dans les années à venir.
Et puis un jour, des prêteurs viennent de nouveau frapper à la porte de cet état dès lors que la situation paraît être redevenue saine.
C’est ce qui est arrivé à l’Argentine il y a quelques années.
L’Argentine avait refusé le plan de rigueur que voulait lui imposer le FMI et s’est mise en faillite.
Et la vie a continué.

Dommage pour les banques, mais cela fait aussi partie de leur prise de risque. En plus, il y a des assurances pour ça. Mais il est vrai que les assureurs sont eux-mêmes banquiers et vice versa. Mais les conflits d'intérêt, ça ne choque plus personne...
Rappelons que les banques, dans le cadre du privilège qui leur est octroyé par le système de Création Monétaire, reçoivent l’argent de la Banque Centrale Européenne (BCE) à un taux de 1%, et le prêtent actuellement à 3,5% minimum et plus si affinités. Les Banques Centrales ayant interdiction absolue de prêter à une entreprise ou à un état.
Pour être plus précis, les états, via les Banques Centrales, donnent de l’argent à 1% aux banques privées pour leur emprunter ce même argent à 3,5%. Chouette système, non ?

Mais non contentes de cette marge colossale, elles veulent désormais que les états donneurs-emprunteurs (pigeons, quoi) soient aussi assureurs de risque… à titre gratuit ! Le beurre, l’argent du beurre, l’argent de la crémière (son sourire, elles s’en moquent)… Quoi de plus encore ? L’argent des enfants de la crémière et sur plusieurs générations ? Pourquoi pas ?

Mais tout cela n’ébranle pas une seconde les esprits rationnels, éduqués, et informés de nos politiques.
Déjà en 2008, ils se sont échinés à racler les fonds de caisses pour donner du vrai argent à des banques qui avaient eu le malheur de perdre de l’argent qui n’existait pas (les subprimes étaient de la titrisation de perspectives de remboursements de prêts progressifs offerts à grand renfort de publicité politique à des américains à faible pouvoir d’achat, avec, pour couronner le tout, une superbe chaîne spéculative sur la couverture de risque sur ces prêts via des assurances qui furent elles-mêmes titrisées !!).

Résultat : les caisses des états sont vides, les gens sont mis à la porte de chez eux, le marché de l’immobilier s’est écroulé, l’économie réelle s’est enfoncée, la crise sociale a suivi, les marchés actions se sont écroulés, les retraités par capitalisation sont à la rue, etc… mais les banquiers ont reçu leur vrai argent.
Alors qu’il eut été bien plus efficace de rééchelonner les prêts immobiliers, d’en réaménager les protocoles de remboursement (passer à des taux fixes et abaisser le curseur du taux de ces emprunts).
Il n’y aurait pas eu de crise. Tout juste quelques lignes de compte à modifier dans les grands livres informatiques de la finance internationale. Mais c’aurait été sacrilège !! (Relire le billet : « Nous avons donné l’argent aux barbares » (12/10/08))

Mais nos politiques sont bien conseillés. Alors ils remettent le couvert 2 ans plus tard.

Marché d'Athènes

Les banques risquent, ô grand malheur, de ne pas être remboursées par la Grèce.
(En plus, ce sont leurs copains des agences de notation qui crient au loup comme pour s’assurer que cet argent prêté leur échappe plus certainement.)
Chers politiques ! Que leur propre peuple en appelle à de meilleurs salaires, à plus de justice sociale, à une plus juste redistribution des richesses, à plus de services publics, etc… Peu leur en chaut. Pétitions, grèves, manifestations, bras de fer en tout genre… Rien n’y fait. Ils n’écoutent pas (et s’étonnent que les urnes soient désertées).

Mais dès qu’un financier encravaté est menacé d’un léger malaise en forme de perte de rentabilité surlignée en rouge sur un de ses livres de compte, les voilà qui accourent et déposent sur l’autel des palais bancaires l’argent de leurs contribuables-électeurs.
Ainsi nous seront donc délestés dans les 3 ans qui viennent de 17 Milliards, les allemands y laisseront 25 Milliards, et chaque européen de la zone euro ira ainsi de son obole pour, soi disant, soutenir la Grèce.
A noter que comme il est peu probable que la Grèce parvienne à rembourser de telles sommes (plus de 100 Milliards) en 3 ans (c'est une opération à perte en perspective), toute l’action des politiques européens consiste à faire passer la pilule auprès de leurs opinions publiques : On montre que le geste n’est pas désintéressé et qu’il peut même être rentable en appliquant un taux de 5% sur le prêt européen. Les grecs sont aux abois mais on va quand même essayer de les tondre encore un peu… C’est légèrement limite du point de vue moral, mais c’est mieux sur l’emballage (on fait mine de croire au remboursement) et économiquement totalement irréaliste.

CrètoisesAlors tandis que les grecs vont continuer de s’écharper entre eux et qu’ils auront perdu toute souveraineté dans leur propre pays, tandis que les autres citoyens européens vont avoir encore à se serrer la ceinture (d'autant plus qu'ils ne reverront jamais l'argent), tandis que l’affaire grecque constitue un joli précédent pour d’autres mises en demeure…, au bout du bout se sont encore les banques qui se retrouvent, ô joie, avec un tas de vrai argent bien au chaud dans leurs coffres, quelque part hors le monde réel… En attendant le produit d’autres rapines.

Oui, car il ne faut pas perdre de vue que la quasi-totalité des 110 Milliards que l’UE et le FMI vont généreusement prêter à la Grèce repartira alimenter les comptes des banques créancières et des spéculateurs rameutés de fraîche date.

Ainsi, grosso modo, la Grèce rendra de la main droite aux financiers spéculateurs l’argent que l’UE et le FMI lui auront prêté dans la main gauche. C’est ainsi que le contribuable se voit une fois de plus en position d’assumer à la place des banques des risques et des débours auxquelles elles étaient censées faire face. Et le pire est que ce tour de passe-passe ne changera rien au quotidien désastreux que l’avenir réserve aux citoyens grecs.

Par contre, dans l’hypothèse d’une Grèce se déclarant en faillite, tout devient sensiblement plus sympathique.
La Grèce n’a plus de dette. Elle doit vivre uniquement du fruit de son travail.
Elle n’a plus les moyens d’emprunter aux banques. Plus exactement les banques ne voudront plus rien lui prêter. Normal.
Mais rien n’empêche un autre état de prêter de l’argent à la Grèce… malgré sa faillite !
Rien n’empêcherait l’UE de prêter à la Grèce, à une Grèce vierge de toute dette.
Ainsi les Milliards européens seraient véritablement injectés pour le redressement du pays. Un investissement 100% efficient, sans banquier pour court-circuiter l’opération.
Du coup, les sommes nécessaires seraient bien moins astronomiques, le retour sur investissement pourrait être envisagé avec bien plus de sérénité (puisque les délais de remboursement exigés actuellement par les banques auront disparu), les opinions publiques seraient apaisées,… et, pour une fois, les banquiers et leur cohorte de financiers créanciers y seraient pour leur argent.

Mais un monde où du vrai argent pourrait servir à du vrai investissement pour rentabiliser un vrai travail pour en obtenir une vraie rémunération,… c’est de la pure utopie. (Sauf peut-être du côté de la planète chinoise.) Et quoi encore !? Une vraie répartition de la richesse produite en proportion de l’effort fourni, sans spéculateur et sans détourneur de fonds! Faut pas pousser.
La Grèce a inventé la démocratie, elle ne va pas non plus être le siège d’une économie idéale !!

En Mars 2010, dans le Monde Diplomatique, on parlait déjà de la vraie solution de la crise grecque :
http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/CORDONNIER/18883

En Mai 2010, Elie Arié dans Marianne reprend (en moins technique) le même argumentaire :
http://www.marianne2.fr/Grece-mieux-vaut-une-bonne-faillite-que-dix-plans-de-rigueur_a192535.html

Dans le même temps, Dupont-Aignan, seul comme d’hab’, s’époumone vainement, comme d’hab’, pour crier au scandale – Et comme ça lui arrive parfois, il n’a pas tort :
http://www.marianne2.fr/Dupont-Aignan-le-plan-d-aide-a-la-Grece-est-un-sabordage_a192543.html

samedi, décembre 12 2009

La Fin du Monde

Depuis quelques temps, une sensation étrange, un peu désagréable, s’installe dans mon quotidien sous forme de petits indices. Un peu à la façon de ces films d’épouvantes qui amorcent la sensation de peur en pointant l’anormalité de situations anodines qui passent inaperçues au commun des mortels, sauf, bien sûr, au personnage central.

Cela a commencé le 26 Novembre dernier. 8h20, sur France Inter. Nicolas Demorand interviewe Jean-Hervé Lorenzi (Pt du Cercle des économistes, Pr à Paris-Dauphine) et Jean-Paul Fitoussi (Pt de l'OFCE, Pr à Science-Po).
Il s’agissait de commenter les déclarations récentes de Dominique Strauss-Khan (Dir du FMI).
En substance : La crise n’est pas finie, « 50% des actifs pourris des banques sont encore dans les placards », dixit Demorand traduisant DSK : « Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. »
Bien que l’Itw ait duré ¼ d’heure, ces deux là n’avaient pas de réponse : 50% des actifs pourris des banques ?, On ne sait pas.
OK. DSK nous fait une estimation à la louche sur une perspective apocalyptique… et les économistes n’ont aucun commentaire plus élaboré que de douter, tergiverser... sur 2000 Milliards de dollards "égarés".

JHL : Ce que dit DSK est juste. Il est évident qu’il y a encore une large partie du bilan des banques qui pose problème. Sur le chiffre de 50%, j’ai quelques doutes. Au début de la crise, le chiffre qui est évoqué est de 40 milliards de dollars. 2 ans après, on en est à 100 fois plus : 4000 milliards de dollars. Ceci illustre le fait qu’on n’est pas très au clair sur la réalité du problème. Il existe. Il y a une large partie des bilans bancaires qui sont encore en difficulté. Mais de là à dire que la moitié des bilans pose problème, que 2000 Milliards de dollars restent en difficulté, là je pense que DSK doit donner un chiffre, mais son chiffre est en réalité vraisemblablement un peu excessif.
JPF : C’est l’obscurité qui règne. On ne peut pas dire que la clarté ait été faite sur ce problème. Les chiffres vont et viennent. Ils montent et descendent. Ca donne le tournis… On ne sait pas. C’est ce qu’il y a peut-être de plus grave… Alors que le contribuable est appelé à la rescousse.

Leur aveu d’ignorance en dit long sur la déliquescence du système financier.

Mais, le plus alarmant c’est que ces deux là n’ont d’autre discours que celui de la consternation révoltée déjà entendu dès le début déclaré de la crise financière, il y a plus d’un an. Comme si rien n’avait avancé :



« Lorsque le contribuable est appelé à la rescousse, la moindre des choses pour la démocratie est d’assurer la transparence ».
« Il s’agit de la socialisation des pertes des banques alors même que les bénéfices restent privatisés. »
« Les gouvernements ont agi dans l’urgence et ils n’ont pas mis de conditionnalité suffisante à leur sauvetage du système bancaire »
« Les profits qui sont distribués actuellement sont des profits fictifs puisque qu’ils ont été subventionnés par les contribuables »
« …l’idée qui a prévalu partout, …/…, c’est l’idée que, au fond, nous étions en train de sortir doucement et sûrement de cette crise. Cette idée est pour partie fausse. »
« Le G20 lui-même ne pouvait pas être légitime s’il n’annonçait pas qu’il était en train de résoudre le problème. Donc, si vous voulez, c’est une sorte d’auto légitimation de son rôle. »
« Le discours des gouvernements a été manipulé. Les gouvernements ont cette impression qu’ils ont été manipulés. »
« Nous insistons sur la difficulté qu’il y a aujourd’hui à mesurer la richesse. Quelle est la richesse des banques ? Comment peut-on mesurer cette richesse ? Alors que les marchés dysfonctionnent tous les jours et que c’est eux qui sont censés donner de la valeur aux actifs possédés par les banques, aux créances détenues par les banques, etc… »
« Il faut bien voir qu’on marchait sur la tête. On avait un secteur financier dont la mission était d’assurer le financement de l’économie, …/… qui prélevait 40% des profits de l’économie ! On marchait sur la tête ! »

On nous parle doctement de voleurs et de menteurs, de ceux qui nous dirigent et de ceux qui ont escroqué tout le monde. Rien que de désormais très habituel : une série de lieux communs qui en temps normal serait une plateforme suffisante à entraîner une véritable révolte… en temps normal.
Un seul trait du commentaire pousse un peu l’angle d’analyse :

« La crise économique va contribuer à détériorer encore davantage le bilan des banques en faisant naitre de nouvelles créances douteuses sur les entreprises qui sont proches de la faillite …/… Donc on n’est pas sorti de l’auberge »

J’avais achoppé la veille sur les déclarations de DSK. Mais j’avais mis ça sur le compte de la prudence et aussi de sa volonté de vouloir se donner de l’importance.
Mais une de ses paroles n’a pas été (ou peu) commentée :

« …une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier ! »

Même si son itw dans le Figaro, « Il faut revoir notre modèle de croissance » est tournée vers un changement de paradigme de la foire aux paris capitalistes, la simple assertion d’une possibilité de rechute :

« Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. »

en dit long sur les déclarations effrontément optimistes de certains commentateurs.

Et puis, le lendemain, tombe la faillite annoncée de Dubaï.
Recul des bourses.
Quelques articles sur le mode tranquillisant : « C’est comme si on annonçait une faillite de banque à Monaco… », entend-on. Ou bien « L'incident de Dubaï ne doit pas être exagéré » - Le Figaro - .
Et puis d’autres, alarmés sur le mode « Dubaï. Qui sera le prochain ? ». On parle de la Hongrie, de l’Ukraine ou encore de la Grèce : « Dubai, la deuxième vague de la crise financière », avec pour sous-titre :

« Si Abu Dhabi vole au secours du petit émirat bling-bling au bord de la faillite, est-ce que l'Europe, en l'occurrence Paris et Berlin, voleraient au secours d'Athènes? ».

Et puis on se souvient des appels à l’aide des pays de la zone orientale de l’Europe, au printemps dernier. Personne n’en parle plus…
La grippe A est passée par là (comme par hasard) :
Le FMI, fossoyeur de l'Europe ?

« Les prêts accordés à la Lettonie, à la Serbie et à la Hongrie ont tous été accompagnés de mesures drastiques en termes de réductions des dépenses publiques et du déficit budgétaire, allant parfois jusqu’à la baisse du salaire des fonctionnaires. Voilà comment on ajoute de la crise à la crise en comprimant encore un peu plus une demande déjà insuffisante ! Voilà comment on transforme de manière accélérée une crise économique en crise sociale et en crise politique. »

Ou encore Le FMI, vampire de l’Europe

Les premières interventions du FMI en Europe, suite à la crise financière, ne s’annoncèrent guère mieux (qu’en Afrique).
Ses interventions en Lettonie s’étaient soldées par des émeutes et le renversement du gouvernement. Son aide à la Hongrie s’était vue adossée à un certain nombre de conditions de réductions du déficit budgétaire : Réduction du secteur public, Gel des salaires, Suspension du 13° mois , Réduction des retraites
Le Cas de l’Ukraine est édifiant : Litvine, président du parlement, dénonce des « conditions inacceptables » : Relève progressive de l’âge de la mise à la retraite, Hausse des tarifs du logement, « Réduction de certaines subventions sociales », « hausse du prix du gaz de production nationale »

Et on se remémore aussi les chiffres astronomiques :
FMI : l’écrasante charge du sauvetage des banques

Combien coûte le sauvetage des banques ? Les infatigables analystes du FMI nous donnent la réponse : entre la recapitalisation, les liquidités avancées, les rachats d’actifs et les garanties (qui n’ont dans la plupart des cas pas encore - pour le moment - été utilisées), les USA ont mobilisé 79% de leur PIB, la Belgique 30%, la France 19%, et l’Irlande...263%. Les besoins de financement immédiats s’élèvent à 8,8% du PIB au Canada, 6,6% aux USA, 15,8% en Norvège, 5,5% en Autriche, 4,7% en Belgique et 20% au Royaume Uni. Conclusion ? Le sauvetage de la finance est en train de ruiner les Etats. - 28 avril 2009.

La Grippe A nous a décidemment bien endormi.
Le même jour, une amie m’alerte en m’adressant le rapport étrange de la Société Généralecelle-ci met en garde ses clients contre l’Apocalypse financière.

Le niveau de la dette paraît tout à fait insoutenable à long terme. Nous avons pratiquement atteint un point de non retour en ce qui concerne la dette publique», précise le rapport de 68 pages.
…/… Le problème de la dette sous-jacente est plus important qu’il n’était après la seconde Guerre Mondiale, alors que les taux nominaux étaient similaires. Sauf que cette fois-ci, les gouvernements seront pris à la gorge, le vieillissement de la population rendant plus difficile qu’auparavant l’effacement de cette dette avec la croissance. Les pays émergents ne seraient pas non plus épargnés, même si leur marge de manœuvre sera plus importante qu’au sein des grandes économies occidentales.
Parmi les pires scénarios envisagés, le rapport évoque une nouvelle chute des marchés, une inflation galopante ainsi qu’une forte chute du dollar…

Désormais, les thèses apocalyptiques ne sont plus réservées à la littérature « subversive » des sites tenants de théories du complot en tout genre, mais relayées in extenso par un des acteurs majeurs du « jeu de monopoly » international.

En parlant de jeu de monopoly, un nouvel indice me réveille ce samedi 28 Novembre.
« Rue des entrepreneurs », émission socio économique de France Inter (9h – 9h45).
Le thème du jour : La nouvelle couleur de l’argent. C’est Jean-François Noubel - Chercheur en intelligence, sagesse et conscience collectives (ISCC), Président- fondateur de TheTransitioner.org, qui parle :

L’effet Parito, quand on joue au monopoly, tout le monde démarre à égalité des chances et vous voyez que très vite qu’un déséquilibre entre les joueurs commence à s’installer. Et puis vous allez voir par la suite que ce déséquilibre va s’amplifier et que plus on a d’argent plus on peut investir, plus on peut investir plus on en gagne, plus on en gagne plus on peut investir et ainsi de suite. Et puis a contrario, moins vous en avez, hé bien, plus vous devez en payer aux autres, et donc moins vous en avez. Donc moins on a de monnaie, moins on en a, et plus on en a, plus on en gagne.
Le système a atteint un déséquilibre tel qu’on ne peut pas revenir en arrière. C'est-à-dire la monnaie se condense dans les mains de quelques uns jusqu’à ce qu’elle se condense totalement dans les mains d’un seul.
Qui est gagnant ? La banque ? Mais en fait le monopoly est un jeu de mise à mort collective. Y compris la banque. Parce que vous avez tous les sous sur votre compte mais vous n’avez plus de partenaires économiques parce qu’ils sont tous économiquement morts. Donc en fait, vous êtes vous aussi économiquement mort sauf si vous décidez de changer les règles et de réinjecter de la monnaie…/…
Vous voyez avec ce phénomène de condensation, le monopoly est un jeu qui nous montre de manière très simplifiée certes, mais véridique, vers quoi se dirigent les systèmes monétaires que nous avons aujourd’hui dans nos sociétés… Si la monnaie se condense en un endroit, si elle s’accumule en un seul endroit, hé bien, on doit se poser la question comment faire pour qu’elle ne désertifie pas les autres endroits de façon à ce que les gens puissent continuer à faire leurs échanges.

Tout cela parle de l’impasse. La grande impasse dans laquelle nous sommes entrés.

Un peu plus tôt dans mon demi-sommeil, mon radio réveil s’est mis en marche.
Dans ma chambre, Stéphane Paoli sur France Inter pose une question à Luc Boltansky (« De la critique - précis de sociologie de l’émancipation » - Gallimard) en citant un essai « Short story of progress » - (La fin du progrès) de Ronald Wright parlant de suicide écologique et sociologique.

« Comment les sociétés humaines, ou du moins leurs élites, peuvent être aveugles et irrationnelles, mues par leur seul gain à très court termes alors même qu’elles voient surgir les ferments d’effondrements économiques et de dévastations écologiques qui les emporteront ? »
Réponse : « La raison est très simple, systémique c'est-à-dire qu’elle est très liée à ce qu’est devenu le capitalisme et à la façon dont le management est devenu la science maitresse d’aujourd’hui beaucoup plus que l’économie à organiser le capitalisme : chacun, y compris d’ailleurs à des niveaux très élevés, a le sentiment de ne jamais pouvoir agir vraiment parce qu’il ne fait que réagir à la contrainte des autres. …/… (Contrainte des autres et mise en concurrence). Dans un univers de ce genre, effectivement, la possibilité d’aller à la catastrophe sans que personne ne l’ait voulu est assez grande. »

Et Stéphane Paoli de se tourner vers Bernard Stiegler (« L'avenir du passé : modernité de l'archéologie » - La Découverte).

Une question que tous les français se posent, que le monde entier se pose : Nous savons qu’il n’est pas possible de continuer comme ça. Ores rien ne se produit, et que se passe-t-il ? Il se passe qu’il y a une lutte qui se joue en ce moment. Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas d’alternative…

Et Bernard Stiegler d’opposer le Temps Carbone - hydrocarbures, métallurgie, autoroutes et médias concentriques -, système qui vient de s’écrouler en 2008, au Temps Lumière où les gens et les objets communiquent à la vitesse de la lumière…
Mais ce happy end en devenir me laissa frustré et marneux sous mes draps. Par trop intello, par trop éloigné encore. Inaccessible.

« Rue des entrepreneurs » a commencé. Jean-François Noubel et son monopoly m’accompagnent dans ma grasse matinée. L’ombre de la fin des temps paraît plus concrète, plus accessible.
Satisfaction paradoxale. Comme s’il était plus satisfaisant de sombrer lucide que de se retourner les neurones à suivre des pistes transcendantales.
Peut-être cela viendra-t-il, mais pour le moment, c’est Bernard Lietaer, Économiste, Spécialiste des monnaies, Ancien directeur de la Banque Centrale de Belgique qui répond à Dominique Dambert :

« Il y a eu 96 crises bancaires au cours de ces 25 dernières années. Quand vous avez quelqu’un qui fait 96 accidents en 25 ans peut-être qu’il faut commencer à voir autre chose que de dire qu’il a de la malchance.
Laissez moi donner une métaphore : je vous donne une voiture, cette voiture n’a pas de frein, et le volant ne marche pas de temps en temps, et je vous envoie traverser les Alpes. Hé bien, vous allez avoir un accident et après je vous dis : oh ! Vous êtes très mauvais conducteur, ou bien : mon dieu ! Mon dieu ! Vous avez d’anciennes cartes routières qui ne sont pas à jour et c’est pour ça que vous faites des accidents. Personne n’ose parler de la voiture.
La voiture, c’est notre monnaie. …/… Cette idée d’un système, parce qu’il est plus efficace, - avoir un monopole est plus efficace que d’avoir un système de monnaies multiples - crée une instabilité systémique qui est prévisible, qui est répétable exactement comme dans un écosystème : quand vous avez une monoculture si vous avez le moindre petit changement de climat ou changement de conditions, vous risquez de perdre tout votre écosystème.
Voilà le danger que nous courons. Nous avons poussé trop loin l’efficacité au détriment de la résilience et la résilience demande, exige de la diversité. »

Chacun y va de son exégèse, poussant son credo censé revisité l’artéfact déclencheur de la vague dévastatrice.

Les fléaux annoncés (et révolus pour ceux qui ont déjà été sacrifiés), tels les exodes massifs de populations pauvres et affamées, les tables rondes – bien rondes – statuant sur la vertigineuse pénurie des denrées alimentaires sur la planète et les hécatombes qui s’en suivent méritent un même assaut de colère froide.
Des articles comme celui-là truffent les médias :

Les chiffres de la faim explosent tous les six mois. 1 milliard de personnes souffrent de la faim en 2009 : combien en faudra-t-il pour que la faim devienne enfin une priorité mondiale?
815 millions en 2002. 854 millions en 2006. 925 millions en 2007. Le cap historique du milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi en 2009… soit un sixième de la population mondiale. 22/06/09

Alors qu’il se dit qu’une petite fraction des sommes mobilisées pour sauver notre système bancaire aurait suffit à résoudre durablement le problème de la misère. Mais quand on leur parle de faire le bien, nos décideurs semblent entendre faire le « confort »… pour eux-mêmes et, par strict intérêt, pour leurs chers électeurs.

Plus tard, chez Ruquier, « On n’est pas couché », Jacques Weber parle rapidement de l’état du monde, d’un cri qui s’élève « non pas contre la Droite ou contre la Gauche mais contre l’insolence de l’injustice ».
Me revient l’expression maladroite de Patrick Sébastien, une semaine avant, annonçant son incursion dans l’action citoyenne. Un parti humaniste, ou quelque chose comme ça… Bien vite brocardé par les gardiens du temple politique, ceux qui s’arrogent le droit (évidemment nous les avons élus - hélas) de contrôler l’expression citoyenne. Insupportable bronca contre un homme, à l’évidence de bonne volonté, effaré par le risque d’une ultra violence à venir.

Rien n’avance. Personne ne paraît vouloir que quelque chose de bien arrive. Les énergies s’annulent. Le mal est plus fort que le bien.
Obama, le dernier vol de colombe depuis longtemps - et peut-être d’ici longtemps -, s’enfonce dans les sondages. On le critique, on le blâme de ne pas réussir. Certains s’en amusent. Mais sa défaite serait – sera - la nôtre.
Michael Moore dans un geste désespéré va réclamer l’argent des contribuables au pied des buildings financiers. « Capitalism », dont je n’ai vu que la bande annonce, paraît être un baroud d’honneur pour les lucides impuissants qui auront encore quelques moyens pour se payer une place de ciné. La lucidité, ce mol oreiller.

Mais il y a pire que cette lucidité à laquelle je m’exerce moi-même !
« 2012 », ce film qui fait un carton grâce à une ficelle qui ne se rompra jamais : il joue avec nos peurs.
Mais avons-nous vu qu’il nous promet une Fin du Monde à laquelle nous ne pouvons échapper ?
Une Fin du Monde parfaite puisque nous n’en serons pas responsables.
Avons-nous vu que le sous-texte de ce film va à contre courant de tous les scénarii censés forcer notre remise en question ?
Dérèglement climatique, effondrement économique, guerre planétaire, apocalypse nucléaire… Quoi qu’il arrive, la terre se dérobera sous nos pieds, que nous soyions vertueux ou pas. Alors à quoi bon ? Ce film est un énorme « à quoi bon » ?
Il nous exonère de la culpabilité à laquelle les empêcheurs de polluer, jouir, massacrer, opprimer, s’enrichir en rond nous condamnent. Ces empêcheurs ! Une bande d’emmerdeurs, nouveaux intégristes de la vertu universelle, croisés d’une évolution durable pleine de contrainte, moines soldats pourfendeurs du bien-être moderne et égotique, parents terribles tenants de tous les interdits, oppresseurs des enfants gâtés voués à la destruction de leurs jouets innombrables et forcément rachetés à l’infini.
Avec « 2012 », on peut se débarrasser une fois pour toute de cette culpabilisation, du genre judéo chrétien, que les « citoyens de la terre » reproduisent par la force des choses.
A quoi bon vouloir repousser ces Grandes Pestes que sont la menace climatique, les pollutions, les désordres du monde, l’effondrement du système financier.
« 2012 » fait un carton parce qu’il permet d’échapper au choix cornélien entre la Grande Peste et l’ascèse contraignante.
La Fin du Monde cataclysmique plutôt que d’avoir à choisir ! Voilà une solution intéressante.
Ainsi, à la sortie du cinéma, les populations cinéphiliques et « civilisées » choisiraient de ne rien faire… Et d’attendre la Fin du Monde.



Et si avant la Fin du Monde, il y avait une dernière étape avant le gouffre ?
Et si les « citoyens de la terre », militants pour un renouveau humaniste et écologique apparaissaient, aux yeux de ces populations égoïstes, comme les redresseurs de tort du moyen-âge. Et si les alternatifs écolos, à force d’incantations, devenaient les inquisiteurs ombrageux de la fin des âges.
Et si grâce à « 2012 » et d’autres œuvres testamentaires du même acabit, l’humanité décidait de vider ses flacons de pilules sédatives pour sombrer, bienheureuse, dans un coma définitif.
Alors tout sursaut deviendra impossible.

Un dernier indice, trouvé presque par hasard sur la Toile. D’une délicieuse lucidité dont on ne sait goûter du sucré ou de l’amer :

"Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n'est pas par des abus, des vices ou des crimes qui sont de tous temps…/….
Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir. Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme qui n'est que la contrefaçon malsaine d'une croissance, ce gaspillage qui fait croire à l'existence de richesses qu'on n'a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d'en haut, cette atmosphère d'inertie et de panique, d'autoritarisme et d'anarchie, ces réaffirmations pompeuses d'un grand passé au milieu de l'actuelle médiocrité et du présent en désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages." Marguerite Yourcenar - Sous bénéfice d'inventaire – 1958 - Au sujet de la Décadence romaine

dimanche, octobre 12 2008

Nous avons donné l’argent aux barbares

1- L’argent ne fait pas le bonheur. Nous nous consolions

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent.
Nous autres, éloignés des sphères rutilantes de monnaies, pèquenots de la finance, exilés aux confins des champs de labeurs, nous nous consolions en imaginant qu’il fallait certainement avoir une tranche de cœur en moins pour s’agiter dans la foire d’empoigne des corbeilles boursières, qu’il fallait ne pas être totalement humain pour s’enterrer vivant hypnotisés par des écrans dégoulinants de chiffres, qu’il fallait à coup sûr ne pas être capable de bonheur pour transférer d’un clic ce qui aurait fait celui de millions d’entre nous.
L’argent ne fait pas le bonheur. Nous nous consolions.
Les barbares nous avaient pris notre argent. C’était ainsi.

Le monde tournait sous le joug de ces aristocrates des cours de bourse.
Leur noblesse avait été acquise sans rien devoir au marais démocratique, décernée à l’intérieur des châteaux de la finance dont la puissance s’appréciait à mesure que leurs murs s’opacifiaient.
Dans ces galeries financières, nos économies leur servaient de parures, nos emprunts, à poudrer leurs perruques.

Il ne leur était point nécessaire de nous imposer travail, impôt ou esclavage. Non. Rien ne nous était imposé directement par leurs jeux. En apparence. D’autres s’en chargeaient.

2- Croisière en Océan Bénéfique

Le contrat de départ : a minima, conserver notre argent ; au mieux, le faire fructifier. C’était l’époque de la banque à papa.
A la fin de chaque exercice, on comptait les sous en monnaie sonnante et trébuchante.
Pas de surprise. L’argent, c’était du travail.

On pouvait faire mieux. Avec la comptabilité analytique, on fouillait les moyens de la performance. L’argent, c’était du travail et de l’intelligence.

Mais cela ne suffit bientôt plus. Les contrôleurs de gestions montaient des budgets. Les budgets devinrent objectifs. Les objectifs, des promesses non négociables, et on finit par investir les gains promis comme s’ils étaient acquis.
Le pas était franchit. On convoqua des experts en boule de cristal.
On instaura la grande foire au pari sur l’avenir.

La monnaie avait beau sonner et trébucher, les bruits bien réels du travail suant et dérangeant valaient désormais bien moins que le crépitement silencieux des plus-values inondant les téléprompteurs, envahissant les esprits cupides comme un séduisant chant de sirènes qui s’élève au-delà des horizons, à coup sûr plus prometteurs, au dessus de l’Océan Bénéfique.

Les bookmakers de la bourse réussirent à convaincre tout le monde de la réalité de ce mirage. Une crédulité mondiale devenue réalité pour les organisateurs du système.
Une religion était née.
Chacun crut que la finance faisait partie de l’essence naturelle de l’ordre mondial, comme le temps est une dimension impalpable, immatérielle de l’univers.
Une horloge inexorable, que rien ne pouvait arrêter sauf à contester les règles cosmiques.
Et les croyants se rassemblèrent, cravatés et costumés pour célébrer l’avènement de la spéculation financière. Les disciples prenaient chaire universitaire, éditaient livres évangélistes, prophétisaient par médias consentants.

Ainsi, la finance, pour notre bien, avait fait main basse sur les banques, avait optimisé nos sociétés d’assurances, gérait nos caisses de santé et de retraite, nos fonds d’épargne, administrait tout lieu où l’argent pouvait s’amasser.
La finance était l’animal symbiotique vivant au cœur de nos coffres forts.

Tout l’argent du monde s’est trouvé peu à peu accaparé pour irriguer un flux erratique d’échanges n’ayant bientôt comme objet principal que celui d’enrichir les intermédiaires.
Quelle part de cet argent « redescendait » de cette spirale pour servir effectivement son dépositaire d’origine ?
Quelle part servait aux remboursements des assurés, aux retraites ou aux soins des mutualistes ou à rémunérer l’épargnant… ?
Les banques de dépôt, elles-mêmes, rognaient dangereusement sur le pourcentage de liquidités dont elles devaient garantir la disponibilité.

3- Salauds d’pauvres !

Non content d’utiliser l’argent des riches, des bourgeois, des classes moyennes… à moment donné, il fallut s’intéresser à l’argent des pauvres. Le nombre devait faire jackpot.
On s’aperçut que le pauvre remboursait bien. Bien mieux que les un-peu-plus-riches.
On s’aperçut plus récemment que le pauvre, mis dans l’incapacité de payer, pouvait être plus rentable encore. Pour s’assurer de sa faillite, on inventa le prêt à taux variable. On prête à 1% et, 5 ans plus tard, il rembourse à 6% !!
Ainsi nos Diafoirus pouvaient imposer leurs remèdes : la saignée. Et leurs médecines adaptées : pénalités, allongement de crédit, étalement de dette. Le pauvre paierait toute sa vie… captif, pressé jusqu’à ce que mort s’en suive.
Exactement comme on le fit avec les pays africains qui remboursèrent et remboursent encore 5, 6 fois leur dette. On augmente les taux unilatéralement ; aucun risque : ces gens là n’ont pas le sou pour payer en plus des avocats.

Pourquoi changer tout ça ? La finance possède tout l’argent du monde.
Il suffisait de saupoudrer là où certains prétendraient se défendre. On parle alors investissement, plan de redressement. FMI et Banque mondiale à la manœuvre n’oublieront pas de faire la morale aux quelques nécessiteux qui se sont mis dans la piètre situation de demander l’aumône.
A ceux là, la contrepartie sera faite de quelques efforts réputés incompatibles avec une quelconque rentabilité. ‘manquerait plus qu’ils s’en tirent et qu’il deviennent autosuffisants. Pas question !!!

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent.

Mais il faut se méfier de ceux qui n’ont rien à perdre.
Les pauvres ont cessé de payer. Les pauvres sont à la rue. Les pauvres crèveront cet hiver. Ils ne régleront pas leurs dettes. La misère les a « sauvés » de l’engrenage.
Maintenant la misère comme une gangrène remonte le long des bras armés. Négociants en crédits, agences immobilières, petites banques de crédit… A quel niveau va-t-on amputer !!!? Les métastases sont nombreuses. Elles sont partout. Remontées trop haut.

4- Payback ! Et mettre le monde à genoux s’il le faut

Mais où est donc passé tout l’argent du monde ?
Il est toujours là dans les coffres. Personne ne l’a perdu de vue.
La seule chose qui ait disparu ce sont les plans sur la comète. Mais chaque dette était créditée virtuellement. Déjà mise sous cadre.
La solution ? Effacer ces quelques lignes de compte, remettre les compteurs à zéro. Lâcher prise.
Permettre aux « endettés » de rentrer chez eux et remettre le remboursement à plus tard.
Mieux ! Donner les milliards à ces nouveaux pauvres qui les auraient utiliser pour payer leur maison, qui, de fait, aurait contractés une dette auprès de l’état, cet état qui les aurait « sauvés ».
Pensez-vous ! Pour les barbares de la finance, pas question de lâcher une créance même si c’est un tiers qui la paye.
Pour eux, il vaut mieux voir des milliers de personnes à la rue, multiplier les maisons vides, sans plus aucun acheteur potentiel, voir leur propre marché s’écrouler plutôt que de laisser quiconque jouir d’un bien gratuitement… ou plutôt de voir proroger à taux 0% sa dette.
Non, le temps, c’est de l’argent. Et le gratuit est Satan !

La Finance est une religion dont le 1er commandement est « tu ne donneras point » ;
le 2° : « Ce qui est pris est pris » ;
le 3ème : « l’argent de ton voisin, tu convoiteras ».

C’est dans leur structure mentale. Dès lors qu’une dette est inscrite dans leur livre de compte. Les intérêts (à venir) existent tout autant que le bien lui-même !
Plus absurde encore ! On sait maintenant que le bien ne vaut plus rien dès lors que la dette afférente n’est pas honorée. Ainsi, cette dévotion aveugle pour l’argent virtuel (les intérêts d’emprunt) mit à bas les Temples de l’Hypothèque.
Le bien est accessoire, c’est un simple support qui permet la rente.

Mais les barbares de la finance, tels des fanatiques religieux n’en démordront pas : cet argent existe toujours puisqu’il est inscrit dans les livres de compte, leurs Saintes Ecritures.
Renier l’existence de cet argent, c’est renier leur propre existence.
Alors il faut le récupérer. Coûte que coûte. Mettre le monde à genoux s’il le faut.
Il leur faut tout l’argent du monde PLUS l’argent dont ils ont rêvé.

5- Les larmes des gosses de riches

Et cet argent rêvé, c’est celui que nous leur offrons actuellement. A coup de lignes de crédit sorties de la planche à billet. De l’argent que nous devrons, nous, rembourser pour les années à venir.

Mais, après tout, aujourd’hui, les niveaux de bourses moyens sont ceux que l’on pouvait constater en 1998. Il leur reste donc tout l’argent du monde dont ils disposaient il y a 10 ans.
Mais ceux là ne supportent pas de revenir 10 ans en arrière.
Une famille dont la maison a brûlé et qui ne sera pas indemnisée, un chômeur dont le monde s’écroule pour 15% de rendement par action, un irakien dont la famille est décimée sous les bombes avides de pétrodollars, une africaine dont l’enfant meurt de faim, ceux là peuvent se voir plongés dans la misère pour le restant de leurs jours mais un homme de l’aristocratie financière ne peut envisager de ne pas voir remonter la pente d’un graphique boursier.
Non, l’épreuve serait trop insurmontable comme pour un adolescent à qui on a confisqué sa collection de disques et ses posters.

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent. Mais ils en ont égarés un peu.

Alors cédons à leur caprice. Repayons-leur le jouet qu’ils ont cassé.
Et qu’ils sèchent leurs larmes de gosses de riches.

Voilà, tout va mieux. Le voilà l’argent que vous n’aviez pas vraiment gagné mais qui vous tient tant à cœur. L’argent des pauvres, ceux que vous avez définitivement ruinés et qui crèveront à Noël, dans la rue, dans le froid, sous les néons clignotants.

6- Ni coupables, ni responsables de rien

D’ailleurs à peine reçu, cet argent retrouvé leur brûle les doigts. Alors comme des drogués compulsifs les voilà à remplir leurs seringues.

Regardons-les, ces cadres dirigeants d’AIG avec leurs « courtiers indépendants » se vautrant dans un palace balnéaire de Californie pour 440 000$ dont 23 000 pour des prestations de massages et autres relaxations biens méritées. Ceux-là avaient reçu, une semaine auparavant, 85 Milliards de $ pour être renfloués et toucheront bientôt 37,5 autres Milliards de mieux.

Voyons aussi ceux-là, de la société Fortis qui viennent de se payer pour 50 personnes, dans le restaurant le plus cher de Monaco, un repas à 150 000€. 3000€ par convive, quel délice !!

D’autres aussi, prêts à se jeter de nouveau dans l’enivrante course au gain par n’importe quel moyen : "Un taux de 5,2% en toute sécurité", titrait la banque néerlandaise ABN Amro, quelques jours après son sauvetage par l'Etat. Le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos, n'a guère apprécié cette publicité, regrettant que la banque, dont le sort était des plus incertains quelques jours auparavant, se livre ainsi à une "concurrence déloyale".

Réjouissons-nous de voir tous ces honorables aristocrates financiers reprendre goût à la vie.
Bien peu leur aura suffit : notre endettement irrépressible pour des siècles et des siècles ; la misère et la mort pour beaucoup.

Nous le savions, nous le vivions ainsi, certains s’en étaient fait une raison : Les barbares nous avaient pris notre argent.
Aujourd’hui, nous le savons, il faudra vivre encore avec et il sera difficile de s’en faire une raison : nous avons DONNER notre argent aux barbares.

Ainsi nous avons absous ces sanguinaires aux mains propres. Ni coupables, ni responsables de rien.

L’assèchement de l’argent disponible pour nos achats quotidiens, le chantage au chômage, la hausse des matières premières, la hausse des impôts, l’asphyxie des plus pauvres, les guerres induites par les pénuries, les catastrophes écologiques, les famines…
La finance n’est responsable de rien.
Elle est au-delà du pouvoir. Elle est, paraît-il, l’air que l’on respire.
Elle est comme Dieu ; rappelez-vous, Celui qui permet tant de malheurs. Et comme pour Lui, il restera toujours suffisamment de croyants pour que cette funeste liturgie perdure.

La finance ne veut rien à voir avec nous.
La finance n’a nullement besoin de se plier aux arbitrages démocratiques.
Sauf à constater que, dans ses antichambres, rôdent nos élus complices.

7- Le compte n’y est pas

La coupe est-elle pleine ? L’avenir nous le dira… bientôt.

On nous dit : Rachat des « créances pourries ». Serons-nous les nouveaux pompiers du World Trade Center, destinés à être engloutis dans les décombres ?
On nous dit : Nationalisation des banques. Mais si c’est pour les gérer de la même façon, l’intérêt est limité.
En matière de contrepartie, le compte n’y est pas.
On nous dit : Interdiction des ventes à termes et des spéculations à la baisse. C’est la moindre des choses. Mais toute promesse n’engage que ceux qui la croient.

Encore un petit effort :
- Cesser de jouer au poker menteur entre les budgets de fonctionnement et les budgets d’investissement.
- Que toute ligne de compte soit consolidée et qu’elle cesse de n’être que du papier.
- Remettre à plat l’évaluation de tous les actifs.
- Pénaliser l’émission de bilans fantaisistes.
- Rendre illégaux les paradis fiscaux.
- Supprimer toutes les niches fiscales quitte à en recréer au gré des nécessités et de façon toujours provisoire.
- Débusquer la rente inique.

La rançon de la transparence, sera juste la rédemption de la valeur travail.

Mais au-delà de toute chose, nationalisée ou pas, apurée, limpide, la seule planche de salut pour une bonne gestion future passera par une juste répartition des richesses de ce monde.
Mais tout cela n’est qu’utopie, une nouvelle religion ridicule, une ineptie d’un autre monde.

Pourtant, sachant que le crime existera toujours, beaucoup « d’énergumènes » s’échinent, à longueur de vie, à le combattre ; sachant que les maladies existeront toujours, beaucoup « d’utopistes » réussissent à en faire reculer certaines.
Alors, si tant de barbares financiers sont parvenus à vivre d’un argent virtuel pendant tant d’années, pourquoi quelques divisions de gens de bonne volonté n’arriveraient pas agencer une plus juste répartition des richesses ?

C’est, hélas, sans compter avec ceux qui rôdent dans les antichambres…