Un nouveau terme dans la petite musique des médias : Les Fonds Souverains
Par Jean-Charles Aknin le dimanche, février 3 2008, 22:58 - économie - Lien permanent
Le terme « Fonds Souverain » nous est maintenant servi quasiment quotidiennement dans nos journaux surtout lorsqu’on nous parle de la « crise des subprimes ».
Le néophyte le traduit, bon an mal an, comme étant un sacré gros tas d’argent géré par des gens sacrément riches. Riches au point de racheter tout ou partie des banques occidentales à la dérive.
D’où viennent-ils ? On nous présente l’affaire ainsi : Ils viennent des pays émergents.
Le néophyte pourra en conclure que « Fonds Souverain » est un néologisme pour différencier ces sacrés gros tas de fric des autres sacrés gros tas de fric appelés « Fonds de pension » désignant en général de l’argent américain. Un néologisme donc pour sous-entendre l’origine exotique de cet argent qui pourtant n’a pas d’odeur…
Tout se passe ainsi dans les esprits bien naïfs des auditeurs que nous sommes et peut-être dans celui de nos journalistes.
Pourtant, bien que tout ceci ne soit pas complètement faux, il y a de grosses mises au point à faire au sujet de ces « Fonds Souverains ».
Voici la définition qu’en donne l’article correspondant de Wikipédia :
Un fonds souverain ou fonds d’État, est un fonds de placement financiers (actions, obligations, etc...) détenu par un État. Ils gèrent l'épargne nationale et l'investissent dans des placements variés (actions, obligations, immobilier, etc.). Dans une acception restreinte, ils désignent spécifiquement « les avoirs des états en monnaie étrangère ». Dans une acception plus large, ils désignent tous les fonds d'investissement détenus par un État.
La suite de l’article est comme à l’habitude fort didactique :
Historique, Ressources et importance, Méthodes d'investissement, Réactions à leur essor et Les principaux fonds.
Tenu à l’obligation d’objectivité et de neutralité, notre site « préféré » nous donne pourtant matière à réfléchir.
Ainsi, donc, dans ce monde ultra libéral triomphant, où les forces de l’argent ont tout emporté sur leur passage, où l’action sociale des politiques et de simples citoyens n’est plus qu’une vue utopique, un rêve de résistance voué à l’échec face à la force brute des cols blancs, où l’état ne peut plus rien et ne doit plus rien oser au risque de représailles définitives des barbares boursicoteurs…
Ainsi, donc, les états auraient encore leur mot à dire !!!
Jospin nous l’avait dit : « Les délocalisations… On ne peut rien faire contre ».
La droite nous le serine à longueur de temps : La mondialisation est en marche. Il faut faire avec et ne pas s’y opposer… Un credo confortant la pensée unique adossée au libéralisme sans alternative.
A croire que tout est réglé. Circulez, y’a rien à voir.
Pourtant, les Fonds Souverains existent.
Et ils n’existent pas seulement aux confins des pays émergents.
Voilà bien une entorse au sacro saint libéralisme où les états sont priés de ne pas venir jouer à la « corbeille ». En gentils légalistes, les technocrates européens nous expliquent que les règles sont posées et qu’il ne faut pas en sortir. Des règles qu’il s’échinent à voter, plus contraignantes les unes que les autres.
Depuis les années 50, d’autres plus libres dans leur tête sans doute n’ont pas attendus pour se fabriquer de réels leviers d’influence. Les koweiti furent les premiers nous dit-on. Vous savez ces gens confits de pétrole, incapables d’une quelconque pensée pro active.
Ont suivi la plupart des pays arabes et aussi les dragons d’Asie puis la Chine.
Ceux-là ne se sont pas embarrassés de radicalisme libéral. Il est vrai qu’ils ne se sont pas non plus embarrassés de radicalisme social…
Mais pour autant, la Vieille Europe, et disons le Vieil Occident, se sont-ils abstenus ?
Et bien non ! Les Fonds Souverains ne sont pas réservés exclusivement aux pays émergents.
On apprend que la Norvège et même la France ont pris leurs dispositions. La Caisse de Dépôts et Consignation en est un. Et pas mal placé. Avant même les Fonds du Qatar, de Singapour et aux côtés de celui de la Russie !!
Mais à côté de cela, on nous dit qu’il n’y a plus rien dans les caisses. Pauvres français voués à tous les abordages… assis sur un tas d’€uros.
Mais rassurons nous, la Banque Européenne ne baissera pas ses taux (à discuter), la Taxe Tobin ne sera pas votée, les entreprises continueront à délocaliser et les états n’exigeront toujours pas le remboursement des subventions aux entreprises étrangères venues spéculer sur nos emplois avant de s’en aller avec leur plus-values.
Comprenons donc que les marchés sont en train de se faire renflouer par l’argent de contribuables (ouvriers de par le monde), argent aggloméré en toute incohérence avec l’ordre libéral.
Comprenons donc que lorsque ça les arrange, les traders de Wall Street et de la City ne crachent pas sur l’argent public.
Comprenons donc qu’une fois de plus la finance internationale s’en tirera à bon compte (c’est le cas de le dire) et parions qu’elle ne renverra pas l’ascenseur… Une fois de plus.
Concluons par cette évidence : « les riches s’enrichiront encore plus et les pauvres s’appauvriront toujours plus ». Cela fait longtemps que ce n’est plus une prophétie. Mais là c’est aller trop loin… Désolé.
Commentaires
Crise des subrimes : une explication simple pour ceux qui essaient encore de comprendre.
(inspiré d'un blog)
Alors voilà,
Me Ginette a une buvette à Bertancourt, dans le Nord (ch'ti).
Pour augmenter ses ventes, elle décide de faire crédit à ses très fidèles clients, tous "alcoolo", et tous au chômage de longue durée.
Vu qu'elle vend à crédit, Me Ginette voit augmenter sa fréquentation et,
en plus, elle peut même augmenter un peu les prix de base du "calva"
et du ballon de rouge.
Ses créances deviennent assez importantes, mais elle tient (toujours/encore)
Max, jeune et dynamique directeur de l'agence bancaire locale, quant à lui,
pense que les "créances" du troquet constituent, après tout, des actifs recouvrables, et commence à faire crédit à Me Ginette
(il ignore ou pas qu'il a des dettes d'ivrognes comme garantie).
Au siège de la Banque, des "Traders" avisés transforment ces actifs recouvrables en CDO, CMO, SICAV, SAMU, OVNI, SOS et autres sigles financiers que nul n'est capable de comprendre, non sans expliquer que ces "actifs"
ont en réalité, 10 fois leur valeur annoncée : c'est sans danger..
La Banque récolte ainsi (n) fois la créance de Me. Ginette.
Ces instruments financiers servent ensuite de levier au marché actionnaire et conduisent, au NYSE, à la City de Londres, au Bourses de Francfort et de Paris, etc., à des opérations de dérivés dont les garanties sont totalement inconnues de tous, mais sur-côtées à chaque transaction (les ardoises des "alcoolo" de Me Ginette).
Ces "dérivés" sont alors négociés pendant des années comme s'il s'agissait de titres très solides et sérieux sur les marchés financiers de plus de 80 pays.
Jusqu'au jour où quelqu'un se rend compte que les "alcoolo" du troquet de Bertancourt n'ont pas un rond pour payer leurs dettes ..
La buvette de Me Ginette fait faillite,
Max a été viré, les "traders" ne sont pas inquiétés,
pas plus que le grands "pontes" de la Banque.
Maintenant je lance le jeu de piste :
OU EST PASSE LE POGNON ?
le premier qui trouve a gagné !