La Gaude Démocrate

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dimanche, janvier 11 2009

"Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés" Nicolas Sarkozy - Voeux 2009

« A condition d’être solidaires les uns des autres. Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. » Extrait des voeux de Nicolas Sarkozy – 31-12-2008.

Rappelons nous ces mots.

On se souvient aussi de la « volonté » de création d'un « Cinquième Risque » de Sécurité Sociale lié à la perte d'autonomie qui devait « protéger les plus fragiles ». Notre Président, autour de sa campagne, avait les inclinaisons sociales ambitieuses et empreintes de compassion. Les électeurs s’en étaient bercés…

Mais après avoir, en Septembre 2008, inscrit dans la loi de Finances 2009, une ponction de 50 millions d’€ sur le budget de l’association chargée de gérer le fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph) pour équilibrer ses recettes (Ici, ici ou ici), le gouvernement s’en prend à nouveau aux handicapés et aux personnes dépendantes.

Dès le 1er Janvier 2009, les fragiles d’entre les fragiles, les handicapés, se sont vus refuser le remboursement de leur frais de transport par les Caisses d’Assurance Maladie (CPAM) (Ici par exemple).

En effet, depuis le 1er Janvier, les CPAM ne sont plus obligées de rembourser, comme c'était le cas jusqu'à présent, les frais de transport des personnes adultes handicapées ou âgées dépendantes vers les centres de soins et foyers médicalisés.
Par un décret du 5 Février 2007, le génie ministériel a placé les frais de transport des handicapés dans le champ des dépenses couvertes par la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) désengageant ainsi la Sécurité Sociale. Cette PCH est plafonnée à 12 000 € à répartir sur 5 ans, ce qui nous fait 200 € / mois.

Pour les citoyens qui ont la chance de ne pas être concernés directement par ce genre de situation, attachons nous un instant aux témoignages nombreux de familles frappées de plein fouet par cette « mesure ».
Imaginons, un instant, le quotidien de ces familles chargées d’un poly handicapé de naissance, d’une tétraplégique, d’un sourd et aveugle, d’un grave accidenté de la route trauma crânien aux capacités motrices réduites… sans oubliées les personnes âgées dépendantes concernées par ce décret.
Hé bien, nombre de ces personnes doit se rendre quotidiennement dans des centres spécialisés pour des soins médicaux, des séances de kiné ou des activités d'éveil.
Quand on sait le prix d’une course de taxi, et que l’on considère aussi que les handicapés doivent souvent se déplacer assez loin pour rejoindre des maisons d'accueil spécialisées, en ajoutant l'insuffisance du nombre de structures adaptées à certains handicaps, la plupart des familles témoignent d’une dépense de 1000 à 2000 € par mois.

Avec 200 €, on est loin du compte.
Et l’affaire n’est pas simplement comptable !!
On parle là de la vie de familles entières qui ne pourront pas financer cette charge supplémentaire. Elles ne pourront pas.
Ces familles qui, même avec les dispositifs antérieurs, devaient déjà sacrifier un budget non négligeable au handicap de leur fils ou fille, de leur aïeul. Incapables de financer ces quelques 1000 € et plus, telle mère devra renoncer à son travail pour s’occuper de son enfant, adulte handicapé, mettant encore plus en péril l’équilibre budgétaire de la famille, tel fils devra faire « la course » lui-même pour emmener sa mère grabataire, accumuler les retards et les absences et subir la sanction professionnelle : la porte… Des vies risquent de basculer dans la plus totale précarité. En nombre.

« Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. »

Alors voilà, vu le tollé que cette « mesure » a provoqué en cette première semaine de Janvier 2009, le gouvernement, par les voix de son Ministre de la Santé, Philippe Bas et de sa secrétaire d’état chargée de la solidarité, Valérie Létard, semble avoir reculé. Pourtant à entendre cette dernière, le décret du 5 Février 2007 n’est pas remis en cause.
Sa réponse invoque une période transitoire entre 2 types de prise en charge et pointe du doigt certaines Caisse d’Assurance Maladie pour leur interprétation pour le moins restrictive de l’entrée en vigueur du nouveau décret. Enfin, parlant d’ajustements nécessaires, elle parle de traitements au cas par cas. Ainsi, en plus de la PCH, certains pourront solliciter le complément nécessaire.

On connaît le cas par cas.
Cela signifie pour les familles concernées, dans le meilleur des cas, de nouvelles démarches avec les lourdeurs administratives qui iront avec. Lourdeurs qui concerneront aussi les strates d’agents recueillant dossiers, agréments médico-sociaux, ordonnances, factures échangées entre les CPAM et l’administration chargée d’attribuer la PCH.
Cela signifie aussi que certaines familles seront exclues des critères d’attribution que la technostructure ne manquera pas (c’est toujours plus drôle) d’imposer, et pour obtenir la PCH, et pour obtenir la dotation de complément.
Pourtant quoi de plus simple et direct que le remboursement en droite ligne pratiqué jusqu’à présent par les CPAM ?!

Voici un extrait de l’article de Delphine de Mallevoüe - Le Figaro du 01/01/2009

« Conscient que le retrait de l'assurance-maladie pouvait «entraîner de graves conséquences dans la vie quotidienne des familles» en dépit de la nouvelle aide financière de la PCH, «le gouvernement a donné pour instruction aux directeurs des CPAM de veiller à l'examen au cas par cas des dossiers afin de vérifier que le versement de la PCH était effectif avant de cesser toute prise en charge». C'est en tout cas ce qu'a affirmé le secrétariat d'État chargé de la Solidarité dans le JO du 13 mars 2008, en réponse aux sénateurs qui, déjà, s'inquiétaient de cette question.

Conscient aussi que le montant de la PCH au titre des frais de transport «est insuffisant dans le cas de trajets quotidiens du fait d'un accueil de jour», le gouvernement avait décidé de mettre en place un groupe de travail chargé de mener une réflexion sur la prise en charge de ces frais.
À cette heure pourtant, rien ne semble réglé. Seule possibilité pour augmenter le montant plafonné de la PCH : se tourner vers le département, conseil général ou Maison départementale du handicap (MDPH), qui peuvent allouer une aide supplémentaire.»

Si ces dernières lignes sont avérées, on conçoit aisément la finalité de telles manipulations : le transfert de charges vers les collectivités locales. Que ne ferait pas notre gouvernement pour alléger ses dépenses propres et faire accroire à sa capacité d’économies !!! De l’affichage toujours de l’affichage.

Et qui fait les frais de cet affichage ? Aujourd’hui les handicapés adultes, les personnes âgées dépendantes et leurs familles. Tracas, angoisse, désespoir… selon.

« Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. » Paroles, gesticulations et pour finir rien qui nous convainque d’y croire.

Les associations ont réagi, des familles accompagnées de leurs parents handicapés sont allés manifester devant les CPAM en ce début Janvier. Gageons que quelque député posera une question en séance.
Un groupe de travail va se réunir, nous dit-on… Preuve qu’une fois de plus, une loi a été votée trop vite sans qu’aucune conséquence n’ait été pesée. Légèreté, incompétence, pragmatisme technocratique, cynisme. Rien qui nous prouve que nos décideurs législateurs soient bien inspirés.

Mais, à travers cette affaire, c’est avec la cohésion sociale de notre pays que joue le gouvernement.

                                                 *     *     *

Voici le communiqué de presse de la « Commission Handicap du MoDem » dans lequel une demande solennelle est faite au Président de la République de revoir sa position sur le dé-remboursement des frais de transports aux handicapés :

La « commission handicap » du MoDem, saisie par des associations de personnes handicapées, tient à leur manifester son soutien, ainsi qu’aux familles victimes d’un nouveau préjudice financier et social.

En effet, certaines CPAM ont décidé de ne plus rembourser les transports des personnes handicapées entre leur domicile et le centre où elles reçoivent des soins. La mise en application de la loi du 11 février 2005, transférant cette prise en charge dans le cadre de la Prestation de compensation du handicap (PCH) fait que celle-ci est plafonnée à 200 euros par mois depuis le 1 janvier 2009. Hors le coût réel pour les familles peut atteindre fréquemment 1 000 euros par mois. Les dommages pour les familles sont considérables. Certaines envisagent même d’intenter un recours auprès de la Halde, jugeant cette situation discriminatoire ….et elle l’est !

Le Chef de l’Etat a déclaré dans ses vœux du 31 décembre 2008 qu’il « ne laisserait pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés ».

Hors, il s’avère qu’il est étrangement absent sur ces dossiers concernant un public très vulnérable. La crise économique ne justifie pas que l’on sacrifie les personnes handicapées et leur famille, dont le quotidien est jalonné de coûts et surcoûts dus à la prise en charge d’un état dont elles sont victimes ; à cela s’ajoutent les franchises médicales, les déremboursements de médicaments, et maintenant ce sont les transports qui ne seront plus pris en charge.

La Commission Handicap du MoDem, s’insurge contre ces atteintes à la Solidarité nationale devenues trop fréquentes ces derniers mois.

La Commission Handicap du MoDem demande solennellement au Président de la République d’intervenir afin que les règles de solidarité et d’équité les plus élémentaires soient respectées dans le pays.

mercredi, novembre 26 2008

Fini de mesurer le bonheur... Comptons le malheur, licenciement après licenciement

C’est avec la volonté de relayer le bel ouvrage que je relaye en ligne cette carte de France des plans sociaux, licenciements, fermetures d’entreprises et chômage technique.
Sous forme de Google Map, c’est à un internaute répondant au pseudo de Latruffe que nous devons cette somme. Une somme qui, hélas, risque de ne pas décroître avant longtemps.
Mise à jour régulièrement, elle recense, depuis le 26 octobre dernier, tous les plans sociaux, suppressions d’emplois, délocalisations, fermetures définitives ou temporaires de sites, jours de chômage technique, etc…
Le ou les « auteur(s) » insiste(nt) sur le fait que cette carte n’est pas exhaustive – On aurait préféré mais y’en a encore dans les tiroirs -.
La question d’un compteur de licenciements revient régulièrement mais sa signification est battue en brêche par « Latruffe » lui-même car ne sont pas comptabilisées les créations d’emplois. Honorable souci d’éthique.
Dans les commentaires de sa Google Map, il souligne malgré tout un chiffre : le différentiel création / destruction donné par le ministère de l’emploi : Moins 30 000 emplois au cours des 2 trimestres précédents.

Afficher la carte

On peut, grâce à cette carte, se faire un peu mieux une idée du désastre. Les salariés se donner des sueurs froides ; les licenciés / les chômeurs se consoler en se disant qu’ils sont moins seuls jour après jour.
Pour me faire une idée de la portée de ce travail, je me suis appliqué à compter. Compter les licenciements, compter les emplois non remplacés, compter les emplois délocalisés, les entreprises en liquidation. Compter.

Si l’on excepte les 9000 emplois, environ, en souffrance avant fermeture des Arcelor-Mittal, et les 11 000 cette année et les 11 000 l’année prochaine de l’éducation nationale, si l’on compte le chiffre bas des fourchettes indiquées pour les plans sociaux annoncés, si l’on ne compte pas non plus les plans sociaux pas suffisamment « mûrs » pour que le site puisse donner un chiffre approchant, et sans compter les périodes (des mois parfois) de chômage partiel et si l’on considère que chaque heure apporte, via la page des commentaires, son lot de « signalements » funestes, on arrive quand même, en ce Mardi 25 Novembre au soir, à près de 18 500 emplois en cours de destruction.

A m’atteler à ce comptage, le nez sur ce monitoring morbide, je me suis vu « rond de cuir », halluciné par les chiffres puis, j’imagine, blasé par cette amoncellement quotidien au bout de quelques années de comptage. On ne le dira jamais assez, derrière chacune de ces unités, il y a une vie en équilibre, dans l’angoisse, et avec elle, souvent, une famille.

Et toutes ces vies entrent dans une calculette posée sur un bureau, après avoir été comptées par une autre calculette, un peu avant, sur le bureau d’un patron ou de sa DRH.
Encore un peu avant, une autre calculette aura compté la rentabilité, le manque à gagner. Aura pesé et aura tranché.
Pour certains, une autre calculette, d’une autre espèce, aura constaté que rien ne va plus et qu’on ne peut plus faire autrement…
Mais le résultat reste le même. Des vies basculent.

A notre époque, tout se compte. Tout se mesure. Ici, c’est pour la bonne cause. Se défendre d’une nouvelle manière. Un témoignage numérique et public, c’est toujours bon à prendre.

Compter le bonheur

Un autre jour, on a voulu nous mesurer le bonheur. Ainsi pour l’agence (et les éminents chercheurs) qui s’y sont attelés, ils ont compté. Compté quoi ? Le bonheur… ou plutôt ses symptômes. Celui qui a compté a défini ses critères et le bonheur était dans l’sac.

Ca fait aussi un moment qu’on nous mesure le comportement. Mais là, y’a de quoi faire. Puisque le comportement est compté en vue de nous vendre des choses. Le comportement devient donc tendances de consommation. On nous compte les pots de yaourt, les chaussettes, les sodas, les sacs plastiques, les fruits et légumes, les jouets, les vaisselles en plastique, les dentifrices,…

On nous compte aussi dans la rue, sur les routes, dans les gares. Dès qu’on bouge, on nous compte. On nous compte devant les caisses, les péages, les urnes. Comme on compte les marmottes quand elles sortent de leur trou d’hivernage.
En fait, on nous compte beaucoup plus souvent qu’on ne compte les marmottes. Il est vrai qu’elles n’ont pas de compte en banque.

Mais, au fait, sommes-nous comptés en proportion de notre compte en banque ? Ce n’est pas sûr. On compte bien les crânes dans les charniers… Et même ceux-là qui n’ont plus rien se retrouvent étiquetés, comptés dans une calculette.
N’avoir plus rien devrait au moins donner l’espoir de n’être plus compté, décompté. Mais rien n’y fait. Plus ça va, plus on nous compte.

Compter le malheur

Mais l’agence qui nous compte le bonheur, a-t-elle essayé de compter le malheur ? Non, sûrement pas. Peu rentable ; pas vendeur…
Parce que ce qui les intéresse dans le comptage du bonheur, c’est que, le bonheur, si on parvient à le compter, on pourra nous le facturer.
Mais le malheur… ? Le malheur, ce n’est pas intéressant. C’est même dangereux !!!
Si on arrive un jour à le compter, on pourra en demander dédommagement. Et là, rien ne va plus !!!

On connaît le cauchemar des juges autour de l’estimation des dommages et intérêts et pire encore, du préjudice moral.
Quand c’est pour affaire ça peut se mesurer. Quelques centaines, milliers d’euros pour un « licencié abusif » et quelques 45 Millions de « préjudice moral » en sus des 285 Millions de « dommages et intérêts » pour un Bernard Tapie. Facile !!!
Quand il s’agit d’erreur médicale… là encore : facile ; y’a des barèmes… parfois indexés sur la condition sociale de la victime.
En matière d’escroquerie, au-delà de 3000€, à charge pour la victime de recouvrir l’amende et les dommages décrétés par la justice. Facile, ‘suffit de se déguiser en gendarme.
Mais dès qu’il s’agit de viol, de vies, de mort, on ne compte plus.

D’ailleurs, on ne compte plus, bien avant ces extrémités.
Par exemple, combien le malheur d’un licencié et de sa famille ?
Pour le licenciement, on sait compter. On indemnise. Sur le coup, on étalonne le manque à gagner. Et puis on ventile avec une période de chômage…

Mais ensuite, qu’il y ait ou pas délocalisation (le malheur des uns fait le bonheur des autres), qu’il y ait ou pas enrichissement des actionnaires (pareil : le malheur des uns…), qu’il y ait large bénéfice sur la revente des actifs (pareil : le malheur…), le licencié n’a plus le droit au chapitre. Combien pour son malheur ? Pas l’ombre des bénéfices qui se perpétuent bien après sa contribution.

Quand il y a extinction définitive d’un marché, le soutien social tel qu’il se pratique aujourd’hui est justifié et proportionné.
Mais quand il y a déplacement de l’activité, recherche de rendement financier supérieur au rendement industriel, enrichissement induit par la cessation d’activité ou liquidation pure et simple d’actif sans réelle nécessité, il est légitime d’ouvrir le droit, droit syndical et pénal, aux salariés et ex salariés pour qu’ils puissent ester en vue de faire valoir dommages et préjudices.

Flouer à fins de bénéfices n’est pas moral. Habituellement on appelle ça de l’escroquerie.
L’abus de position dominante est aussi un délit reconnu en matière de droit économique mais aussi civil et pénal.
Les esprits doivent changer et se libérer des injonctions sournoises de l’ImMorale ambiante.

Les éminences grises des places financières qui viennent de passer plusieurs décennies à croiser les données de coût et de rentabilité se sont elles interrogées sur le seuil à partir duquel le malheur des salariés endiguerait leur élan cupide ? A lire le cynisme des théories libérales élaborées dès le 18ème siècle sur cette page par exemple.

Comme le fait cette carte de la crise en miniature, il est temps de compter le malheur ; quantitativement ET qualitativement.

Mais à voir avec quelle avidité nos chers banquiers récupèrent les derniers écus qu’on leur tend naïvement, il est illusoire de croire qu’ils feront un geste pour les partager équitablement.
Alors que feront-ils lorsqu’il n’y aura plus rien à racler ? Ils coteront le malheur en bourse.