La Gaude Démocrate

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samedi, décembre 12 2009

La Fin du Monde

Depuis quelques temps, une sensation étrange, un peu désagréable, s’installe dans mon quotidien sous forme de petits indices. Un peu à la façon de ces films d’épouvantes qui amorcent la sensation de peur en pointant l’anormalité de situations anodines qui passent inaperçues au commun des mortels, sauf, bien sûr, au personnage central.

Cela a commencé le 26 Novembre dernier. 8h20, sur France Inter. Nicolas Demorand interviewe Jean-Hervé Lorenzi (Pt du Cercle des économistes, Pr à Paris-Dauphine) et Jean-Paul Fitoussi (Pt de l'OFCE, Pr à Science-Po).
Il s’agissait de commenter les déclarations récentes de Dominique Strauss-Khan (Dir du FMI).
En substance : La crise n’est pas finie, « 50% des actifs pourris des banques sont encore dans les placards », dixit Demorand traduisant DSK : « Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. »
Bien que l’Itw ait duré ¼ d’heure, ces deux là n’avaient pas de réponse : 50% des actifs pourris des banques ?, On ne sait pas.
OK. DSK nous fait une estimation à la louche sur une perspective apocalyptique… et les économistes n’ont aucun commentaire plus élaboré que de douter, tergiverser... sur 2000 Milliards de dollards "égarés".

JHL : Ce que dit DSK est juste. Il est évident qu’il y a encore une large partie du bilan des banques qui pose problème. Sur le chiffre de 50%, j’ai quelques doutes. Au début de la crise, le chiffre qui est évoqué est de 40 milliards de dollars. 2 ans après, on en est à 100 fois plus : 4000 milliards de dollars. Ceci illustre le fait qu’on n’est pas très au clair sur la réalité du problème. Il existe. Il y a une large partie des bilans bancaires qui sont encore en difficulté. Mais de là à dire que la moitié des bilans pose problème, que 2000 Milliards de dollars restent en difficulté, là je pense que DSK doit donner un chiffre, mais son chiffre est en réalité vraisemblablement un peu excessif.
JPF : C’est l’obscurité qui règne. On ne peut pas dire que la clarté ait été faite sur ce problème. Les chiffres vont et viennent. Ils montent et descendent. Ca donne le tournis… On ne sait pas. C’est ce qu’il y a peut-être de plus grave… Alors que le contribuable est appelé à la rescousse.

Leur aveu d’ignorance en dit long sur la déliquescence du système financier.

Mais, le plus alarmant c’est que ces deux là n’ont d’autre discours que celui de la consternation révoltée déjà entendu dès le début déclaré de la crise financière, il y a plus d’un an. Comme si rien n’avait avancé :



« Lorsque le contribuable est appelé à la rescousse, la moindre des choses pour la démocratie est d’assurer la transparence ».
« Il s’agit de la socialisation des pertes des banques alors même que les bénéfices restent privatisés. »
« Les gouvernements ont agi dans l’urgence et ils n’ont pas mis de conditionnalité suffisante à leur sauvetage du système bancaire »
« Les profits qui sont distribués actuellement sont des profits fictifs puisque qu’ils ont été subventionnés par les contribuables »
« …l’idée qui a prévalu partout, …/…, c’est l’idée que, au fond, nous étions en train de sortir doucement et sûrement de cette crise. Cette idée est pour partie fausse. »
« Le G20 lui-même ne pouvait pas être légitime s’il n’annonçait pas qu’il était en train de résoudre le problème. Donc, si vous voulez, c’est une sorte d’auto légitimation de son rôle. »
« Le discours des gouvernements a été manipulé. Les gouvernements ont cette impression qu’ils ont été manipulés. »
« Nous insistons sur la difficulté qu’il y a aujourd’hui à mesurer la richesse. Quelle est la richesse des banques ? Comment peut-on mesurer cette richesse ? Alors que les marchés dysfonctionnent tous les jours et que c’est eux qui sont censés donner de la valeur aux actifs possédés par les banques, aux créances détenues par les banques, etc… »
« Il faut bien voir qu’on marchait sur la tête. On avait un secteur financier dont la mission était d’assurer le financement de l’économie, …/… qui prélevait 40% des profits de l’économie ! On marchait sur la tête ! »

On nous parle doctement de voleurs et de menteurs, de ceux qui nous dirigent et de ceux qui ont escroqué tout le monde. Rien que de désormais très habituel : une série de lieux communs qui en temps normal serait une plateforme suffisante à entraîner une véritable révolte… en temps normal.
Un seul trait du commentaire pousse un peu l’angle d’analyse :

« La crise économique va contribuer à détériorer encore davantage le bilan des banques en faisant naitre de nouvelles créances douteuses sur les entreprises qui sont proches de la faillite …/… Donc on n’est pas sorti de l’auberge »

J’avais achoppé la veille sur les déclarations de DSK. Mais j’avais mis ça sur le compte de la prudence et aussi de sa volonté de vouloir se donner de l’importance.
Mais une de ses paroles n’a pas été (ou peu) commentée :

« …une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier ! »

Même si son itw dans le Figaro, « Il faut revoir notre modèle de croissance » est tournée vers un changement de paradigme de la foire aux paris capitalistes, la simple assertion d’une possibilité de rechute :

« Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. »

en dit long sur les déclarations effrontément optimistes de certains commentateurs.

Et puis, le lendemain, tombe la faillite annoncée de Dubaï.
Recul des bourses.
Quelques articles sur le mode tranquillisant : « C’est comme si on annonçait une faillite de banque à Monaco… », entend-on. Ou bien « L'incident de Dubaï ne doit pas être exagéré » - Le Figaro - .
Et puis d’autres, alarmés sur le mode « Dubaï. Qui sera le prochain ? ». On parle de la Hongrie, de l’Ukraine ou encore de la Grèce : « Dubai, la deuxième vague de la crise financière », avec pour sous-titre :

« Si Abu Dhabi vole au secours du petit émirat bling-bling au bord de la faillite, est-ce que l'Europe, en l'occurrence Paris et Berlin, voleraient au secours d'Athènes? ».

Et puis on se souvient des appels à l’aide des pays de la zone orientale de l’Europe, au printemps dernier. Personne n’en parle plus…
La grippe A est passée par là (comme par hasard) :
Le FMI, fossoyeur de l'Europe ?

« Les prêts accordés à la Lettonie, à la Serbie et à la Hongrie ont tous été accompagnés de mesures drastiques en termes de réductions des dépenses publiques et du déficit budgétaire, allant parfois jusqu’à la baisse du salaire des fonctionnaires. Voilà comment on ajoute de la crise à la crise en comprimant encore un peu plus une demande déjà insuffisante ! Voilà comment on transforme de manière accélérée une crise économique en crise sociale et en crise politique. »

Ou encore Le FMI, vampire de l’Europe

Les premières interventions du FMI en Europe, suite à la crise financière, ne s’annoncèrent guère mieux (qu’en Afrique).
Ses interventions en Lettonie s’étaient soldées par des émeutes et le renversement du gouvernement. Son aide à la Hongrie s’était vue adossée à un certain nombre de conditions de réductions du déficit budgétaire : Réduction du secteur public, Gel des salaires, Suspension du 13° mois , Réduction des retraites
Le Cas de l’Ukraine est édifiant : Litvine, président du parlement, dénonce des « conditions inacceptables » : Relève progressive de l’âge de la mise à la retraite, Hausse des tarifs du logement, « Réduction de certaines subventions sociales », « hausse du prix du gaz de production nationale »

Et on se remémore aussi les chiffres astronomiques :
FMI : l’écrasante charge du sauvetage des banques

Combien coûte le sauvetage des banques ? Les infatigables analystes du FMI nous donnent la réponse : entre la recapitalisation, les liquidités avancées, les rachats d’actifs et les garanties (qui n’ont dans la plupart des cas pas encore - pour le moment - été utilisées), les USA ont mobilisé 79% de leur PIB, la Belgique 30%, la France 19%, et l’Irlande...263%. Les besoins de financement immédiats s’élèvent à 8,8% du PIB au Canada, 6,6% aux USA, 15,8% en Norvège, 5,5% en Autriche, 4,7% en Belgique et 20% au Royaume Uni. Conclusion ? Le sauvetage de la finance est en train de ruiner les Etats. - 28 avril 2009.

La Grippe A nous a décidemment bien endormi.
Le même jour, une amie m’alerte en m’adressant le rapport étrange de la Société Généralecelle-ci met en garde ses clients contre l’Apocalypse financière.

Le niveau de la dette paraît tout à fait insoutenable à long terme. Nous avons pratiquement atteint un point de non retour en ce qui concerne la dette publique», précise le rapport de 68 pages.
…/… Le problème de la dette sous-jacente est plus important qu’il n’était après la seconde Guerre Mondiale, alors que les taux nominaux étaient similaires. Sauf que cette fois-ci, les gouvernements seront pris à la gorge, le vieillissement de la population rendant plus difficile qu’auparavant l’effacement de cette dette avec la croissance. Les pays émergents ne seraient pas non plus épargnés, même si leur marge de manœuvre sera plus importante qu’au sein des grandes économies occidentales.
Parmi les pires scénarios envisagés, le rapport évoque une nouvelle chute des marchés, une inflation galopante ainsi qu’une forte chute du dollar…

Désormais, les thèses apocalyptiques ne sont plus réservées à la littérature « subversive » des sites tenants de théories du complot en tout genre, mais relayées in extenso par un des acteurs majeurs du « jeu de monopoly » international.

En parlant de jeu de monopoly, un nouvel indice me réveille ce samedi 28 Novembre.
« Rue des entrepreneurs », émission socio économique de France Inter (9h – 9h45).
Le thème du jour : La nouvelle couleur de l’argent. C’est Jean-François Noubel - Chercheur en intelligence, sagesse et conscience collectives (ISCC), Président- fondateur de TheTransitioner.org, qui parle :

L’effet Parito, quand on joue au monopoly, tout le monde démarre à égalité des chances et vous voyez que très vite qu’un déséquilibre entre les joueurs commence à s’installer. Et puis vous allez voir par la suite que ce déséquilibre va s’amplifier et que plus on a d’argent plus on peut investir, plus on peut investir plus on en gagne, plus on en gagne plus on peut investir et ainsi de suite. Et puis a contrario, moins vous en avez, hé bien, plus vous devez en payer aux autres, et donc moins vous en avez. Donc moins on a de monnaie, moins on en a, et plus on en a, plus on en gagne.
Le système a atteint un déséquilibre tel qu’on ne peut pas revenir en arrière. C'est-à-dire la monnaie se condense dans les mains de quelques uns jusqu’à ce qu’elle se condense totalement dans les mains d’un seul.
Qui est gagnant ? La banque ? Mais en fait le monopoly est un jeu de mise à mort collective. Y compris la banque. Parce que vous avez tous les sous sur votre compte mais vous n’avez plus de partenaires économiques parce qu’ils sont tous économiquement morts. Donc en fait, vous êtes vous aussi économiquement mort sauf si vous décidez de changer les règles et de réinjecter de la monnaie…/…
Vous voyez avec ce phénomène de condensation, le monopoly est un jeu qui nous montre de manière très simplifiée certes, mais véridique, vers quoi se dirigent les systèmes monétaires que nous avons aujourd’hui dans nos sociétés… Si la monnaie se condense en un endroit, si elle s’accumule en un seul endroit, hé bien, on doit se poser la question comment faire pour qu’elle ne désertifie pas les autres endroits de façon à ce que les gens puissent continuer à faire leurs échanges.

Tout cela parle de l’impasse. La grande impasse dans laquelle nous sommes entrés.

Un peu plus tôt dans mon demi-sommeil, mon radio réveil s’est mis en marche.
Dans ma chambre, Stéphane Paoli sur France Inter pose une question à Luc Boltansky (« De la critique - précis de sociologie de l’émancipation » - Gallimard) en citant un essai « Short story of progress » - (La fin du progrès) de Ronald Wright parlant de suicide écologique et sociologique.

« Comment les sociétés humaines, ou du moins leurs élites, peuvent être aveugles et irrationnelles, mues par leur seul gain à très court termes alors même qu’elles voient surgir les ferments d’effondrements économiques et de dévastations écologiques qui les emporteront ? »
Réponse : « La raison est très simple, systémique c'est-à-dire qu’elle est très liée à ce qu’est devenu le capitalisme et à la façon dont le management est devenu la science maitresse d’aujourd’hui beaucoup plus que l’économie à organiser le capitalisme : chacun, y compris d’ailleurs à des niveaux très élevés, a le sentiment de ne jamais pouvoir agir vraiment parce qu’il ne fait que réagir à la contrainte des autres. …/… (Contrainte des autres et mise en concurrence). Dans un univers de ce genre, effectivement, la possibilité d’aller à la catastrophe sans que personne ne l’ait voulu est assez grande. »

Et Stéphane Paoli de se tourner vers Bernard Stiegler (« L'avenir du passé : modernité de l'archéologie » - La Découverte).

Une question que tous les français se posent, que le monde entier se pose : Nous savons qu’il n’est pas possible de continuer comme ça. Ores rien ne se produit, et que se passe-t-il ? Il se passe qu’il y a une lutte qui se joue en ce moment. Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas d’alternative…

Et Bernard Stiegler d’opposer le Temps Carbone - hydrocarbures, métallurgie, autoroutes et médias concentriques -, système qui vient de s’écrouler en 2008, au Temps Lumière où les gens et les objets communiquent à la vitesse de la lumière…
Mais ce happy end en devenir me laissa frustré et marneux sous mes draps. Par trop intello, par trop éloigné encore. Inaccessible.

« Rue des entrepreneurs » a commencé. Jean-François Noubel et son monopoly m’accompagnent dans ma grasse matinée. L’ombre de la fin des temps paraît plus concrète, plus accessible.
Satisfaction paradoxale. Comme s’il était plus satisfaisant de sombrer lucide que de se retourner les neurones à suivre des pistes transcendantales.
Peut-être cela viendra-t-il, mais pour le moment, c’est Bernard Lietaer, Économiste, Spécialiste des monnaies, Ancien directeur de la Banque Centrale de Belgique qui répond à Dominique Dambert :

« Il y a eu 96 crises bancaires au cours de ces 25 dernières années. Quand vous avez quelqu’un qui fait 96 accidents en 25 ans peut-être qu’il faut commencer à voir autre chose que de dire qu’il a de la malchance.
Laissez moi donner une métaphore : je vous donne une voiture, cette voiture n’a pas de frein, et le volant ne marche pas de temps en temps, et je vous envoie traverser les Alpes. Hé bien, vous allez avoir un accident et après je vous dis : oh ! Vous êtes très mauvais conducteur, ou bien : mon dieu ! Mon dieu ! Vous avez d’anciennes cartes routières qui ne sont pas à jour et c’est pour ça que vous faites des accidents. Personne n’ose parler de la voiture.
La voiture, c’est notre monnaie. …/… Cette idée d’un système, parce qu’il est plus efficace, - avoir un monopole est plus efficace que d’avoir un système de monnaies multiples - crée une instabilité systémique qui est prévisible, qui est répétable exactement comme dans un écosystème : quand vous avez une monoculture si vous avez le moindre petit changement de climat ou changement de conditions, vous risquez de perdre tout votre écosystème.
Voilà le danger que nous courons. Nous avons poussé trop loin l’efficacité au détriment de la résilience et la résilience demande, exige de la diversité. »

Chacun y va de son exégèse, poussant son credo censé revisité l’artéfact déclencheur de la vague dévastatrice.

Les fléaux annoncés (et révolus pour ceux qui ont déjà été sacrifiés), tels les exodes massifs de populations pauvres et affamées, les tables rondes – bien rondes – statuant sur la vertigineuse pénurie des denrées alimentaires sur la planète et les hécatombes qui s’en suivent méritent un même assaut de colère froide.
Des articles comme celui-là truffent les médias :

Les chiffres de la faim explosent tous les six mois. 1 milliard de personnes souffrent de la faim en 2009 : combien en faudra-t-il pour que la faim devienne enfin une priorité mondiale?
815 millions en 2002. 854 millions en 2006. 925 millions en 2007. Le cap historique du milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi en 2009… soit un sixième de la population mondiale. 22/06/09

Alors qu’il se dit qu’une petite fraction des sommes mobilisées pour sauver notre système bancaire aurait suffit à résoudre durablement le problème de la misère. Mais quand on leur parle de faire le bien, nos décideurs semblent entendre faire le « confort »… pour eux-mêmes et, par strict intérêt, pour leurs chers électeurs.

Plus tard, chez Ruquier, « On n’est pas couché », Jacques Weber parle rapidement de l’état du monde, d’un cri qui s’élève « non pas contre la Droite ou contre la Gauche mais contre l’insolence de l’injustice ».
Me revient l’expression maladroite de Patrick Sébastien, une semaine avant, annonçant son incursion dans l’action citoyenne. Un parti humaniste, ou quelque chose comme ça… Bien vite brocardé par les gardiens du temple politique, ceux qui s’arrogent le droit (évidemment nous les avons élus - hélas) de contrôler l’expression citoyenne. Insupportable bronca contre un homme, à l’évidence de bonne volonté, effaré par le risque d’une ultra violence à venir.

Rien n’avance. Personne ne paraît vouloir que quelque chose de bien arrive. Les énergies s’annulent. Le mal est plus fort que le bien.
Obama, le dernier vol de colombe depuis longtemps - et peut-être d’ici longtemps -, s’enfonce dans les sondages. On le critique, on le blâme de ne pas réussir. Certains s’en amusent. Mais sa défaite serait – sera - la nôtre.
Michael Moore dans un geste désespéré va réclamer l’argent des contribuables au pied des buildings financiers. « Capitalism », dont je n’ai vu que la bande annonce, paraît être un baroud d’honneur pour les lucides impuissants qui auront encore quelques moyens pour se payer une place de ciné. La lucidité, ce mol oreiller.

Mais il y a pire que cette lucidité à laquelle je m’exerce moi-même !
« 2012 », ce film qui fait un carton grâce à une ficelle qui ne se rompra jamais : il joue avec nos peurs.
Mais avons-nous vu qu’il nous promet une Fin du Monde à laquelle nous ne pouvons échapper ?
Une Fin du Monde parfaite puisque nous n’en serons pas responsables.
Avons-nous vu que le sous-texte de ce film va à contre courant de tous les scénarii censés forcer notre remise en question ?
Dérèglement climatique, effondrement économique, guerre planétaire, apocalypse nucléaire… Quoi qu’il arrive, la terre se dérobera sous nos pieds, que nous soyions vertueux ou pas. Alors à quoi bon ? Ce film est un énorme « à quoi bon » ?
Il nous exonère de la culpabilité à laquelle les empêcheurs de polluer, jouir, massacrer, opprimer, s’enrichir en rond nous condamnent. Ces empêcheurs ! Une bande d’emmerdeurs, nouveaux intégristes de la vertu universelle, croisés d’une évolution durable pleine de contrainte, moines soldats pourfendeurs du bien-être moderne et égotique, parents terribles tenants de tous les interdits, oppresseurs des enfants gâtés voués à la destruction de leurs jouets innombrables et forcément rachetés à l’infini.
Avec « 2012 », on peut se débarrasser une fois pour toute de cette culpabilisation, du genre judéo chrétien, que les « citoyens de la terre » reproduisent par la force des choses.
A quoi bon vouloir repousser ces Grandes Pestes que sont la menace climatique, les pollutions, les désordres du monde, l’effondrement du système financier.
« 2012 » fait un carton parce qu’il permet d’échapper au choix cornélien entre la Grande Peste et l’ascèse contraignante.
La Fin du Monde cataclysmique plutôt que d’avoir à choisir ! Voilà une solution intéressante.
Ainsi, à la sortie du cinéma, les populations cinéphiliques et « civilisées » choisiraient de ne rien faire… Et d’attendre la Fin du Monde.



Et si avant la Fin du Monde, il y avait une dernière étape avant le gouffre ?
Et si les « citoyens de la terre », militants pour un renouveau humaniste et écologique apparaissaient, aux yeux de ces populations égoïstes, comme les redresseurs de tort du moyen-âge. Et si les alternatifs écolos, à force d’incantations, devenaient les inquisiteurs ombrageux de la fin des âges.
Et si grâce à « 2012 » et d’autres œuvres testamentaires du même acabit, l’humanité décidait de vider ses flacons de pilules sédatives pour sombrer, bienheureuse, dans un coma définitif.
Alors tout sursaut deviendra impossible.

Un dernier indice, trouvé presque par hasard sur la Toile. D’une délicieuse lucidité dont on ne sait goûter du sucré ou de l’amer :

"Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n'est pas par des abus, des vices ou des crimes qui sont de tous temps…/….
Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir. Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme qui n'est que la contrefaçon malsaine d'une croissance, ce gaspillage qui fait croire à l'existence de richesses qu'on n'a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d'en haut, cette atmosphère d'inertie et de panique, d'autoritarisme et d'anarchie, ces réaffirmations pompeuses d'un grand passé au milieu de l'actuelle médiocrité et du présent en désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages." Marguerite Yourcenar - Sous bénéfice d'inventaire – 1958 - Au sujet de la Décadence romaine

dimanche, septembre 13 2009

Le peuple des collines niçoises ; la peur au paradis

Juchés sur les collines de l’arrière pays niçois, on peut le dire, nous sommes privilégiés. Pays de cocagne où il fait bon vivre. La vie nous a permis de nous réfugier dans cette belle campagne vallonnée, parsemée d’oliviers, de lauriers, de cyprès, essaimée de jolies villas entre l’ombre des baous majestueux et sous le soleil de Provence. Grands jardins arborés de fruitiers, potagers privés, piscines. Paradis sur terre, montagnes au nord, avec vue mer au sud ; suffisamment proche d’une grande ville pour rester en prise avec le monde… Tout est parfait.

Ainsi les habitants d’un tel Eden seraient comblés de bonheur, ou tout au moins, franchiraient les jours, les mois et les années, le cœur léger, conscients de leur chance, loin des ombres et des ressentiments que génèrent trop souvent les modes de vie citadins.

Car, en fait, tout n’est qu’action – réaction. Seul, isolé : l’autre ne me gène pas ; cerné de toute part : je dresse un périmètre de sécurité d’autant plus renforcé que la densité augmente. Rien de plus banal comme comportement, expliqué de longue date par les éthologues.

Ainsi, on peut s’expliquer les phénomènes de rejet qui, hélas, s’épanouissent dans l’esprit des « entassés » des grandes villes, les populaces des cités. Rejet de l’autre, de l’étranger, du différent ; racisme ordinaire, racisme social, racisme générationnel. Tout y passe.
Il n’est pas toujours facile de vivre ensemble, dans ces grands ensembles. Ces phénomènes s’expliquent d’autant mieux lorsque les biens de chacun sont limités, lorsque le porte-monnaie se vide, lorsque l’assiette de l’autre semble mieux remplie que la sienne.
Comportements trop humains, mais comportements humains quand même. Comportement animal aussi. Nul n’est à l’abri de ces rancoeurs qui pourrissent la vie.
Cette pente est raide ; pour certains, inexorable. Dans cet univers, chacun peut se figurer sa propre échelle de la misère, chacun se situe sur l’échelle des mérites et de la malchance. A chaque barreau correspond une masse de travail ou une capacité à postuler pour une subvention devant l’administration.
Et voilà une nouvelle forme de ségrégation qui déchire les nécessiteux : les besogneux et les subventionnés. Et la bagarre redouble en « Place de Grève ».
« Voyez les pauvres s’étriper entre eux ! Un scénario millénaire au point qu’il est dans la nature des choses. Rien ne sert de vouloir y changer quoi que ce soit », diront les droitiers persuadés de leur juste lucidité, mâtinée de cynisme, et confortés par le triomphe de la société libérale.

Laissons là les pauvres se rouer de coup et remontons sur nos chères collines niçoises.
Là où s’exposent, en strates plus ou moins ordonnées, maisons et villas, vitrine doucereuse de la bourgeoisie encore sauve.
Dans la quiétude de leur jardin, au bord de leur piscine, confortablement établis dans un bien honorablement acquis, jouissant de revenus, sinon pléthoriques, suffisamment stables pour ignorer l’angoisse des fins de mois et des budgets incertains, on pourrait penser que leurs habitants regardent le « monde d’en bas » avec compassion et tolérance. On pourrait imaginer de leur part quelque indulgence au regard de la pression quotidienne que subit la populace.
Mais non.

« Ce sont toujours les plus pauvres qui réclament des avantages sociaux », « ils veulent la gratuité des cantines scolaires », « c’est à cause d’eux que l’on va augmenter les tarifs de santé, ils sont toujours en arrêt maladie », « ce sont les mêmes qui ont portables et écran plat… alors ! ils exagèrent », « porter des boubous alors qu’on est en France… », « le métro, ça pue », « une femme de ménage qui travaille avec son oreillette de portable, c’est pas bizarre, non ? Bonjour la facture ! », « y’en a marre de cette société d’assistés », « quand on cherche du travail, on en trouve », « s’ils sont sur le trottoir, c’est qu’ils le veulent bien », « les fonctionnaires, parlons-en », « les syndicalistes sont des profiteurs en chef », « les gens de gauche ont tué la France », « les marchés de Barbès, une honte ! », « quand il s’agit de faire la grève, çà ils savent faire ! »,…

Que cette logorrhée haineuse se déverse en quelque café du commerce trop « bien fréquenté », hélas, pourquoi pas, puisque l’étranger (à sa condition) a toujours eu droit à ce genre de gentillesses. Mais que cela émane de gens préservés du malheur social… Cela ne s’explique guère.

Sont-ils étonnés de leur bonne fortune au point de vouloir en pointer du doigt les raisons ?
S’empêtrent-ils dans des analyses maladroitement improvisées et nourries par le discours ambiant, celui qui fait la part belle à l’exclusion tout azimut ?
S’exercent-ils à hanter leur esprit de quelques peurs qui leur donneraient prise sur le monde tumultueux dont ils sont heureusement isolés ?
Leur peur est-elle le seul promontoire duquel ils peuvent regarder le reste du monde ?
Ou bien croient-ils que leur réussite leur donne l’expertise définitive pour juger de la bonne marche de la société ?

Tant de questions et tant de possibilités de réponses…

Ainsi va la vie, en ces temps de crise, sur les collines niçoises.
« La crise ! Quelle crise ? Les restaurants ne désemplissent pas ! »
Il est vrai que sur les collines niçoises, les 1000 licenciés par mois n’ont rien à y faire. « Où sont-ils ? J’aimerais bien le savoir ! ». Bienheureux de ne pas les rencontrer…

On comprend que pour le peuple des collines niçoises, la dernière sortie de notre Ministre de l’Intérieur apparaisse comme une petite plaisanterie un tantinet potache :

« Quand il n’y en a qu’un (un arabe), ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».

« Rien de grave… Et tellement vrai » répond le peuple des collines niçoises, en un écho approbateur.
Même si l’intégration est un vrai sujet, il mérite une approche plus fine et plus mesurée. Mais notre ministre sait à qui il parle… Et qui l’écoute.

Ainsi va la vie sur les collines niçoises avec ces discours sans nuance qui n’en finissent pas d’entacher la jovialité des soirées entre amis.
Le monde est bien plus compliqué que ça, et ce n’est pas avec des emplâtres à la chaux vive que l’on pourra soigner des blessures sans cesse labourées et toujours plus profondes.

Tout militant MoDem que je suis, j’ose espérer, que de proche en proche, les élus UMP choisis par ce peuple des collines niçoises ont, dû à leurs responsabilités, un regard plus nuancé sur notre société et sur TOUS les concitoyens. Pour en avoir approché certains, mon espoir ne me paraît pas infondé. Pas toujours.
Les élus UMP : le dernier rempart. Quelle ironie !
Que ce rempart tienne jusqu’aux prochaines élections !!


NOTE

Le propos de ce billet est vaguement manichéen. A dessein, pour en facilité la rédaction.
Le monde est bien plus compliqué que ça.
Le peuple des collines niçoises n'est pas si homogène, la "Place de Grève" n'est pas si confinée, la peur n'est pas toujours aussi concentrée. Des ferveurs altruistes maintiennent aussi le lien social ; on en voit même des reportages à la télévision !! Rendez-vous compte !
Propos manichéen... Hé bien, justement, au lecteur éclairé d'en nuancer la matière.

dimanche, février 1 2009

Manif du 29 Janvier 2009 – Nous sommes MoDem et notre authenticité doit suffire à nous guider

En ce lendemain de mobilisation citoyenne, le militant MoDem que je suis éprouve de la tristesse.

La mobilisation du 29 Janvier fut un succès, nous dit-on. Les syndicats ont « fait le plein ».
Pour les autres, - les partis politiques, les associations militantes, comme la Ligue des Droits de l’Homme ou le Planning Familial, par exemple - il ne s’agissait pas, bien sûr, « d’une récupération politique de quelque chose qui est plus profond » (F. Bayrou) . Cela aurait été présomptueux, pour les uns ; fantasmatique, pour les autres.

Pour tous, la question était claire : éprouvons-nous une affinité avec les mots d’ordre de l’Intersyndicale ? Pouvoir d’achat, Salaires, Retraites, Emploi, Services publics… Sommes-nous solidaires ? Ainsi, la plupart des acteurs militants et citoyens n’a pas tergiversé bien longtemps.

On sait que les revendications d’une intersyndicale ne sont jamais bien explicites quant aux moyens proposés pour arriver aux objectifs scandés dans la rue, néanmoins, pour le MoDem, le risque de hiatus était quasi inexistant.

  • * *

En effet, les options défendues par ce mouvement populaire ne laissaient nullement place à l’équivoque : En ces temps de crise économique, soutenir la Demande (Pouvoir d’achat, Salaires, Retraites, Emploi, Services publics…) doit faire partie intégrante des solutions mises en œuvre.

Cela fait plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, qu’une ligne de fracture se dessine entre les « encore libéraux » et les « toujours sociaux ».
Les premiers prônent le nantissement toujours renouvelé des milieux financiers, via les banques, et les seconds s’escriment à proclamer le soutien nécessaire de la Demande.

La problématique est duale. Offre ET Demande. Et non pas, Offre OU Demande.
Les « encore libéraux » négligent effrontément un des termes de cette dialectique : s’il n’y a pas de Demande, l’Offre reconstituée ne trouvera pas plus de débouchés.

Obama, Merkel, Brown et bien d’autres l’ont enfin compris. Leurs dernières mesures tiennent compte de cette dualité. Mais il faut croire qu’en France rien n’est comme ailleurs.

« … /… le gouvernement ne croit pas à une relance par le pouvoir d'achat dans un pays dont les habitants ne sont pas endettés. Tout l'espoir du gouvernement est en effet d'entraîner les Français, dont le taux d'épargne est l'un des plus élevés d'Europe, à tirer un peu sur leurs économies. » Le Figaro du 31/01/09

Voilà tout ce qu’espère notre gouvernement : nous faire « racker », toujours et encore.
Il distribue notre endettement aux banques qui, d’un côté, continuent sans vergogne à servir leurs actionnaires et, de l’autre, éreintent les citoyens (PME comprises) par leur avarice-égoïsme-cynisme. Et maintenant, il veut mettre définitivement sur la paille ceux qui, par chance, n’y sont pas encore tout à fait.
Personne ne peut plus investir dans une voiture neuve ? Qu’à cela ne tienne, donnons encore quelques-uns de nos milliards aux barons de l’industrie pour préserver des emplois qu’ils s’appliquent, depuis longtemps, à faire sortir de nos frontières.

Nous marchons sur la tête ! Le gouvernement distribue des milliards sans même se garantir sur l’utilisation qui en sera faite.
Même Obama, outré par les 18 milliards de primes que les financiers se sont attribués sur les 400 milliards déjà consommés sur le Plan Paulson, n’en peut plus de garder son self-control : « le summum de l’irresponsabilité !», « c’est une honte !».
Même Obama aura bien du mal à récupérer cet argent.
Même face à Obama, les barbares de la Finance n’ont pas hésité à se servir, au-delà de leur salaire, sur la misère des citoyens donateurs. Pour eux, rien ne devrait changer. Jamais.

Voyez, d’ailleurs, le bras de fer auquel a dû se plier le gouvernement pour obtenir des banquiers qu’ils en rabattent sur leurs précieuses primes perso. Et encore ! , de cette « négociation », nous ne connaissons pas le dessous des cartes…

Alors oui, rien ne va dans les solutions prônées par les « encore libéraux » qui nous dirigent et qui prétendent tout résoudre avec l’aide magnanime et miséricordieuse des banquiers et autres grands industriels.

Alors oui, toute personne éprise, un tant soit peu, de justesse et d’équité, pouvait voir immédiatement de quel bord il fallait pencher. La mobilisation du 29 Janvier allait forcément représenter une pierre noire dans le jardin insolent des libéraux.

Alors oui, il était évident, pour le militant MoDem que je suis, que mon parti devait se porter solidaire en ce 29 Janvier. François Bayrou, nous a, depuis toujours, conforté dans son credo humaniste et sa défiance envers la foire aux paris financiers que sont les bourses (à court terme).
Pourtant rien n’est venu, ou si tard, si timidement.

  • * *

Nous, militants du MoDem (06, en l’occurrence), avons attendu un mot, un signe, un assentiment.
Sur le terrain, dans les départements, parmi ceux qui sont venus quand même, il y avait deux catégories de militants (1):
Ceux qui se mobiliseraient quoi qu’il arrive et les « légitimistes ».
Ceux qui s’afficheraient MoDem Solidaires quand même, et ceux qui s’associeraient discrets, à titre personnel, faute de « consigne officielle ».

Une nouvelle fois, les forces vives du MoDem étaient divisées.
Fallait-il brandir une banderole ? Se limiter au port d’attributs orange ? Crier slogans – et quels slogans ? – ou se fondre dans les cortèges ? Au fait… ! A-t-on la « culture de manif’ » ?

Dès lors qu’aucun appel officiel ne descendait de Paris, l’attentisme aura eu raison de toute organisation militante pour cette manifestation. Les quelques-uns qui défilèrent, le firent, empreints du plus grand amateurisme. Aucune communication pour s’organiser, aucun matériel militant digne de ce nom (banderole, drapeau, autocollants ou tract), aucune discipline puisque personne n était « mandaté » pour l’imposer.

Les forces vives du MoDem sont apparues à la société militante qui les entourait ce jour là, dans leur plus grande misère. J’étais un de ces piètres épouvantails, affublé d’une banderole de chiffons, dont, hélas, j’étais le « confectionneur » !
MoDem 06 à la manif' du 29/01/2009

                  MoDem 06 à la manif' du 29/01/2009

En ce lendemain de mobilisation citoyenne, le militant MoDem que je suis éprouve de la tristesse.

Attristé, ce jour là, de voir des officiers, arme au pied, et des fantassins voués à eux-mêmes.
Attristé, ce jour là, aux côtés d’un état-major (réduit) en représentation et des soldats feignant une marche conquérante.
Attristé, ce jour là, de voir la grande écharpe orange se déchirer entre le peuple des militants MoDem et les « déjà politiciens » bien disciplinés qu’ils avaient élus.
Attristé, ce jour là, de voir ressurgir les instincts cravatés de l’ancienne UDF, se défiant de toute compulsion militante.
Attristé, enfin, d’entendre quelques-uns vouloir s’attribuer la gloire factice de ce qui fut une débandade.
Nous partîmes Quarante; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes Douze en arrivant à la Place Massena.

J’ai compris, ce jour là, que la belle démocratie consacrée lors des élections internes de Septembre 2008 pouvait n’être en définitive que l’édification d’une pyramide rigide et, à l’occasion, creuse, dès lors qu’aucune lumière ne luisait en son sommet, laissant ceux du bas dans l’ombre et le dénuement…
J’ai compris, ce jour là, que cette belle démocratie, rêvée pour le MoDem, pouvait se réduire, aux yeux de certains, à une classique hiérarchie centralisatrice, asphyxiant toute initiative venue du rang.

J’ai eu la confirmation, ce jour là, que si les MoDem Départementaux ne faisaient pas preuve d’autonomie, le MoDem perdrait toute vaillance.
Structurer des commissions (foyers de réflexion), émettre (pas assez souvent) des communiqués de presse, honorer de notre présence quelques réunions locales ne sera jamais suffisant pour emporter des adhésions en masse.

Je crains, depuis ce jour là, que la seule mission qui vaille pour les lieutenants régionaux ne soit les seuls résultats aux prochaines élections européennes et, qu’ils en négligent ce qui fait le corps du combat politique : les luttes, le terrain.

Au vu de nos moyens tout relatifs et du temps qui nous reste avant cette échéance, le « faire savoir » pourrait, peut-être, contrebalancer quelques déficits ?
Mais que penser des fulgurances du genre : « Mise à l’Ordre du Jour de la réunion du prochain Bureau Départemental : la discussion de l’opportunité de créer un Comité de Réflexion dont les conclusions serviront au même Bureau Départemental pour juger de l’opportunité de créer une Cellule chargée de se réunir pour gérer la Communication du MoDem Départemental... » !!?

  • * *

Nous devons tirer les leçons de l’épisode du 29 Janvier.
Bien que le Conseil Départemental détienne la compétence pour définir la politique locale du MoDem, les décisions à caractère réactif doivent, par la force des choses, se prendre par l’exécutif départemental.

Etre élus à la tête ou siégeant au Bureau Départemental, c’est aussi se donner la capacité d’agir en son âme et conscience, sans attendre que Paris, tête de pont, donne sa bénédiction, sans craindre l’excommunication, ni se gargariser d’une « Haute Responsabilité », inhibante à force de formalisme et de sérieux.
Comme pour élever ses enfants : la perfection et le sans faute n’existent pas.
Vouloir se préserver d’un risque d’erreur, peut être aussi faire l’erreur de ne rien risquer.

Nous sommes MoDem et notre authenticité doit suffire à nous guider.

N.B. :
Qu’on ne se méprenne pas : Je ne prétends pas avoir l’énergie ni l’assiduité pour mener ce combat. Je ne revendique rien personnellement ; j’exhorte ceux qui se sont engagés à s’interroger sur leur réactivité et leur capacité à communiquer… Comme un bilan d’étape pour le devenir du Modem.

(1): Suite à une observation qui m'est parvenue via un courriel, il me parait nécessaire d'apporter une précision: Nulle part dans mon texte, je ne m’adresse à ceux qui ne sont pas venu à la manif’, ni ne leur reproche quoi que ce soit. Ce serait complètement déplacé et d'une grande intolérance. Évidemment, chacun est libre de manifester… ou pas. Désolé, que la tournure de mon texte ait pu être interprété ainsi… Mais j'ai beau chercher, je ne vois pas où cela peut apparaitre... Je préfère donc ajouter cette note pour ne pas laisser de place à l'équivoque.