Jack Trader : Allo John ! Tu joues quoi cette semaine ? Les matières premières, l'acier ou les banques ?
John Trader : Ici, on a décidé de dégommer les banques.
Jack Trader : Ok. On vend jusqu'à demain 14h.
John Trader : Demain 14h. Ok. C'est parti.
Il y a quelques années vendre un paquet d'actions pour jouer à la baisse était hasardeux. Les actionnaires tenaient leurs positions. Mais aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile. Tout le monde est sur le fil du rasoir. Tout le monde est prêt à quitter le navire à la moindre alerte. Alors il suffit d'un ordre de vente un peu massif et c'est la panique.
Ensuite, il n'y a plus qu'à ramasser la mise dès que l'action est suffisamment descendue.
Le schéma est tristement simplissime. Si on ajoute le système des ventes à découvert, les coups de yoyo provoqués par les gros portefeuilles sont d'autant plus juteux... et sans risque.
On se scandalisait du temps où les edge funds exigeaient un rendement de 15% à l'année alors que les indices de croissance oscillaient entre 3 et 7 % suivant les entreprises. Aujourd'hui, ces gens là réalisent du 20% dans la semaine, si ce n'est dans la journée !!!
On annonçait l'avènement des barbares de la finance dans les années 90-2000. Aujourd'hui, c'est la curée. Dans ces années là, ils ne faisaient que construire le grand huit. Aujourd'hui, nous y sommes en plein, à monter, à descendre, et à gerber tous nos boyaux. En attendant le vol plané final…
On se souvient de ces années où chacun se défiait de l'Etat et rêvait de liberté dans une société vouée à l'espoir de la réussite de chacun. Après 68, on avait quitté l'ère des rêves solidaires et on s'adonnait à l'individualisme des années 80. Ensuite les idéalistes de tout bord se sont émus de la montée en puissance des banques et, dans un geste contre nature, on invoquait la puissance des Etats protecteurs. Finie la résistance citoyenne et libertaire, il fallait sauver l'Etat providence.
On s'est même inquiété de l'érosion du capitalisme industriel floué par le capitalisme financier.
Aujourd'hui, ce sont les banques qui vacillent et certains veulent maintenant les défendre contre les assauts des traders à la solde… des banques.
C'est à n'y plus rien comprendre.
Ils se bouffent entre eux à coup de centaines de milliards, et le rouleau compresseur des barbares en col blanc se fout pas mal de ceux qu'il écrase… comme d'hab'.
Alors ils vont continuer de jouer au yoyo parce que c'est le jackpot, leur jackpot.
Et nous, nous sommes condamnés à regarder cette partie de monopoly. Un jeu de monopoly sans case prison.
En attendant nos politiciens font mine de n'y voir que du feu, mine de ne rien comprendre.
Nos politiciens nous parlent de crise, raclent les fonds de tiroirs… ou se plient à faire marcher la planche à billet pour satisfaire aux caprices des joueurs.
Nos politiciens sont les capots qui nous mènent à l'abattoir pour le grand plaisir des "gros cigares".
Pas d'interdiction des ventes à découvert, rien contre la spéculation, pas de taxes sur les échanges financiers, rien contre les paradis fiscaux, tout pour les dumpings sociaux et fiscaux en tout genre.
Que dire de la religion de nos politiciens européens où le mot "protectionnisme" reste si tabou que celui qui le prononce est aussitôt traité d'irresponsable. Pas aux US, pas en Chine, pas en Russie, non. Nos politiciens européens sont les benêts de la mondialisation, psycho-rigides et incapables de se désengluer de ce credo du libre-échange qui conduit leurs pays à leur perte.
La Grèce n'a pas l'air de leur suffire. Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Nos énarques et autres diplômés-décideurs du reste de l'Europe agissent comme s'ils étaient sous hypnose. De quoi sont faits les cerveaux des Barroso, Von Rompuy, Lamy, Sarkozy, Trichet etc… ?
Ils ne voient rien et décident tout à l'envers. Les cycles de négociations de l'OMC (Cycle de Doha), la renonciation des états à frapper monnaie (1974), l'interdiction auto imposée à la Banque Centrale Européenne de prêter en direct et de passer par les banques pour tout crédit… toutes ces décisions ont creusé nos tombes.
Aujourd'hui, on voit le résultat. Les pays pauvres sont plus pauvres et les pays "riches" sont exsangues. Mais tout va bien, l'argent circule toujours de coffre-fort en compte off-shore… Et comme un coffre fort ce n'est pas très excitant, on le vide, on le remplit, on le vide, et puis on le remplit encore. On joue au yoyo parce que c'est le meilleur moyen de gagner encore plus d'argent.
C'est le grand casino.
Et aucun risque de faire sauter la banque puisque ce sont les banquiers qui jouent.
Dans un premier temps, sur l'exercice 2007, Jérôme Kerviel gagne 1,471 milliard et dans un deuxième temps, il perd 6,382 milliards sur l'exercice 2008. Ce qui fait dire à la Société Générale qu'elle a perdu 4,9 milliards.
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